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Nº 2978 du vendredi 5 décembre 2014

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La fiancée était à dos d’âne de Vénus Khoury-Ghata. «Il n’y a pas de chagrin qui résiste au livre»

La fiancée était à dos d’âne, le livre de Vénus Khoury-Ghata, est publié en 2013. «Je suis sauvée par la lecture et l’écriture», confie-t-elle à Magazine. Elle a vécu et vaincu. Son enfance est marquée par le destin de son frère, poète atteint de maladie, livré à la drogue, et que son père a fait interner. Dans la plupart de ses œuvres, elle parle des souffrances d’un Liban dévasté par quinze années de guerre, mais aussi de son histoire familiale douloureuse.
 

Dans une maison au bord des larmes, certaines scènes ne s’oublient pas, comme celle de la mère traînant son fils sur son dos sous les bombardements. La tragédie du Liban est présente dans la plupart de vos livres.
Oui, le Liban est dans mon cœur. Il a longtemps été et reste cerné par la cruauté et la violence, pourvu qu’il soit sauvegardé. Nous avons payé trop cher.

Pourtant, vous avez votre vie en France…
Depuis mon mariage et après mon veuvage, je vis en France. J’ai ma vie, je travaille, j’écris, je suis très appréciée pour mon œuvre, j’effectue des déplacements en France et à l’étranger. Mes livres sont traduits dans quinze pays. A Stockholm, j’ai été surprise de voir une centaine de personnes attendre en rang au cours de la signature de mon livre.  

Vous venez rarement au Liban?
J’y viens quand on m’y invite. J’aime qu’on m’aime un peu dans mon pays. Le collège Louise Wegmann m’a rendu un hommage impressionnant. Et, puis, trois de mes quatre enfants vivent au Liban. La quatrième est écrivaine et vit à Paris. Le Liban est présent dans toutes mes écritures. Je n’ai pas besoin d’y venir, les livres sont un moyen de voyager.

Dans votre recueil Où vont les arbres? de 2011, vous racontez le Liban meurtri par la guerre, une enfance sombre, une mère écrasée, un frère maltraité. Vos écritures parlent d’un pays dévasté, mais aussi d’une enfance marquée par la mort de votre frère…
La mort de mon frère m’a beaucoup marquée. Il a été condamné à la folie par mon père, alors qu’il suffisait de le désintoxiquer pour qu’il soit sauvé. C’était un poète sensible et quand il n’a plus écrit, j’ai commencé à écrire, j’ai pris la relève et j’ai continué sans m’arrêter.

A quel âge avez-vous commencé à écrire des poèmes?
J’ai commencé à écrire à l’âge de 15 ans. Un jour, j’ai rencontré le grand poète Saïd Akl et je lui ai dit que j’écrivais des poèmes, il les a pris. Une semaine plus tard, il m’a publiée. Georges Jerdak m’a donné envie d’écrire la poésie. C’était mon professeur.

Et des poèmes vous êtes passée aux romans…
Un jour, j’ai rencontré Régine Deforges. Elle m’a demandé d’écrire un roman. Je l’ai fait pour lui faire plaisir. Le destin a mis sur mon chemin des gens qui m’ont fait confiance.

 

Vous parlez beaucoup de la mort dans vos écrits…
J’ai trop aimé la lecture, les mots, et je ne sais pas si c’est le fait d’avoir tant parlé de la mort, mais j’ai payé par la mort de mon mari et de plusieurs êtres chers. Dans l’un de mes récits, je parle de la femme qui ne savait pas garder les hommes. Je parle de moi. Le livre est toujours entre moi et mon homme. Je le laissais seul, et j’allais taper sur ma machine à écrire pendant des heures, comme s’il allait vivre éternellement.

Vous parlez aussi des femmes en général…
Les femmes assument, travaillent, gagnent leur vie, elles sont courageuses et elles comptent sur elles-mêmes. J’ai écrit sur le malheur des femmes. Malheureusement, il y a un fondamentalisme qui ravage tout le terrain. Ils ne sont bien que s’ils voient une femme ensanglantée.

Vous avez consacré beaucoup de temps à l’écriture. Qu’est-ce qu’elle vous a apporté?
Je suis sauvée par la lecture et l’écriture. Un bon livre entre les mains et je passe d’un grand état de dépression à une paix interne. Il n’y a pas de chagrin qui résiste au livre.

Vous avez écrit une vingtaine de recueils et autant de romans dont le dernier La fiancée était à dos d’âne…
La fiancée était à dos d’âne est sorti depuis quelques mois en livre de poche pour que tout le monde puisse l’acheter, et pour qu’il soit lu par mes compatriotes.

Propos recueillis par Arlette Kassas
 

Bio en bref
Vénus Khoury-Ghata est née à Bcharré en 1937. Ecrivaine en langue française d’origine libanaise, elle vit à Paris depuis 1972, et son mariage avec le médecin et chercheur français Jean Ghata. Son œuvre compte une quarantaine de titres. Son père était interprète auprès du Haut-commissariat français du temps du Mandat. Elle a reçu le prix Goncourt de la poésie pour l’ensemble de son œuvre. Elle est membre de dix jurys littéraires dont ceux de l’Académie Mallarmé, et des prix France-Québec, Max-Pol Fouchet, Senghor, Yvan-Goll, ainsi que du prix des Cinq continents de la francophonie.

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