Magazine Le Mensuel

Nº 3047 du vendredi 1er avril 2016

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Eau contaminée. La chaîne alimentaire à risque

La crise des déchets, en plus de polluer l’air que nous respirons, a contaminé les sources d’eau du pays, allant jusqu’à s’infiltrer dans les nappes phréatiques. L’ensemble de la chaîne alimentaire est ainsi menacé de contamination.
 

L’Institut de recherches agricoles au Liban (Lari) a révélé ses résultats d’analyses effectuées au mois de février sur des liquides émanant de déchets, ainsi que sur des échantillons de plusieurs sources d’eau au Liban. Les conclusions sont alarmantes: sur les échantillons d’eau prélevés dans les rivières de Berdaouni, Litani, Ghadir, Antélias, Beyrouth et Nahr el-Kalb, l’institut de recherches a détecté la présence de métaux lourds tels que le mercure, le plomb, le cuivre, en plus de l’arsenic, la chaux, l’azote et les nitrates, à des taux élevés, ainsi qu’une pollution microbienne due à des micro-organismes aérobies et des matières fécales.
Les analyses des liquides émanant des déchets jetés à l’air libre ont, elles, révélé la présence «d’un maximum de bactéries, de plomb et de mercure», selon le rapport de Lari.
Pour Pascale Abou Sleiman, médecin, spécialiste en médecine interne et légale, «il n’y a absolument rien d’étonnant à cela. L’eau n’est d’ailleurs pas la seule à être contaminée. Les ordures brûlées de manière sauvage ont créé des gaz toxiques et cancérigènes qui polluent également l’air que nous respirons et expliquent la présence de métaux lourds dans l’eau. Quand on brûle des ordures, une partie des cendres qui s’en dégagent s’envole emportant avec elle les gaz toxiques et les métaux lourds et polluant le sol, l’eau et la terre ici, mais aussi à des milliers de kilomètres».

 

Des risques sur la santé
Par ailleurs, l’accumulation d’ordures et les décharges sauvages ont contaminé l’eau superficielle mais, également, les nappes phréatiques avec la saison des pluies. «Les précipitations se sont mélangées aux liquides émanant des déchets mais aussi aux restes d’animaux, pouvant ainsi contaminer l’ensemble de notre chaîne alimentaire», prévient la scientifique.
Selon le médecin, les risques sur la santé sont nombreux. «Il existe un risque d’épidémie surtout en ce qui concerne les maladies qui se transmettent par l’eau: les hépatites, la typhoïde, le syndrome aigu respiratoire sévère, les infections virales, bactériennes, parasitaires… Concernant les gaz qui se dégagent des ordures brûlées, il faut distinguer les effets immédiats sur la santé comme le risque de syncope qui est 17 fois plus élevé qu’en temps normal, les nausées, vomissements, éruptions cutanées. Les risques à long terme sont les maladies chroniques respiratoires, neurologiques et cancérologiques du foie et des reins».

 

Les politiques responsables
Pour Antoine Hoayeck, président du syndicat des agriculteurs, «la pollution de l’eau au Liban ne date pas d’hier. Cela fait bien longtemps que les égouts se déversent dans nos fleuves, contaminant ainsi les nappes phréatiques, sans parler des usines qui rejettent leurs déchets chimiques dans nos sources d’eau. Avec la crise des déchets, les décharges et l’incinération sauvages, les choses ont certainement dû s’aggraver». Hoayeck ajoute: «La responsabilité revient directement aux ministères concernés qui doivent absolument assurer un contrôle et faire payer les pollueurs. A notre niveau, tout ce que nous pouvons faire c’est, par exemple, conseiller aux agriculteurs d’éviter d’utiliser l’eau des fleuves contaminés autant que possible pour leurs techniques d’irrigation. Mais ce n’est pas toujours possible, c’est à l’Etat de faire son travail».

Soraya Hamdan

Comment se protéger?
Pour Roland Riachi, docteur en économie, chercheur à l’Université américaine de Beyrouth et spécialiste en gestion de l’eau, «l’urgence est de nettoyer le pays des déchets qui se sont amoncelés un peu partout de manière sauvage et non pas uniquement dans les rues, là où ils sont visibles, mais aussi dans les vallées et, surtout, dans les endroits où se rechargent les nappes phréatiques. A titre individuel, il faut être prudent, le citoyen peut, s’il le souhaite, prélever lui-même un échantillon d’eau qu’il consomme et effectuer des analyses dans un laboratoire, cela lui reviendra à entre 30 000 et 40 000 livres».

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