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Nº 3003 du vendredi 29 mai 2015

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En direction du Courant du futur. Le discours offensif de Nasrallah

Entre le 25 mai 2000 et le 25 mai 2015, beaucoup de choses ont changé au pays du Cèdre et le Hezbollah, que certains ne prenaient pas vraiment au sérieux, est devenu une puissance militaire structurée qui a son poids sur le plan régional. Après avoir contraint l’armée israélienne à un retrait inconditionnel, le voilà qui se bat en Syrie, depuis près de trois ans, au grand dam d’une partie des Libanais. Comment la Résistance en est-elle arrivée là? C’est ce que le secrétaire général du Hezbollah a tenté d’expliquer dans son dernier discours, dimanche 24 mai.

Comme toujours, le discours de sayyed Hassan Nasrallah était très attendu, par ses partisans certes, mais aussi par ses adversaires et ses ennemis. Mais en ce dimanche 24 mai 2015, il l’était sans doute plus que d’habitude tant la situation est complexe. Contrairement au contenu de ses derniers discours, sayyed Nasrallah n’a pas évoqué, ou très peu, la guerre au Yémen ou en Irak, évitant de s’en prendre directement aux dirigeants saoudiens.
Nasrallah a donc concentré cette fois son discours sur le Liban et la bataille menée en Syrie, pour montrer qu’il s’agit d’un même combat, celui de la résistance contre ceux qui veulent défigurer la région «pour servir les intérêts d’Israël». Il a ainsi établi un parallélisme entre le «projet takfiriste» et le «projet sioniste», ainsi qu’entre les deux situations, en mai 2000 et en mai 2015. Il a ainsi rappelé que, lorsque le Hezbollah se battait contre les soldats israéliens occupant le Liban, il ne faisait pas l’unanimité au sein de la classe politique. Sciemment ou par faiblesse, certaines parties locales ne voulaient pas de ce combat contre les Israéliens, et si le Hezbollah avait dû attendre de les convaincre pour se lancer dans la bataille, le Liban serait sans doute encore occupé, comme il l’était avant 2000. A travers cette remarque, sayyed Hassan s’est adressé à tous ceux qui critiquent aujourd’hui sa participation aux combats en Syrie et qui exigent de lui de soumettre ses décisions de combattre à l’unanimité interne. Selon lui, il s’agirait donc d’une position suspecte qui, sous couvert nationaliste d’avoir l’unanimité pour les décisions importantes, cacherait une volonté consciente ou non, de laisser l’ennemi prendre de l’influence au Liban et d’y gagner du terrain.
Sayyed Nasrallah a profité de l’occasion d’abord pour montrer à ses partisans pourquoi le Hezbollah doit se battre en Syrie, précisant qu’il s’agit d’une guerre existentielle «face aux barbares qui veulent tout détruire sur leur passage». Il a ajouté que la participation du parti de Dieu n’en est plus à une petite contribution à Qoussair ou autour de certains villages de la population libanaise ou encore autour de lieux saints chiites. Il a affirmé avec force que «le Hezbollah se trouvera là où il devra être». Ce qui, en clair, signifie qu’il compte augmenter sa participation à la guerre en Syrie et élargir son champ d’action. Sans donner d’autres précisions. Autrement dit aussi, il peut désormais être présent sur tous les fronts en Syrie et il n’a pas pour cela besoin de l’approbation des autres composantes de la société libanaise, son seul critère étant les exigences du terrain syrien.
Nasrallah a quelque peu tempéré les informations parues la veille de son intervention télévisée sur le fait qu’il aurait décrété la mobilisation générale de ses partisans pour envoyer de plus en plus d’effectifs en Syrie. Il s’est contenté de lancer qu’il était encore trop tôt pour une telle initiative, ajoutant que le moment venu, des dizaines de milliers de jeunes se présenteront pour participer au combat. Immédiatement, des milliers de jeunes présents sur la grande place de Nabatié pour écouter le discours se sont dressés comme un seul homme, poings levés pour répondre à l’appel de Nasrallah.
 

