Magazine Le Mensuel

Nº 2986 du vendredi 30 janvier 2015

  • Accueil
  • POLITIQUE
  • L’attaque de Ras Baalbeck. Quels sont les objectifs des terroristes?
POLITIQUE

L’attaque de Ras Baalbeck. Quels sont les objectifs des terroristes?

L’Armée libanaise a repoussé, le week-end dernier, au prix de lourdes pertes, une attaque menée par des jihadistes venus de Syrie sur Tallet al-Hamra, dans le secteur de Ras Baalbeck, abritant un avant-poste militaire. Quels étaient les objectifs des extrémistes?
 

La région de Ras Baalbeck a une grande importance stratégique. C’est dans ce village, majoritairement chrétien, que se trouve le commandement des services de renseignements de l’Armée libanaise. Celle-ci surveille les frontières, ainsi que les entrées et sorties du village de Ersal, sur les hauteurs duquel campent toujours les mouvances radicales comme le Front al-Nosra et l’Etat islamique (EI). C’est aussi dans cette région que les militants extrémistes ont organisé une attaque meurtrière, en août 2014, ayant entraîné la mort de 16 soldats et trois civils et blessé 85 personnes. L’offensive avait permis aux groupes extrémistes de kidnapper 35 soldats et policiers, dont 25 au moins sont toujours aux mains de l’EI et d’al-Nosra.
«Des douzaines d’assaillants ont attaqué Tallet al-Hamra, une colline ayant une importance militaire majeure, son contrôle permettant de dominer et d’accéder au reste de la région», signale un officier de l’Armée libanaise, s’exprimant sous couvert d’anonymat.
Des médias libanais ont indiqué que plusieurs centaines de jihadistes, venus des hauteurs du Qalamoun en Syrie, avaient participé aux combats qui se sont déroulés le vendredi 23 janvier.
Dès le déclenchement des hostilités dans la matinée, le commandement de l’armée avait perdu le contact avec cinq de ses soldats, d’une douzaine, en position dans l’avant-poste de Tallet al-Hamra.
Selon un communiqué militaire, les combats ont provoqué la mort de huit soldats, dont un officier. L’armée s’est contentée de faire référence à une attaque menée par des «terroristes», mais selon l’officier interviewé par Magazine, la plupart seraient en fait des membres du Front al-Nosra, affilié à al-Qaïda. «Al-Nosra domine les hauteurs dans cette région, contrairement aux rapports des médias étayant une montée en puissance de l’EI», souligne la source militaire.
En fin de journée, l’armée appuyée par les forces héliportées et des bataillons ayant recours à l’artillerie lourde a pu repousser les militants extrémistes. «L’armée est intervenue rapidement et les raids des hélicoptères, ainsi que l’artillerie lourde ont permis de détruire les positions des terroristes avec efficacité», explique la source. Lors de leur fuite, ces derniers auraient tenté d’emporter les corps des soldats tués, mais en auraient été empêchés en raison du bombardement intensif des lignes arrière des combattants.
La troupe a également pris pour cibles les fuyards empruntant des chemins de terre. Une trentaine de jihadistes auraient été mis hors de combat ou tués. Les dépouilles de six terroristes ont été transportées dans un hôpital de la Békaa-Ouest, selon l’Agence nationale d’information. Parmi ces corps figurerait celui de Ghayath Jomaa, communément connu sous le nom d’Abou el-Walid, commandant de la brigade Wa A’idu, qui aurait prêté allégeance dernièrement à l’EI.
D’autres collines avoisinantes, comme celle d’Oum Khaled, ont également fait l’objet de violents affrontements, avant d’être entièrement reprises par l’armée. Ayant repéré des mouvements suspects, celle-ci a bombardé la région de Wadi Hmayed, dans le jurd de Ersal. Des formations de militants extrémistes auraient été aperçues en périphérie de la ville. Elles avaient eu recours à un bulldozer et auraient tenté de dégager les routes bloquées par les soldats.
Selon certaines sources de la région, l’armée aurait ouvert le feu sur les militants détruisant le bulldozer et un autre véhicule.
Les unités militaires du Régiment Mobile et des gardes-frontières de l’armée ont passé au peigne fin la région environnant la colline al-Hamra, alors que des unités d’ingénierie ont restauré les défenses et les fortifications surplombant la colline qui avaient été endommagées lors des attaques du vendredi.

