Magazine Le Mensuel

Nº 2949 du vendredi 16 mai 2014

POLITIQUE

La Haye. Face-à-face médias/TSL

Si la chaîne al-Jadeed a choisi de se présenter devant le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) à La Haye, pour répondre aux chefs d’accusation d’outrage et d’obstruction à la justice, le journaliste, Ibrahim el-Amine, lui, a déclaré qu’il ne le ferait que si des garanties lui étaient fournies.
 

Le TSL avait requis, le 25 avril dernier, la comparution des journalistes libanais Ibrahim el-Amine et Karma Khayat. Le premier est accusé d’avoir délibérément et sciemment entravé le cours de la justice en publiant des informations sur de prétendus témoins confidentiels dans l’affaire de l’assassinat de Rafic Hariri sur le site Internet et sur la chaîne YouTube de la télévision al-Jadeed. Les deux journalistes étaient appelés à comparaître le mardi 13 mai. Ils pouvaient choisir de le faire en personne devant la cour ou par vidéoconférence.
Les représentants d’al-Jadeed et la journaliste Karma Khayat se sont rendus à La Haye et ont plaidé «non coupables». La jeune femme a déclaré, devant la cour, s’être présentée pour «répondre de charges qui touchent mes principes fondamentaux et ceux du journalisme international. Je suis jugée tout simplement parce que nous avons voulu protéger des informations secrètes, confidentielles, qui venaient de chez vous», a-t-elle ajouté. Elle n’a pas épargné le gouvernement libanais, «malheureusement régi par des forces externes». «Le Liban a décidé d’abandonner sa souveraineté pour la remplacer par la tutelle syrienne ou par une autre tutelle internationale», a-t-elle lancé.
Me Karim Khan, avocat de Karma Khayat et d’al-Jadeed a demandé au juge une prolongation du délai de deux semaines à 60 jours pour l’étude du dossier. La cour lui a accordé un délai jusqu’au 16 juin.
Pour sa part, Ibrahim el-Amine s’est abstenu de se présenter à La Haye. Il avait envoyé quelques jours plus tôt une lettre au TSL pour demander le report de la procédure le concernant ainsi que le journal, soulignant ne pas avoir été en mesure de choisir un avocat lui convenant. Il a choisi, en revanche, d’assister à la séance consacrée pour al-Jadeed au siège de l’Ordre de la presse, où a eu lieu une rencontre de solidarité. Des politiques et des journalistes sont venus affirmer leur appui à leurs collègues et assuré que la bataille pour la liberté de la presse se poursuivra jusqu’à la fin. Amine s’est rendu ensuite au journal où il a suivi avec ses collègues la séance du TSL concernant al-Akhbar. On voyait derrière lui le drapeau de la Corée du Nord.
Tenant compte de la lettre adressée par Amine, le juge Nicola Lettieri a fixé au 29 mai une nouvelle convocation pour le journaliste, déclarant que les causes avancées par ce dernier ne justifient pas le fait de ne s’être pas présenté devant la cour en réponse à la première convocation.
D’ici cette date, le journaliste aura-t-il le temps de préparer sa défense et son dossier et de désigner un avocat? Sera-t-il prêt à assister à la prochaine séance?
Depuis Beyrouth, Ibrahim el-Amine a été catégorique: les deux semaines supplémentaires ne sont pas suffisantes pour se préparer, ajoutant qu’il allait consulter ses avocats. Il indique avoir demandé certaines garanties. Si le tribunal ne satisfait pas sa demande, il ne répondra pas à la convocation.

Arlette Kassas

Les accusations
Si les journalistes d’al-Jadeed et d’al-Akhbar ne sont pas innocentés, les sanctions appliquées aux accusations portant sur la mise en danger de la sécurité de plusieurs centaines de témoins peuvent aller jusqu’à sept ans d’emprisonnement et/ou une amende allant jusqu’à cent mille euros.

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