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Nº 2990 du vendredi 27 février 2015

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Rand Ghayad. L’économiste libanais chéri de l’Amérique

Ses théories et ses écrits prennent une importance mondiale. Rand Ghayad est, en quelque sorte, le nouveau Adam Smith ou Joseph Stiglitz du Liban. Depuis son arrivée aux Etats-Unis, ce jeune homme originaire du Liban-Sud a fait un tel chemin qu’il est cité dans des centaines de journaux. Ce succès mondial ne lui ôte ni sa modestie ni son amour farouche de son pays. A Magazine, il se livre à cœur ouvert sur son parcours, sa vie en Amérique et son rapport à sa terre natale.
 

Le travail de Rand Ghayad est cité dans plus de 400 journaux. A son actif, des articles, des ouvrages. Il est même cité dans des conférences et des congrès où sont évoquées ses recherches. Les médias américains n’hésitent pas aussi à s’emparer massivement de tout ce qu’il réalise.
Pour comprendre combien l’économiste est une personnalité incontournable outre-Atlantique, nous nous sommes penchés sur ses diverses fonctions. Chercheur auprès de l’un des plus grands groupes de consultation au monde, The Brattle Group, il occupe aussi une fonction de consultant auprès de la Banque fédérale de réserve de Boston. Il est également invité par le MIT (Massachusetts Institute of Technology) et auprès de divers organismes mondiaux comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI). Rand Ghayad a, par ailleurs, été maître de conférences au Département de l’économie de la Northeastern University et chercheur associé auprès de l’Université de Boston.
Comment est-il arrivé à occuper toutes ces fonctions? Qu’est ce qui lui a permis de se construire une telle carrière? Ce n’est qu’en 2007 qu’il a quitté le Liban. Le jeune étudiant excelle dans ses études en sciences économiques et en mathématiques. Grâce à une bourse qui lui est accordée, il s’inscrit à l’Université de Boston où il décroche une maîtrise en économie financière et, surtout, un doctorat en économie de l’Université de Northeastern. «Ces années ont été primordiales, car elles m’ont donné la possibilité de côtoyer plusieurs économistes de premier rang, tels William Dickens et le lauréat du prix Nobel de 2010, Peter Diamond», explique Ghayad. Diamond a effectué des travaux importants sur l’imposition et a été récompensé pour des travaux fondamentaux sur le fonctionnement des marchés. Grâce à la collaboration de l’économiste libanais avec Dickens et Diamond, des découvertes ont été faites marquant un tournant dans le monde de l’emploi aux Etats-Unis. Ghayad a ainsi pu clarifier les raisons pour lesquelles le taux de chômage n’est pas revenu à son niveau normal depuis la fin de la Grande Récession. Il a aussi démontré la discrimination que subissent les chômeurs de longue durée de la part des employeurs. Ce qui contribue à expliquer, selon lui, le chômage structurel et à le faire perdurer.

 

La lutte contre le chômage
Après la publication de ses études, il connaît un succès immédiat. Des universitaires, des membres du Congrès, des sénateurs et même le président Barack Obama et la présidente de la Réserve fédérale, Janet Yellen, prennent à la lettre ses résultats. Pour aborder les nouvelles initiatives en matière de développement du travail, Ghayad a rencontré le président américain et son équipe. A la suite de leur rencontre, le chef de l’Etat américain signe un décret interdisant aux employeurs la discrimination contre les demandeurs d’emploi au chômage de longue durée. Le gouvernement adopte également plusieurs lois les protégeant. Des villes comme New York, New Jersey, New Hampshire et, même, Washington DC ont opté pour ces lois. La France et la Grande-Bretagne ont aussi demandé conseil à
Ghayad pour améliorer leur marché du travail. Il en est de même pour l’OIT (Organisation internationale du travail), qui a fait appel à ses services pour aider 14 pays membres à combattre le chômage de longue durée. Le Programme de développement des Nations unies l’approche souvent pour ses conseils économiques. Au Liban, des journaux et des médias locaux lui posent parfois des questions économiques. Et certaines organisations de la diaspora, comme la Chambre de commerce et d’industrie libanaise de Côte d’Ivoire, parlent «d’une fierté libanaise».  
 

Servir le Liban
Cependant, en dépit de ses quelques rares apparitions sur des chaînes libanaises et de la place fulgurante qu’il a gagnée en Amérique et dans des pays européens, le jeune Ghayad n’a pas encore le succès qu’il mérite dans son propre pays. La preuve, à ce jour, aucune institution étatique et aucun organisme public ne lui ont demandé son avis en matière de macroéconomie. Ce qui paraît assez étonnant lorsqu’on se rend compte de l’importance de son travail. Il se dit très attaché à ses racines et avoue à Magazine que toutes les sollicitations ne lui font pas oublier son pays. «Il ne se passe pas un jour sans que je pense combien l’amour de ma famille et de mes amis demeure ce qui compte le plus pour moi». Chaque année, il revient au pays visiter ses proches. Malgré son travail sur les politiques publiques américaines, il s’impose comme règle de ne jamais se distraire des problèmes économiques du Liban. L’ultime conviction du chercheur c’est qu’aussi important que soit son travail et aussi motivant pour lui que d’être reconnu par ses pairs, servir son propre pays est primordial: «Nous avons de la pauvreté et du chômage. Nous devons avoir une bonne politique économique. Rien ne signifie plus pour moi que d’être en mesure d’influencer la vie du peuple libanais. Le sentiment que j’ai pu être capable de faire quelque chose pour le servir. Telle est ma véritable ambition et si dans les prochaines années j’en ai l’occasion, je ne la manquerai pas». La balle est donc dans le camp des instances publiques libanaises.

Pauline Mouhanna, Illinois

La reconnaissance et les prix
Rand Ghayad s’impose non seulement auprès des politiciens, mais également auprès de ses pairs. Des économistes et des chercheurs saluent son éminent travail. James Stellar, le vice-président principal de l’Université d’Albany, parle de «sa passion pour l’excellence». La LAU (Lebanese American University) lui a remis «l’Alumni Achievement Award». La Banque fédérale de réserve de Boston un «Certificat d’appréciation». La Northeastern University lui décerne «la bourse de l’excellence». De l’Université de Boston, il reçoit un prix d’excellence dans les études supérieures.

Les clés de son travail
Comment Rand Ghayad a-t-il réussi à obtenir des résultats que d’autres économistes n’ont pas pu faire? Parce que pour son doctorat, il n’a pas fait les choses comme tout le monde. Il ne s’est pas contenté de commenter des chiffres. Il a puisé dans les caractéristiques des chômeurs, a examiné les industries dans lesquelles les gens avaient travaillé, leur niveau de scolarité et la durée de leur chômage.

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