Magazine Le Mensuel

Nº 2978 du vendredi 5 décembre 2014

Livre

Leila Haoui Zod. Mon père, ce héros

William Haoui, chef et martyr, cette biographie écrite par Leila William Haoui et préfacée par Amine Gemayel est un ouvrage historique documenté par des témoignages exclusifs sur des phases-clés de l’Histoire du Liban et sur les coulisses du parti Kataëb auquel appartenait son père. Cet homme engagé tué par un franc-tireur lors de la chute du camp de Tell el-Zaatar.
 

Près de quarante ans après sa mort, vous décidez d’écrire un ouvrage sur William Haoui, votre père. Quel est le message que vous voulez faire parvenir?
J’ai commencé à travailler sur cet ouvrage en 1995. Je rassemblais des témoignages. Des choses vécues et non relatées à ce jour. Là où j’allais, on me parlait de mon père, de ce qu’il avait fait pour ce pays, pour ses compagnons d’armes. J’ai interviewé près d’une centaine de personnes qui ont connu mon père pour ne pas perdre le souvenir de cet homme exceptionnel qui a consacré sa vie au Liban. En parallèle, j’ai suivi des cours en histoire, pour donner à cet ouvrage que j’étais en train d’écrire, un impact historique et objectif. Cet ouvrage a été l’objet de ma thèse et ce n’est qu’en octobre 2014 que je l’ai présenté au public. C’est un livre documenté, plein de références. Je l’ai écrit pour que les citoyens n’oublient pas − parce qu’au Liban, les gens ont tendance à oublier le passé. Quand on ne se souvient pas de son passé, quand on ne préserve pas la mémoire des choses et des événements, on n’a pas d’avenir. J’ai voulu dire que mon père et beaucoup de ses compagnons ont été des individus honnêtes qui ont fait la guerre pour préserver le Liban. Ils avaient des principes et ont tout sacrifié sans rien demander en retour. Si ces hommes ne s’étaient pas engagés pour défendre le Liban, le pays n’existerait plus aujourd’hui.

Sur quelle époque de sa vie vous arrêtez-vous?
C’est une biographie qui retrace tout le parcours de William Haoui depuis sa naissance à New York, en 1908, jusqu’à son martyre en 1976. L’ouvrage revient sur la Première Guerre mondiale qu’il a connue, sur la naissance des partis politiques, sur la période où il a connu Pierre Gemayel sur les terrains de sport, comment il s’est rallié en 1937 au Kataëb. Je parle de la politique des coulisses du parti, plusieurs témoignages recueillis dans ce sens sont exclusifs et m’ont été racontés par des personnalités très impliquées lors de cette période, et qui ont joué un rôle de première importance dans la guerre libanaise et au sein des Kataëb. J’ai évoqué les périodes-clés de l’indépendance du Liban, l’engagement de mon père durant cette époque, les réunions qui avaient lieu dans son usine à la place Debbas pour préparer l’intifada contre les Français. Je reviens sur 1958, la période du nassérisme; sur 1969, quand les Palestiniens sont venus au Liban et ont imposé leurs lois, l’accord du Caire, puis le déclenchement de la guerre en 1975, dans laquelle il s’est engagé pour défendre son pays…

Tous ces morts, ces assassinats, ces sacrifices consentis et le Liban est actuellement dans l’une des pires phases les plus critiques de son Histoire. A votre avis, qu’aurait pensé William Haoui de son pays qu’il aimait tant?
C’était un homme qui refusait les compromis. Pour lui, ce qui était au-dessus de toute considération était l’intérêt du Liban. C’était un défenseur acharné de la démocratie et du dialogue. William Haoui était un être persévérant, qui n’a jamais rendu les armes, même quand la situation était désespérante. Actuellement, il aurait continué la lutte jusqu’au bout.

Propos recueillis par Danièle Gergès

William Haoui en bref
William Haoui a rejoint le parti Kataëb en 1937. Il y a occupé plusieurs postes gravissant les échelons pour devenir membre du Bureau politique en 1952. En 1958, il est chargé d’organiser la résistance sur le terrain et de diriger les militants du parti dont il devient le chef en 1961. En 1952, il devient membre du conseil municipal de Beyrouth. En 1957, Haoui se présente aux élections législatives sans réussir à accéder à la Chambre. En 1975, il prend part à la guerre et est tué, en 1976, par un franc-tireur au milieu du champ de bataille à Tell el-Zaatar, avec une balle dans le front. A sa mort, Bachir Gemayel a été nommé à sa place en tant que président du conseil militaire Kataëb, qui devient, quelques mois plus tard, le noyau des Forces libanaises (FL).

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