Magazine Le Mensuel

Nº 2945 du vendredi 18 avril 2014

Affaire Déclassée

Révolte au Chouf en 1958. Magid Arslan contre Kamal Joumblatt

Le 29 avril 1958, un complot préparé contre l’une des figures symboles de l’indépendance, l’émir Magid Arslan, ministre de la Défense à l’époque, est déjoué. L’affaire prend des dimensions d’envergure, l’émir Arslan ayant pris position contre la révolte qui avait éclaté au Chouf quelques jours plus tôt.
 

Le mandat de Camille Chamoun tirait à sa fin et la contestation de sa probable reconduction Les autorités ont eu vent d’une rébellion armée qui se préparait 
au Chouf.
A l’aube du 10 avril de cette même année, les forces de l’ordre se mettent en branle. D’importants contingents sont dépêchés vers Kneyssé, au Chouf, où quelque 600 partisans du leader druze Kamal Joumblatt avaient pris les armes et s’étaient retranchés sur les sommets. Plus d’un millier de gendarmes étaient prêts à mater le mouvement. Ils engagèrent les hostilités contre les rassemblements, signalés par les avions de reconnaissance de l’armée. Bilan: trois gendarmes tués et beaucoup de blessés parmi les partisans de Joumblatt et les forces de l’ordre. Des armes et des munitions ont été trouvées, dont des grenades et vingt-six fusils de guerre. Une vingtaine de personnes sont arrêtées.

 

Sécurité précaire
La situation s’était dégradée quelques mois plus tôt, après des incidents à Deir el-Achayer au nord de Rachaya entre la population et les gendarmes et d’autres dans plusieurs régions libanaises opposant les autorités et les protestataires contre une reconduction éventuelle du mandat Chamoun. Kamal Joumblatt avait prévenu les autorités d’une «révolte armée et d’incidents sanglants au Chouf». Il avait accusé le pouvoir d’armer ses partisans au Chouf, reconnaissant que ses hommes recevaient des armes «pour prévenir un complot du gouvernement».
Les troubles du Chouf ont-ils précédé la bataille présidentielle? Kamal Joumblatt affirme alors qu’«il ne s’agit plus de reconduction du mandat présidentiel, mais de sauvegarde de l’entité même et de l’indépendance du Liban».
La sécurité au Chouf était restée précaire depuis les incidents du 29 octobre 1957 où des accrochages avaient eu lieu entre les partisans et les adversaires de Joumblatt. Des tirs permanents secouaient la région. Des mandats d’amener étaient émis contre le moukhtar de Mazraat-Chouf et trente-cinq baroudeurs.
L’émir Magid Arslan s’était opposé au soulèvement du Chouf. Un habitant du Jebel druze syrien, arrêté à Chtaura, avoue avoir reçu 25 000 livres libanaises pour assassiner Arslan, aidé de deux complices qui devaient le rejoindre au Liban. L’attentat aurait dû avoir lieu à l’occasion des cérémonies du 6 mai. L’émoi au lendemain de cette affaire était à son comble. Cependant, les incidents qui se multiplient dans toutes les régions, de Tyr au Hermel, détournent l’attention et occupent les autorités.
Les relations entre le chef de l’Etat, Camille Chamoun, et le leader druze, Kamal Joumblatt, passent par une période de grande tension. Le 20 août 1957, le palais de Moukhtara est assiégé par trois cents gendarmes avec pour mission d’appréhender trois repris de justice qui y sont réfugiés. Deux jours plus tard, après la médiation de l’émir Hassan el-Attrache, beau-frère de Joumblatt, qui avait promis de livrer les baroudeurs, le président Chamoun donne l’ordre aux forces en place de lever le siège. Joumblatt déclare qu’il ne veut pas provoquer une bataille armée au Chouf, mais il impute la tension à «la terreur qu’y font régner, avec la complicité des autorités, Naïm Moghabghab (partisan de Chamoun) et ses hommes».

Arlette Kassas

Les informations citées dans cet article sont tirées du Mémorial du Liban – le mandat Camille Chamoun de Joseph Chami.

Incidents à Deir el-Achayer
Le 12 septembre 1957, une bataille a lieu entre les gendarmes et les trafiquants d’armes à Deir el-Achayer qui avaient opposé une vive résistance. Bilan: onze tués dont trois membres des forces de l’ordre. Les gendarmes se sont repliés et les trafiquants se sont réfugiés en Syrie. Le 25 septembre, Chébli el-Aryan, un des chefs druzes de la région, se livre avec quarante-quatre de ses partisans. 

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