Magazine Le Mensuel

Nº 2949 du vendredi 16 mai 2014

general

Rony Araygi. Loyal en amitié et en politique

Avocat de formation, un des fondateurs du Courant des Marada et conseiller de Sleiman Frangié dans tous les postes ministériels qu’il a occupés, Rony Araygi est nommé à son tour ministre de la Culture dans le cabinet Salam. Il sort ainsi de l’ombre à la lumière sans rien perdre de sa gentillesse, sa simplicité et sa discrétion. Portrait.

Il est originaire de Zghorta, une ville qui occupe une place très particulière dans son cœur et, à laquelle, il voue un très grand attachement. Qui dit Zghorta, dit la famille Frangié, dont les liens avec les Araygi remontent loin dans le temps. C’est peu dire que la grande amitié qui lie Sleiman Frangié et Rony Araygi date de leur enfance. En réalité, celle-ci remonte encore plus loin. «Lorsque mes parents se fréquentaient, la mère de Sleiman, Véra, cousine de la mienne, était venue passer quelque temps chez elle à Ehden où elle a rencontré Tony Frangié. Le père de Sleiman a été le témoin de mon père, Sleiman est mon témoin et je suis le parrain de son fils Bassel». Son père, l’avocat Joseph Araygi, était également le conseiller de Tony Frangié et l’amitié qui unissait les deux hommes s’est transmise à leurs fils. «Nous avons passé ensemble toute notre vie. Notre enfance, notre adolescence. Notre  relation n’a jamais été interrompue et quand Sleiman est entré en politique, j’ai été à ses côtés».
C’est à Tripoli que Rony Araygi est né le 31 juillet 1965. «J’ai passé mon enfance à Tripoli avec Sleiman Frangié et Wahib Nini, le fils de Chadia Nini Tuéni. Nous étions trois inséparables», se souvient le ministre. Il fréquentait l’école des Frères à Tripoli et, comme tous les habitants de Zghorta, il passait l’été à Ehden. Avec le début de la guerre, la famille quitte Tripoli pour Beyrouth où il passe deux ans à l’Athénée. En 1978, après le massacre d’Ehden, la famille est contrainte de revenir au Nord. «Nous ne pouvions plus rester dans les régions est. Nous sommes revenus à Tripoli où j’ai poursuivi mes classes de la cinquième à la terminale au Lycée franco-libanais de Tripoli. Je garde un très beau souvenir de ces années». Au milieu de l’année, alors qu’il était en première, les événements de Tripoli éclatent et l’obligent à quitter le Lycée pour terminer ses études au collège des Frères.

 

Le cœur a ses raisons…
Tout prédestinait Rony Araygi à poursuivre ses études à l’étranger, notamment son admission à la faculté de droit de l’université Paris-Dauphine. «L’étude de mon père avait brûlé deux fois et je ne pouvais pas me rendre dans les régions est. De 1978 à 1984, je n’ai plus remis les pieds à Achrafié». Il n’est pas très enthousiaste à l’idée du voyage. A part le fait de quitter le pays, c’est surtout une affaire de cœur qui le retient au Liban, elle a pour nom Wadad Abdallah. Une belle histoire d’amour, comme celle qui existe dans les romans, les unit depuis trente-trois ans. Tous deux originaires de Zghorta, ils se sont rencontrés dès leur adolescence. «Nous nous sommes connus en 1979. Au début, nous avions cru à un amour de vacance, qui s’achèverait à la fin de l’été. Puis, la relation s’est prolongée jusqu’à Noël, puis Pâques, puis l’été d’après et depuis trente-trois ans, nous sommes ensemble. Nous nous sommes mariés en 1990 et, depuis, nous avons fait tout ce chemin côte à côte. C’était un risque à prendre, un pari que nous avons relevé et réussi». Ils ont deux jeunes filles, Nicole, 22 ans, qui termine ses études de droit à l’USJ cette année, et Nadine, 18 ans, en Terminale à Jamhour. Très proche de sa famille, il a toujours fait en sorte de passer du temps auprès de ses filles, surtout lorsqu’elles étaient petites. «Aujourd’hui, je les vois moins qu’avant à cause de mes occupations».

 

