Magazine Le Mensuel

Nº 3014 du vendredi 14 août 2015

general

Tandem Berry-Aoun. Les deux alliés ennemis

Entre le président Nabih Berry et le général Michel Aoun, la crise s’aggrave en dépit des efforts du Hezbollah de rapprocher ses deux alliés. Berry a décidé de dire publiquement ce qu’il ne révélait que dans ses assises privées: il n’élira pas Michel Aoun à la présidence de la République. L’Assemblée nationale, explique Aoun, n’est pas légitime car autoprorogée à deux reprises.

Que les relations de Rabié et Aïn el-Tiné se soient dégradées n’est pas surprenant. Des divergences existent entre les deux parties qui déclarent pourtant une alliance stratégique. En réalité, ce qui les divise est plus fort que ce qui les rassemble (les blocs du pétrole au Sud, les décisions des Affaires étrangères inacceptables pour Amal…). A cela il faut ajouter les critiques et les violentes campagnes politiques menées par le locataire de Rabié et que Berry n’oubliera pas à l’heure des comptes. Entre Rabié et Aïn el-Tiné, le feu couve sous la cendre prêt à exploser depuis la deuxième prorogation du mandat parlementaire. Ce sont la nouvelle crise gouvernementale et la façon dont Aoun a mobilisé la rue pour imposer les nominations sécuritaires qui ont exacerbé le président de la Chambre. Le malaise s’est aggravé avec les prorogations, dont les prémices sont apparues au Conseil des ministres de mercredi, la semaine dernière, et auxquelles Berry a refusé de s’opposer afin d’éviter au pays un nouveau vide. On souligne également les piques de Aoun au Premier ministre, plus proche de Berry que du général. Dans l’entourage du leader du Courant patriotique libre, les récentes prises de position du chef du Parlement ne sont pas nouvelles. Si de nombreux dossiers rassemblent Aoun et Berry, d’autres sujets les divisent. Le président de la Chambre lutte pour la pérennité des institutions et à leur tête le gouvernement, prioritaires à son sens, ce qu’il a déclaré récemment était une sorte de mise en garde contre ce qui maintiendrait le pays dans le chaos actuel. Les sources proches du général cherchent à atténuer le choc provoqué par les déclarations de Berry et considèrent qu’il aurait dû mieux comprendre le général. Elles ajoutent que le CPL apprécie et respecte le rôle du président de la Chambre avec lequel Aoun ne cherche pas à se faire un adversaire politique, mais un allié stratégique. Aoun sait pertinemment que l’entité chiite au Liban est bien placée pour résoudre les divergences dans le cadre de la formule libanaise. Il ne peut envisager qu’il existe deux voix chiites de poids. Si le président Berry analyse ses relations avec le général Aoun, tout ce qu’il demande est un respect du pacte national, de la Constitution et du principe du partage du pouvoir.
Nul, et non seulement Aoun, ne peut nier que le Parlement n’est pas légitime mais nul non plus ne peut lui enlever son caractère du fait accompli. Jamais Aoun n’a pensé que le président Berry soutiendrait un candidat civil ou non à la première magistrature de l’Etat en dehors du camp stratégique qu’il symbolise. Le président de la Chambre n’a pas l’habitude d’ignorer les sujets à caractère constitutionnel.
Pour les aounistes, il est indispensable de revenir à l’initiative du général d’élaborer une loi électorale favorisant l’égalité et la réelle représentativité dans le respect du pacte national et de l’article 24 de la Constitution rendant prioritaires des élections parlementaires couronnées par l’élection présidentielle. Cette initiative a été rejetée à deux reprises sans raisons affichées: le refus d’une élection présidentielle par le peuple en deux étapes: celui de respecter l’article 24 de la Constitution.
Aoun, disent les observateurs, n’abandonnera pas ses alliés tant que les constantes nationales sont respectées.
Le différend qui oppose Berry à Aoun n’est qu’un semblant de coups de feu à balles blanches qui ne font pas de tués. Par ailleurs, si un possible conflit sérieux devait surgir, il serait réglé par le Hezbollah qui joue le pompier de service et tente de calmer les tensions. Quoi qu’il en soit, Aoun ne sera en aucun cas le candidat favori de Aïn el-Tiné pour la présidence de la République. Pour certains observateurs avertis, Berry et Aoun ne peuvent avoir entre eux que des sautes d’humeur sans conséquences politiques qui seraient rapidement réglées par leur allié commun.

Chaouki Achkouti

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