Messages au 14 mars
Mais le plus important dans ce discours du 24 mai 2015 est le fait que le secrétaire général du Hezbollah s’est directement adressé au 14 mars et au Courant du futur en particulier. Il leur a ainsi affirmé qu’en raison de ses relations avec le commandement syrien, le Hezbollah est en mesure de servir de garantie au peuple libanais pour éviter une nouvelle ingérence syrienne dans ses affaires internes et, éventuellement, des vengeances contre ceux qui ont aidé l’opposition syrienne. En revanche, si à Dieu ne plaise, le régime devait tomber et les différentes factions prendre le pouvoir, le 14 mars est-il en mesure de garantir pour le Liban une non-ingérence syrienne dans les affaires libanaises et la non-extension des groupes takfiristes à l’intérieur du pays? Toujours dans le même contexte, sayyed Nasrallah a rappelé au 14 mars que ses amis syriens, à savoir la Coalition nationale et ses semblables, ne peuvent même pas se rendre en Syrie dans les zones contrôlées par Daech et al-Nosra. Il a déclaré que le Courant du futur et ses alliés seraient forcément les premières victimes de ces deux groupes terroristes si ces derniers devaient remporter la mise en Syrie et parvenir à faire chuter le régime d’Assad. Il a donc invité le 14 mars à revoir ses positions et à cesser d’appuyer indirectement ces groupes takfiristes qui sont une menace pour eux, avant d’être une menace pour les autres composantes de la société libanaise. En même temps, le secrétaire général du Hezbollah a brisé dans l’œuf les tentatives de certains pays régionaux de redorer actuellement le blason du Front al-Nosra en le présentant comme un groupe «modéré» et donc «fréquentable» et comme le futur interlocuteur dans d’éventuelles négociations politiques. Nasrallah a ainsi rappelé que le Front al-Nosra est la branche syrienne d’al-Qaïda, selon les propres termes du cheikh Ayman Zawahiri, qui a pris la tête de la mouvance après la mort d’Oussama Ben Laden.
Au sujet de la bataille du Qalamoun, Nasrallah a déclaré qu’elle ne se terminera que lorsque toute la frontière libano-syrienne sera sécurisée et, tout en affirmant que les habitants de Ersal, pour la plupart au moins, rejettent désormais les combattants takfiristes, il a demandé aux groupes politiques de ne pas les utiliser pour assurer à ces mêmes combattants une certaine sécurité. Le secrétaire général du Hezbollah a donc tendu la main aux habitants de Ersal et, en même temps, il a laissé entendre qu’il n’est pas question de garder l’abcès de Ersal et de son jurd ouvert. La bataille devra être menée par l’Armée libanaise et si elle ne veut pas la faire, le Hezbollah est prêt. Il a ainsi invité l’Etat à assumer ses responsabilités à l’égard des habitants des villages de la Békaa, ajoutant que ces derniers qu’ils soient de Ras Baalbeck, de Ersal ou de Brital n’acceptent pas qu’il y ait un seul combattant takfiriste chez eux!

 

Plus déterminé que jamais
En effet, Nasrallah s’est longuement étendu sur les capacités actuelles du Hezbollah, assurant qu’il n’a jamais été aussi fort, aussi bien équipé et aussi prêt à se battre. A tous ceux qui misent sur son affaiblissement et sur la lassitude de sa base, Nasrallah a répondu par des affirmations répétées sur la force actuelle du Hezbollah, son professionnalisme, sa combativité et son enthousiasme. Enfin, sayyed Nasrallah a dénoncé la propension des médias de l’autre bord à compter les martyrs du Hezbollah dans le but de grossir leur nombre, de démobiliser et de décourager la base du parti. Il a affirmé que c’était une méthode honteuse, mais qui n’a aucun autre effet que celui de discréditer celui qui l’utilise, car le Hezbollah ne cache pas ses martyrs. Au contraire, il en est fier. Il a ensuite lancé: «C’est grâce à nos martyrs et à nos blessés que vous vivez en sécurité dans ce pays».

Joëlle Seif

Le dialogue malgré tout
S’il est certain que le fossé est en train de s’approfondir entre le Courant du futur et le Hezbollah à mesure que se compliquent la guerre au Yémen et les relations entre le royaume wahhabite et la République islamique d’Iran, les sources proches du président de la Chambre, Nabih Berry, affirment que le dialogue ne sera pas rompu. Une nouvelle séance de dialogue devrait même avoir lieu en principe la semaine prochaine avant le début du jeûne du Ramadan. Les mêmes sources révèlent que ce dialogue est voulu par les deux camps et par la communauté internationale, qui tient à la stabilité du Liban en dépit des remous régionaux. Ce dialogue reste une priorité parce qu’il permet de faire baisser la tension dans la rue.

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