Magazine Le Mensuel

Nº 3040 du vendredi 12 février 2016

general

Dialogue FL-Hezbollah. Difficile mais pas impossible

Pourquoi les FL et le Hezbollah n’engageraient-ils pas le dialogue? Pourquoi les relations restent inexistantes entre les deux partis, sans se laisser influencer par les développements politiques? L’ambiance politique, tout comme les contacts bilatéraux, tout a changé sauf… le climat entre Maarab et Haret Hreik.

Les milieux qui entrevoient la possibilité d’établir des échanges bilatéraux entre les Forces libanaises (FL) et le Hezbollah justifient leurs prévisions avançant les indices suivants:
1 Le Hezbollah a engagé le dialogue avec les diverses composantes du 14 mars. Voilà plus d’un an qu’il se présente régulièrement aux séances du dialogue avec le Moustaqbal sous la houlette du président Nabih Berry. Son dialogue avec les Kataëb a pris une tournure officielle, depuis une semaine (à travers une commission quadripartite incluant les députés Mohammad Raad, Ali Fayad, Elie Marouni et Fadi Habr). Alors pourquoi pas avec les FL?
2 L’entente présidentielle entre FL et CPL est un pas politique en avant franchi par Samir Geagea, qui l’a éloigné du Moustaqbal pour le rapprocher du courant aouniste. Si on applique le fameux syllogisme «l’ami de mon ami est mon ami», on peut dire que la distance qui sépare le Dr Geagea du Hezbollah est désormais plus courte.
3 Il existe plusieurs dénominateurs communs aux deux partis, toutes dimensions gardées:
Les deux sont organisés et capables de tenir leurs engagements.
Leurs bases populaires sont majoritairement formées de jeunes.
Tous les deux ont échappé à la tentation de la corruption et n’ont pas trempé dans des affaires de détournement des fonds publics.
Leur présence au niveau du pouvoir (Parlement et gouvernement) est en deçà du volume de leur représentativité populaire, en raison de la loi électorale actuelle.
Des signes positifs commencent à se faire sentir, comparativement au climat négatif qui prévalait par le passé, preuves:
La suspension de la campagne menée par les FL contre le Hezbollah dans sa dimension régionale (son intervention en Syrie, la crise avec l’Arabie saoudite…) pour se limiter à la question de l’échéance présidentielle et à la responsabilité qu’assume le parti chiite dans la prolongation de la vacance au pouvoir.
La volonté des FL de développer l’entente conclue avec le général Michel Aoun et de l’élargir en direction du Hezbollah. Cette tendance avait été résumée par Sethrida Geagea qui avait dit, à l’issue de la fameuse rencontre de Maarab: «Nous souhaitons que le commandement du Hezbollah nous retrouve sous l’ombrelle du Liban d’abord».
L’attitude positive du Hezbollah formulée par sayyed Hassan Nasrallah qui a salué l’accord interchrétien. Le parti est satisfait de cette reconversion dans laquelle son «principal adversaire appuie la candidature de l’un de ses principaux alliés à la présidence».
Mais pourquoi Haret Hreik est toujours suspicieux et se comporte de manière négative avec les FL?
Les milieux, qui suivent ce dossier, pensent qu’il existe un vieux contentieux, incluant certaines affaires que le temps a effacées et d’autres qui sont toujours d’actualité, des dossiers qui remontent aux années 80 ou à la période post-2005.
La relation des FL avec Israël qui a atteint son paroxysme dans les années 1982-1983.
L’affaire des diplomates iraniens enlevés à Beyrouth-Est à cette époque et dont on ignore toujours le sort.
L’assassinat du président Rachid Karamé. Le Hezbollah étant attaché à ses relations avec la famille Karamé.
L’alliance avec Aoun remonte à 2006. Depuis, le parti chiite cherche toujours à le ménager, évitant de manœuvrer en jouant sur les contradictions chrétiennes.
Toutes ces raisons sont aujourd’hui caduques, de l’avis des mêmes milieux. Pour rappel, le président Omar Karamé avait accepté de former un gouvernement incluant le Dr Geagea en 1992, l’enlèvement des diplomates iraniens a eu lieu, alors que l’actuel chef des FL était en charge de la région du Nord, il n’avait aucun impact sur le pouvoir de décision, sans oublier que parmi les dix clauses de l’entente de Maarab figure une qui stipule qu’«Israël est un pays ennemi».
Ainsi, le dialogue Hezbollah-FL n’a pas été entamé jusqu’à présent. Il reste difficile certes, mais pas impossible.

Chaouki Achkouti
 

Danger au 14 mars
Le 14 mars est menacé d’effondrement malgré le maintien de l’alliance entre le Moustaqbal et les chrétiens de cette coalition, exception faite des FL. Si cette coalition veut récupérer son rôle comme acteur principal dans l’équation nationale, il lui faut œuvrer pour un retour à la normale de la relation Geagea-Hariri. Mais après l’énorme secousse engendrée par la désignation des candidats à la présidence, la crise de confiance entre Samir Geagea et Saad Hariri s’est encore approfondie soutenue par un échange d’accusations. Rien, aujourd’hui, ne présage une réconciliation imminente entre les deux leaders.

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