Magazine Le Mensuel

Nº 3023 du vendredi 16 octobre 2015

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Ahmad Fatfat, député de Denniyé. «Gare aux paris stupides!»

Dans un entretien accordé à Magazine dans son bureau au Parlement, le député Ahmad Fatfat, membre du Bloc du Futur, passe en revue l’actualité libanaise et évoque l’intervention russe en Syrie, le dialogue national, ainsi que la crise des déchets.

Le dialogue national a-t-il échoué ou est-il simplement reporté?
L’ordre du jour de ce dialogue était bien précis et avait comme premier article l’élection présidentielle. Une partie ne veut pas dialoguer et veut imposer un président de la République. La position du 14 mars est claire: nous ne sommes pas prêts à passer à aucun autre sujet avant de trancher la question de l’élection présidentielle.

Pourtant, le président Nabih Berry et Walid Joumblatt suggèrent de passer à autre chose puisque vous n’arrivez pas à vous mettre d’accord sur la personne du président…
Nous ne sommes pas d’accord pour plusieurs raisons. L’ordre du jour mentionne la loi électorale en dernier. Pourtant, dans l’une des séances plénières de la Chambre, nous avons convenu qu’il n’est pas permis de parler de la loi électorale en l’absence du président de la République. Pour nous, la solution réside dans l’élection d’un président. Le dialogue n’est que le résultat du blocage de l’action du gouvernement et du Parlement. Ce blocage a été créé par la décision du CPL et du Hezbollah d’empêcher la Chambre d’élire un président et de poser des conditions rédhibitoires pour paralyser l’action du gouvernement. Le blocage des institutions est une hérésie que je fais assumer au président Nabih Berry, depuis le jour où il a décidé de fermer le Parlement pour une durée d’un an et demi sous prétexte du non-respect du consensus. Le préambule de la Constitution mentionne le respect du consensus entre chrétiens et musulmans, non pas entre les communautés.

Quelle sera la position du Courant du futur après l’échec du compromis sur les promotions militaires?
Nous avons accepté les promotions car, en contrepartie, elles permettaient la reprise de l’action du gouvernement. Mais Nabih Berry a appelé à une réunion en présence du Hezbollah, Amal, CPL, Futur, et Walid Joumblatt, tout en excluant les Kataëb et le ministre de la Défense. Ceci était une insulte pour les absents et a créé cette réaction chez eux. L’avancement peut se faire par un simple décret ministériel et ne nécessite même pas une décision du gouvernement.
 
Selon vous, pourquoi le président Berry a-t-il agi ainsi?
A mon avis, il l’a fait conformément à une décision du Hezbollah qui ne veut pas de compromis pour le moment, en attendant les résultats de l’intervention russe en Syrie afin d’améliorer les conditions d’un accord éventuel. Ces propos ont été entendus par nos représentants au dialogue entre le Courant du futur et le Hezbollah à Aïn el-Tiné.

Que pensez-vous de l’intervention russe en Syrie?
Ceux qui comptent sur cette intervention pour améliorer leur situation sont les mêmes qui ont misé sur les Palestiniens, les Israéliens, les Syriens et les Iraniens. Nous avons tous payé le prix de ces paris stupides. Y a-t-il encore quelqu’un au Liban qui croit sincèrement que les Russes vont le sauver? Les Russes cherchent à préserver leurs propres intérêts.
 

Il est de plus en plus clair que Bachar el-Assad va rester au pouvoir…
Assad va rester au pouvoir et nous entrons dans une longue phase de guerre en Syrie dont les conséquences seront de plus en plus néfastes sur le Liban. Il faut garder le pays du Cèdre à l’écart de la Syrie par le biais de l’application de la 1701 et de la déclaration de Baabda. Pour sauver le Liban, il faut adopter la neutralité absolue.

Où en est la crise des déchets?
Nous appuyons le plan Chéhayeb. Il est apparu que le dépotoir près de Masnaa n’est pas écologique. On attend l’accord du Hezbollah et d’Amal sur un terrain qui sera utilisé comme dépotoir dans la Békaa-Nord puisque le Nord a déjà donné un dépotoir. En mai 2014, le gouvernement a signé le décret N°12067 dans lequel il a réparti 503 millions de dollars sur l’ensemble du Liban. Le Akkar en a obtenu 7 millions, alors que la région de Dennié, Zahlé, Békaa-Ouest et Saïda n’en a rien reçu. Les aides aujourd’hui promises au Akkar ne sont pas des pots-de-vin, mais un dédommagement.  
 
Et la présidence?
La survie du pays tient du miracle et il existe une prise de conscience chez les gens qui rejettent la guerre civile. Nous sommes tributaires de tout ce qui se passe en Syrie. Si l’intervention russe réussit sur le plan pratique, on pourrait prévoir des répercussions positives sur le Liban. Mais comme je le vois, nous sommes de nouveau partis pour quelques années de guerre et ceci aggravera le problème de la sécurité et des réfugiés. La situation exige des responsables libanais d’avoir un sens des responsabilités à travers l’élection d’un président, la protection de l’armée et des forces sécuritaires, ainsi que l’adoption de la résolution 1701 et la déclaration de Baabda.
 

Propos recueillis par Joëlle Seif

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