Magazine Le Mensuel

Nº 3020 du vendredi 25 septembre 2015

general

Chi yom rah fell. Quand le drame vire au cliché

Mettant à l’affiche Adel Karam dans son premier rôle dramatique au cinéma, Chi yom rah fell, écrit et réalisé par Layal Rajha, emmêle les destinées de ses protagonistes sur fond d’argent et de pouvoir.

Chi yom rah fell, écrit et réalisé par Layal Rajha, après avoir réalisé Habbet Loulou, est le dernier film libanais à sortir sur nos grands écrans et applaudi d’emblée comme tel. Sauf que… tout d’abord, du drame il n’a que le qualificatif. Le recours systématique aux clichés cinématographiques du genre l’affaiblit et ne sert nullement l’émotion, censée être aiguisée, du spectateur. Souvent, c’est l’effet contraire qui se produit, engendrant un sourire en biais.
Parfois, alors qu’on aimerait bien, qu’on serait tellement tenté de le faire, de défendre le cinéma libanais, c’est le cinéma libanais qui nous en empêche, tellement il s’éloigne de ce qu’il est appelé à être, de l’art duquel il relève.
Mettant à l’affiche Adel Karam dans son premier rôle dramatique, Chi yom rah fell suit l’histoire de Tarek Maroun. Après avoir été emprisonné, de longues années, à Carandiru, l’une des prisons les plus vicieuses du monde, il décide de se créer une nouvelle vie, au Brésil, une vie normale comme tout un chacun. Mais quelque chose le démange, impossible de tourner cette page du passé avant d’avoir sa revanche. Le voilà qui atterrit au Liban pour régler ses comptes. Dès les premières minutes, tous les protagonistes font leur apparition sur l’écran, en une succession de très petites séquences entrecoupées. Le mafieux Mazen (pierre Dagher) et sa très jeune femme, Toni-Maria (Joy Karam), Elham (Elham Abi Rached) et son fiancé Samer, Sarya (Lorraine Kodeih) et son époux Tony; le spectateur explore rapidement l’univers de chacun d’eux avant que leurs destins ne se croisent, au détour d’une plage, longeant un restaurant. Les désirs se font et se défont, les dialogues s’égrènent au fil des «Ok» lancés à tout-va…
Le film s’ouvre sur une impressionnante scène: des prisonniers, torse nu, tête baissée, assis à même le sable chaud. Le silence. L’angoisse. Et la voix-off de Tarek qui raconte son histoire. «Basé sur une histoire vraie»; l’avertissement préliminaire revient en tête. Le spectateur se prépare à entrer dans un univers authentique, réel. Les éléments de base sont là pour constituer un drame cinématographique: histoire de vengeance, prison, drogue, cocaïne, argent, pouvoir, la vie, la mort, l’amour, la solitude…
Mais très rapidement, le schéma chavire, le scénario dérape. Et c’est un retour en force des clichés, des scènes décousues, des minauderies féminines inexplicables, des dialogues dépourvus de profondeur, des personnages aux caractères mal étudiés, des situations alambiquées… Au-delà du jeu des acteurs adaptés aux personnalités, c’est surtout la mise en scène qui prêche par son approche simpliste.
Le drame cinématographique ne peut naître seulement et uniquement d’une trame sonore qui jaillit au détour d’une image; cela revient à détourner le cinéma de sa fonction première. Reste toutefois, drôle et nostalgique, la participation éclair de Lady Madona dans son propre rôle.
Si, comme le prétend le film, Chi yom rah fell est un drame social libanais qui pointe du doigt et dénonce le niveau de corruption que nous pouvons atteindre quand nous croyons que nous pouvons acheter notre bonheur et celui des gens autour de nous, le «message» du film se retourne contre ses créateurs: l’argent dépensé est loin de garantir un film.

Nayla Rached
 

Circuit Empire – Grand Cinemas

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