Loin des projecteurs
Ecartant l’idée de voyager, il demande à son père de poursuivre ses études à Beyrouth à l’Université Saint-Joseph. Il obtient une autorisation spéciale pour se rendre dans les régions est. Le passage des barrages des Forces libanaises ne se fait pas sans histoire et Rony Araygi se heurte à eux avec beaucoup de problèmes. «Je me suis inscrit à la faculté de gestion et, pour faire plaisir à ma mère, à la faculté de droit». Il achève des études de droit et obtient de très bons résultats. «Les deux premières années, je n’étais pas très à l’aise et je n’avais pas beaucoup d’amis. J’habitais chez ma grand-mère. A la troisième année, j’ai commencé à m’intégrer et à me faire des amis dont Gaby Maalouli, aujourd’hui mon associé».
Il obtient après sa licence un DEA en Droit privé et s’inscrit au barreau de Beyrouth. Il fait son stage au cabinet de l’avocat Adolph Tyan. «Quand les événements de 1990 éclatent, j’ai dû quitter Beyrouth pour Tripoli et j’ai continué mon stage chez Maître Rachid Derbas, aujourd’hui ministre et auquel je porte beaucoup d’estime et d’affection». En 1996, il ouvre, avec son père, une étude à Sin el-Fil et, en 1998, s’associe à Gaby Maalouli. «C’est une association fructueuse basée sur l’amitié, la confiance et le respect».
Rony Araygi n’est pas étranger à la politique, même s’il a souvent été, à sa demande, dans l’ombre loin des médias. Aux côtés de Sleiman Frangié, son compagnon de toujours, il fonde la branche civile du mouvement Marada en 1988 avec un groupe de jeunes dont l’ancien ministre Youssef Saadé. «En 1996, lorsque Sleiman Frangié est nommé ministre de la Santé, j’ai été son conseiller. Je l’ai accompagné dans les quatre ministères qu’il a occupés jusqu’en 2005». En 2006, les Marada sont légalement constitués et Rony Araygi devient membre du bureau politique, chargé des relations avec les ambassades et les ONG.
Ministre dans le cabinet Tammam Salam, Rony Araygi se retrouve brusquement propulsé au-devant de la scène, sous les projecteurs. Pour cet homme d’une grande discrétion, les médias représentent sa principale appréhension. Habitué à travailler dans l’ombre, il n’aime pas s’exposer. «Au poste de conseiller, j’avais clairement demandé à ne jouer aucun rôle médiatique. Je n’ai jamais représenté Sleiman Frangié, ni jamais donné aucune interview. Je me retrouve aujourd’hui brusquement propulsé dans tous les médias. Je n’ai jamais été aussi photographié de ma vie», ajoute-t-il en souriant.  Avocat spécialisé en droit commercial et droit des affaires, plusieurs fois conseiller de Sleiman Frangié, tous les rouages de l’administration lui sont familiers. Habitué à prendre la parole en public de par sa profession, il se sent à l’aise au Parlement et au Conseil des ministres, où il connaît la plupart des ministres. Il parle peu et ses interventions se limitent à des sujets en relation avec son ministère. Perfectionniste, il est ferme et très exigeant dans tout ce qu’il fait. Il est surpris par le manque de moyens et d’effectifs au ministère de la Culture. Des ambitions politiques personnelles, Rony Araygi n’en a pas. «Mon activité politique se fait dans le cadre du parti». Ce qui lui manque le plus, ce sont ses collaborateurs, son bureau, ses dossiers. «Ma vie professionnelle est remplie et mes activités ministérielles se font aux dépens de mon travail. Ce sont mes collaborateurs qui font le boulot à ma place». Bien qu’installé à Beyrouth depuis 1997, Rony Araygi n’a jamais rompu avec Ehden, ni avec ses amis d’enfance, auxquels il est attaché sentimentalement. «Je connais les gens de mon village un par un». De ses parents, il a hérité le sens des valeurs et des principes essentiels dans la vie. La famille et les amis sont ce qu’il a de plus précieux. «J’ai des amis d’enfance auxquels je suis resté attaché et je me suis fait de nouvelles amitiés très fortes aussi, car elles sont choisies mûrement et selon nos affinités». Particulièrement connu pour sa gentillesse et son amabilité, il a réussi à garder les pieds sur terre, jamais touché par l’ivresse du pouvoir. «J’ai toujours été ce que je suis. Ce n’est pas ma première expérience en politique». Ses responsabilités d’aujourd’hui ont envahi sa vie. Pour utiliser un langage juridique, ajoute-t-il avec humour, «elles m’ont exproprié de ma vie». Les rares instants de détente sont les moments qu’il passe en compagnie de sa famille et de ses amis. Pour lui, les pires défauts sont la jalousie et la haine. «Heureusement que je ne les ai pas». Très réaliste, il garde à l’esprit qu’avec l’âge, on change. Il arrive souvent que les principes et la vision de certaines choses varient avec le temps. «Le principal c’est de toujours garder le bon cap et pour moi le plus important pour réussir une vie publique c’est de conserver les pieds ancrés sur terre. Quand la vie publique prend fin, la chute sera dure si on s’est trop élevé de terre».

Joëlle Seif
Photos Milad Ayoub-DR

Ce qu’il en pense
Social Media: «J’ai un compte Twitter mais pas de Facebook. Je n’ai pas besoin de promouvoir ma propre image puisque je n’ai pas d’ambition politique personnelle en dehors du parti. Mais bientôt, le ministère aura une page Facebook. C’est le ministère qu’il faut promouvoir pas le ministre».
Ses loisirs: «Je suis un passionné de football que j’ai pratiqué régulièrement jusqu’à l’âge de 39 ans et même le lendemain de mon retour de ma lune de miel. Je suis un amateur de vin et, avec mon épouse, nous avons fait toutes les routes de vin de France. J’aime les voyages, surtout en Europe et je suis amoureux de Paris. J’aime également la marche dans la nature, en particulier dans la réserve d’Ehden».
Sa devise: «La célèbre phrase du président Sleiman Frangié: mon pays a toujours
raison».  

Vacance et non pas vide
En tant qu’avocat, Rony Araygi explique qu’on ne peut pas parler de vide faute d’élection d’un président de la République, mais de vacance de la fonction présidentielle car, constitutionnellement, c’est le gouvernement qui prend alors en charge les fonctions de celui-ci, mais ce sont la coexistence et le consensus national qui seront en danger. «Le gouvernement ne peut pas remplacer le président de la République». Concernant la position de Sleiman Frangié, le ministre de la Culture précise: «Aujourd’hui, Sleiman Frangié n’est pas candidat. Il supporte pleinement la candidature du général Michel Aoun et toute évolution de sa position se fera en concertation avec ses alliés notamment avec le général Aoun».

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