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Nº 2944 du vendredi 11 avril 2014

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Immobilier. «Les Augustines», le rêve d’un expatrié

Jihad Féghali a quitté le Liban en 1976. Il avait tout juste vingt ans. Trente-huit années à l’étranger, ponctuées d’un parcours universitaire et professionnel brillant. Persuadé que la guerre a pris fin en 1976 au terme d’une période difficile au cours de laquelle il a, à l’instar de ses camarades, pris les armes et combattu pour défendre son sol, cet étudiant en 3e année de génie électromécanique se rend à Lyon, afin de poursuivre son cursus universitaire, d’autant que l’administration de l’Esib a notifié ses étudiants de l’impossibilité matérielle d’une reprise des cours pour l’année académique 1976-1977. Il s’est retrouvé physiquement en France, mais son esprit était hanté par l’évolution de la conjoncture au Liban qu’il suivait à travers la presse, la télévision et le courrier de ses parents, qui lui arrivait avec des mois de retard. «Il n’y a jamais eu de rupture avec le Liban. Les années d’expatriation n’ont pas eu effet de déracinement et ont été jalonnées de multiples plans de retour», confie-t-il à Magazine en arabe avec l’accent des habitants de Houmal, d’où il est originaire. En 1980, il retourne au Liban, bardé de diplômes, et travaille au sein d’une entreprise libanaise. Il y passe juste trois mois avant de prendre l’avion pour l’Arabie saoudite. A Beyrouth, la guerre bat son plein. Plusieurs autres tentatives de retour sont entreprises par Jihad Féghali. La décision de se lancer ailleurs est prise en 1987, lorsqu’il se rend compte que toutes ses économies investies au Liban n’ont plus aucune valeur en raison de la dépréciation de la livre. Il s’installe en France et ouvre ses propres entreprises d’ingénierie et de commerce extérieur. Il recrute des Franco-Libanais à tour de bras et continue la mission dont il s’est investi de faire connaître le Liban à tous ses amis français, en organisant des séjours au sein de familles libanaises. Pour retourner régulièrement au pays, il installe une antenne de son Groupe Energis à Beyrouth, créant des emplois pour un personnel local qui s’y trouve depuis une vingtaine d’années. La plate-forme de Beyrouth est considérée comme un hub de distribution pour le Moyen-Orient, mais aussi le passage obligé de toutes ses délégations d’entreprises d’Europe vers le Golfe et l’Irak. Les années passent et l’homme trouve encore sa sérénité dans son pays natal. Au moment où tout le monde est en train de perdre espoir dans le Liban vu la violence qui frappe le monde arabe, il décide de piloter un projet d’acquisition et de développement d’un terrain de 
46 000 m2 à Kfarakab. Le site a le privilège de dominer la falaise rocheuse qui a inspiré l’académicien franco-libanais, Amin Maalouf, dans son roman Le Rocher de Tanios. Avec cette acquisition, il pose les jalons de son projet «Les Augustines», la Maison des Aigles de Kfarakab. Promoteur du programme immobilier, il souhaite lui garder une dimension humaine. Son plan d’urbanisme répartit le terrain en une trentaine de lots. Le foncier et les infrastructures coûteraient près de 5 millions de dollars. La réalisation du lotissement et de la viabilisation se déroule sur 2014-2015. La deuxième phase, celle de la construction de pavillons et maisons en harmonie avec l’écosystème, démarrerait en 2016. Budget: environ 25 millions de dollars. Le financement sera assuré grâce aux préventes et à un montage bancaire. «Mon projet est de préserver les qualités de nos villages de haute montagne, menacées de perdition. Les atouts du site seront valorisés, en l’occurrence, l’aménagement d’une promenade sur la falaise, un véritable balcon naturel sur la vallée au pied du Rocher. A la question de savoir comment il ose prendre cette initiative en ce moment, Jihad Féghali répond: «Je peux vous citer mille raisons pour ne pas le faire et au moins une bonne raison de le faire: ‘‘Mon amour pour le Liban’’».

Liliane Mokbel

 

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