 

Réactions inverses
Les raisons ayant motivé l’attaque de Tallet al-Hamra sont toujours entourées de flou, mais plusieurs scénarii ont été mis en exergue par les sources militaires. Selon l’officier de l’armée, cette attaque viserait à rétablir l’équilibre de la terreur dans la région de la Békaa, depuis le retrait des groupes terroristes. «Cette stratégie vise plus particulièrement Ras Baalbeck, qui abrite des résidants chrétiens, et cela dans le but de faire monter la pression. Mais cela a provoqué la réaction inverse», précise l’officier. Ce dernier signale le ralliement de nombreux habitants chrétiens dans les régions de la Békaa limitrophe du Qalamoun aux Saraya al-Moukawama, des brigades composées de militants non chiites, formées, entraînées et armées par le Hezbollah.
Les jihadistes avaient également reçu l’ordre de capturer vivants les soldats, pour s’en servir comme monnaie d’échange avec les autorités libanaises dans les négociations pour la libération de détenus jihadistes, et parvenir à acquérir d’autres avantages sur le terrain.
Quelles que soient les motivations du Front al-Nosra et de l’EI, l’armée qui affronte un danger de plus en plus réel sur le sol libanais doit avoir les moyens de relever ce défi. L’aide militaire de quatre milliards de dollars offerte par l’Arabie saoudite doit donc être livrée au plus vite à l’armée qui a un besoin pressant de munition, d’avions de chasse et d’appareils de surveillance afin de faire face à la menace terroriste.
Dans cette situation de plus en plus incertaine, il semble que le Liban ait du mal à se distancier de la crise syrienne qui paraît s’imposer de plus en plus sur la scène libanaise…

Mona Alami

Les martyrs de Ras Baalbeck
Huit soldats ont été tués à Ras Baalbeck par les extrémistes. Le lieutenant Ahmad Mahmoud Tabikh, né le 15 janvier 1987 à Dourès, caza de Baalbeck, est marié sans enfants. Le sergent Mohammad Niazi Nassereddine est né le 20 juin 1983 à Kouah, dans le caza du Hermel. Marié, il est père d’un enfant. Le soldat Bilal Khodr Ahmad est né le 1er novembre 1986 à Chan dans le Akkar. Marié, il a un enfant. Le soldat Ahmad Yehia Daniyé est né le 20 novembre 1988 à Saadnayel dans le caza de Zahlé. Le soldat Hassan Ali Wehbé est né le 1er avril 1991, à Nabha dans le Akkar. Le conscrit Mohammad Ali Alaëddine est né le 11 février 1995 à Jdeidet Marjeyoun, au Liban-Sud. Le conscrit Hassan Ramadan Dib, célibataire, est né le 25 mars 1992 à Tikrit dans le Akkar. Le conscrit Moujtaba Imad Amhaz est né le 1er janvier 1993 à Makné dans le caza de Baalbeck. Il est célibataire. Outre les huit morts, le bilan est assez lourd pour une bataille de quelques heures. L’armée aurait eu 14 blessés, transportés vers les hôpitaux de Ras Baalbeck et du Hermel.

Un tribunal de l’EI bombardé?
L’émir de l’EI dans le Qalamoun, Abou el-Walid el-Maqdissi, n’hésiterait pas à acheter la loyauté des groupuscules et des habitants et à excommunier ceux qui s’opposent à lui. Un secteur de Ersal aurait été également bombardé durant le week-end dernier, la cible étant un tribunal de la charia relevant de l’EI.

Related

Chassé de Palmyre et d’al-Qaryatayn. Daech se replie-t-il vers le Liban?

admin@mews

Dar el-Fatwa. Solution en perspective

admin@mews

Attentisme dans tous les dossiers. Le Parlement joue la montre

admin@mews

Laisser un commentaire