Magazine Le Mensuel

Nº 3009 du vendredi 10 juillet 2015

Semaine politique

Saad Hariri. Le nécessaire mais impossible retour

Si, dès le départ, personne ne se faisait vraiment d’illusions sur le résultat du dialogue entre le Courant du futur et le Hezbollah, ces rencontres avaient néanmoins un avantage, celui de calmer la rue et de refroidir les esprits.  

Alors que la crise gouvernementale aurait due être au centre du dialogue entre le Futur et le Hezbollah, la situation sécuritaire est revenue au-devant de la scène. Les mouvements de protestation dans la rue sunnite après la diffusion des films sur la torture des prisonniers islamistes à Roumieh et les incidents de Saadiyate ont rendu prioritaire la sécurité. Ces incidents montrent clairement que la situation sur le terrain est loin d’être saine. Mais l’élément, le plus grave, qui a marqué cette affaire demeure, incontestablement, le débordement du cadre sunnite et les accusations lancées par le ministre Achraf Rifi contre le Hezbollah, lui faisant assumer la responsabilité de la diffusion de ces vidéos. Au départ, la question se limitait à l’élément sunnite: il s’agissait bien de détenus sunnites torturés par des services de sécurité ayant à leur tête un directeur général et un ministre, tous deux sunnites. Mais avec les accusations de Rifi à l’encontre du Hezbollah, cette affaire a aussitôt pris une dimension confessionnelle et elle est venue s’ajouter au large contentieux qui oppose les deux parties.
 

Les incidents de Saadiyate
Les incidents de Saadiyate représentent un développement inquiétant et contribuent à jeter de l’huile sur le feu. Pour le Courant du futur, ces événements ne représentent pas un cas passager et isolé mais, bien au contraire, ils auraient une portée sécuritaire et politique. Le Hezbollah projetait de contrôler la route côtière entre Beyrouth et Saïda en prenant positions dans des immeubles résidentiels et des complexes commerciaux. Il a voulu aussi contrôler l’entrée de l’Iqlim el-Kharroub et son littoral, en créant des positions à Saadiyate, Jiyyé et Wadi el-Zayna.
Les incidents de Saadiyate ont réveillé les susceptibilités et les obsessions des uns et des autres et ont créé une nouvelle ligne de démarcation entre le Futur et le Hezbollah. Le Futur considère l’Iqlim el-Kharroub comme un réservoir humain important pour lui, alors que le Hezbollah estime que le littoral de l’Iqlim, qui lie la banlieue sud et le Sud, est un lien vital, qui relève de la sécurité de la Résistance.  
Ces événements ont provoqué un choc dans les milieux politiques d’autant plus qu’ils interviennent à un moment où l’ambiance est au dialogue et à l’entente entre les deux formations, loin de toute tension ou accrochage. Ceci montre que le dialogue n’a pas atteint son but, celui de réduire les tensions confessionnelles dans la rue. Bien que, finalement, il se soit avéré qu’ils n’étaient pas prémédités, le timing de ces événements intervient non seulement à la veille d’une réunion à Aïn el-Tiné, mais aussi à un moment où la crise gouvernementale atteint son apogée.
Des sources proches du 8 mars, dont l’opinion est partagée par des milieux du 14 mars, estiment que le Courant du futur fait face à de grandes pressions dans plusieurs domaines, en premier lieu sur le terrain, où il perd de plus en plus son influence et son contrôle. Les luttes internes et les différents axes au sein du Futur ne sont plus un secret pour personne. La cohésion du 14 mars est ébranlée à son tour à cause de la priorité accordée par le Futur à son dialogue avec le Hezbollah, d’une part, et celle donnée par les Forces libanaises à leur «déclaration d’intentions» avec le Courant patriotique libre, d’autre part.
La situation nécessite le retour imminent du président Saad Hariri au Liban et son installation permanente. Son absence est la raison principale de la confusion, de l’effritement et de la perte de contrôle de la situation. Sa présence donnerait un nouvel élan et permettrait de reprendre les choses en main. Pourtant, si le retour de Hariri est une nécessité, est-il possible? Selon ces sources précitées, les conditions sécuritaires ne permettent pas son retour, mais ne représentent pas à elles seules la raison majeure de son absence. Ce sont, surtout, les difficultés économiques et la crise financière auxquelles Hariri fait face et auxquelles sont venus s’ajouter les problèmes de Saudi Oger qui nécessitent sa présence en Arabie.

Joëlle Seif
 

Un prix politique
Des raisons politiques retardent le retour de Saad Hariri à la tête du gouvernement car il y aurait un prix politique à payer, en contrepartie, au Hezbollah et au général Michel Aoun. Parce que le retour de Hariri au Liban ne se pose que dans le cadre d’un compromis qui le ramènerait au Grand sérail, celui-ci a décidé de geler tous ses projets et ses engagements envers le général Aoun pour que leurs relations reviennent à ce qu’elles étaient avant le gouvernement de Tammam Salam.

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