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Nº 2950 du vendredi 23 mai 2014

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Culture

Littérature, art et monde contemporain. Abandonne tout acquis, toi qui lis ceci

Penser le monde et le repenser. Le façonner à la manière d’un Pygmalion pour y projeter ses propres désirs. C’est au nom de la Littérature, de l’art et du monde contemporain que le Département des Lettres françaises de l’Université Saint-Joseph (USJ) a organisé un colloque les 16 et 17 mai 2014. Le colloque était financé par l’Agence universitaire de la francophonie (AUF), la Fondation Cemedipp, l’Institut français et le British Council.
 

«Aboli bibelot d’inanité sonore». Ce vers peut être employé aujourd’hui non plus pour exprimer une révolte contre les sonorités poétiques, mais plutôt contre un monde qui «ne sera sauvé, s’il peut l’être, que par des insoumis».
«Il y a des jardins qui n’ont plus de pays / Et qui sont seuls avec l’eau», écrivait Georges Schéhadé. Passer de la politique à la métapolitique, faire du rêve une réalité et vice-versa, retrouver la vie à travers et dans le vide, l’art et la littérature nous ont toujours transmis et nous transmettent encore un savoir auquel les profanes n’auront jamais accès. On nous a, à tous, appris une seule et même vérité, une seule et même histoire. Or, d’autres vérités, d’autres histoires existent aussi. Ce sont celles vécues, expérimentées et analysées par des maîtres du savoir, par des romanciers, poètes, peintres, photographes, dramaturges… Chef du Département des lettres françaises et du Master en critique d’art et curatoriat à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, Nayla Tamraz explique: «Se proposant comme un espace d’investigation, l’art et la littérature deviennent le lieu d’une historiographie qui permet d’effectuer un travail de mémoire». Nous plongeons dans un flux d’informations créé par les médias, nous nous perdons au milieu de la scène politique, économique et sociale. Comment la littérature et l’art donnent-ils à voir l’événement? Par quels moyens parviennent-ils à réactiver des sentiments refoulés et à «interroger l’existence d’une mémoire de conflit aussi bien individuelle que collective?», comme le note Nayla Tamraz? Le colloque, qui s’est étalé sur deux jours, met la lumière sur toutes ces notions et répond à toutes ces questions.

 

Littérature et art: fenêtres du monde
«Quand on revoit les premières formes de théâtre − celui que nous connaissons − telles qu’elles se sont manifestées dans l’Antiquité grecque, on s’aperçoit que cette forme de spectacle est née parce qu’elle répondait à un besoin. Tantôt celui d’informer les Grecs de ce qui se passait, ‘‘in illo tempore’’, dans les temps mythiques où les dieux étaient sur terre, tantôt de leur faire prendre conscience des règles qui régissent le vivre-ensemble du groupe social auquel ils appartiennent», précise Katia Haddad, professeur de lettres et titulaire de la chaire Senghor de la francophonie à l’USJ. Le théâtre introduit aujourd’hui dans notre culture «répond à une nécessité existentielle», affirme-t-elle. Dans L’Histoire de Vasco, dont elle en donne l’exemple, Georges Schéhadé retranscrit la guerre en la transfigurant, en mettant l’accent sur la régression de l’humain.
La mythologie traite, elle aussi, du monde. Vous avez tous été au moins une fois dans votre vie un Sisyphe, un Prométhée, une Pandore, une Médée. Identités que vous ignorez peut-être, mais dont vous avez porté, à votre insu, le masque.
Les poètes anciens ou actuels, avec leurs vers de combat, ont lutté inlassablement contre des systèmes, contre des injustices, contre des inégalités.
Le monde continue à vivre maintenant, malgré la déshumanisation apportée par les machines, malgré cette mondialisation industrielle qui a vite conduit aux guerres, grâce à l’art et à la littérature. Kundera a parlé, dans le même ordre d’idées de ce «piège qu’est devenu le monde». Mais la politique de la littérature et la littérature de la politique, le pouvoir de l’art et l’art du pouvoir projettent l’humain dans un monde où la culture n’a pas été encore assassinée.

Natasha Metni
 

«Vous m’avez donné de la boue, j’en ai fait de l’or»
A la suite de ce colloque, le Département des Lettres françaises a réussi à prouver que les domaines de la littérature et de l’art permettent à toute personne de devenir acteur de la scène culturelle et artistique, de devenir chercheur et spécialiste de l’écriture critique, d’acquérir une formation ancrée dans le passé, mais aussi et surtout, dans le présent et de développer une connaissance et une réflexion sur les enjeux de la création contemporaine et du contexte local, régional et international.

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