Magazine Le Mensuel

Nº 3049 du vendredi 15 avril 2016

Reportage

Pour être une ville résiliente. Byblos se prépare

Nommée «ville résiliente» par la fondation Rockefeller, en décembre 2013, Jbeil (Byblos) accueille désormais le premier Bureau de la résilience du Moyen-Orient qui mettra en pratique les stratégies développées à son intention. Le compte à rebours commence et la ville s’apprête à donner la priorité à la mise en place d’une infrastructure numérique, au développement de solutions urbaines et à la réduction des risques face aux chocs et catastrophes…
 

Célèbre pour son passé prestigieux, habitée continuellement depuis 8 000 ans, Byblos est également une ville contemporaine réputée pour être un modèle de coexistence et de cohabitation respectueuses entre les religions. Une ville où il fait beau vivre, entre mer et montagne, malgré le manque d’infrastructures publiques. Cette reconnaissance envers l’héritage culturel de la ville doit pousser tout un chacun à œuvrer pour sauvegarder ce patrimoine exceptionnel. Les priorités de la collaboration entre Jbeil et la fondation Rockefeller sont d’abord la préservation de l’héritage culturel, ainsi que l’élaboration d’un système de transport en commun efficace et d’un système d’information géographique permettant d’obtenir les statistiques nécessaires à la réalisation des projets urbains. La ville se développant très vite, il faut réglementer la construction, assurer la sécurité des bâtiments et prévoir des espaces verts. Il faut être écologique et utiliser de nouvelles énergies. En fin de compte, Jbeil fait face aux mêmes défis auxquels une grande ville peut être confrontée, une ville qui a eu le courage de respecter son patrimoine et son héritage, tout en allant de l’avant pour se préparer au mieux à affronter le futur. Byblos a le courage d’entreprendre des projets pilotes innovants et de constituer un exemple à suivre. Elle a plusieurs défis à relever. Sa priorité est d’établir une infrastructure numérique, de devenir une ville connectée avec des innovations pionnières et des solutions urbaines reliant les quartiers et limitant l’expansion urbaine sauvage à travers la mise en place d’une infrastructure digitale. Une ville qui profite de ses ressources, l’écosystème sera optimisé, l’importance de la responsabilité environnementale sera mise en valeur et les énergies renouvelables seront utilisées de façon efficace. La ville encouragera les engagements civiques et la participation des citoyens dans les décisions essentielles la concernant, dont le management des risques, la promotion des réseaux sociaux et des relations entre et à l’intérieur des communautés. La ville va promouvoir la culture et développer des moyens pour protéger les sites historiques, l’héritage et les traditions et en faire, en même temps, un catalyseur pour le développement social et économique.
Byblos développera, également, sa place pour renforcer son rôle au niveau régional et notamment sur le plan économique. Cette campagne, soutenue par la fondation Rockefeller, embrasse un réseau mondial de cités, de provinces, de municipalités différentes à plusieurs niveaux, dont la taille, les caractéristiques, les profils de risques et l’emplacement géographique, mais qui peuvent s’entraider, apprendre les unes des autres pour améliorer leurs connaissances, échanger leurs compétences et procéder à des transferts de savoir-faire techniques en vue de réaliser l’objectif de la résilience…
Jbeil a été nommée capitale du tourisme arabe pour 2016 et fait la Une des plus prestigieux magazines du monde.

 

Danièle Gergès
 

www.100resilientcities.org
www.resilientbyblos.org

Christiana Fragola: «La résilience permet de rebondir»

Magazine a rencontré Christiana Fragola, directrice régionale pour l’Europe et le Moyen-Orient du projet 100 villes résilientes.

Que signifie précisément le terme résilience en matière de ville et dans le cadre de votre projet?
La résilience permet aux gens, mais aussi aux communautés, aux villes et aux institutions de rebondir positivement, de s’adapter, de grandir et de se développer après des moments durs. En bref, de survivre et croître malgré les tensions et les chocs qu’ils ont vécus ou le stress chronique qu’ils ressentent. Cela est vrai face aux risques de catastrophes naturelles comme les inondations, les tremblements de terre, les attaques terroristes… mais aussi pour lutter contre les difficultés chroniques comme les pénuries, le chômage élevé, les systèmes de transport inadéquats, le trafic et même la présence inattendue de réfugiés… Autant de facteurs qui oppriment certaines cités. Ce qui est important dans ce concept, c’est le fait que ce ne sont pas seulement les acteurs publics de la ville qui sont concernés, mais tous les citoyens et même le secteur privé et le gouvernement national… A chacun son apport dans une synergie conciliante et positive.

Quel est l’apport de votre fondation sur le plan moral et pratique?
Cent villes du monde sont invitées à former un réseau de partage d’informations et d’entraide, afin de faire émerger de nouvelles idées innovantes sur la résilience. Cent millions de dollars offerts par la fondation Rockefeller seront ensuite répartis entre les villes élues, en vue d’employer des agents responsables en matière de résilience pour développer une stratégie de développement globale respectant les besoins spécifiques de chaque ville. Ces agents travaillent de pair avec les maires, mais aussi avec toutes les forces en place pour appliquer la stratégie choisie et qui convient le mieux. La méthode que nous adoptons est inclusive et intégrée. Elle touche les différents départements des villes avec lesquelles nous collaborons. Nous offrons aussi un partenariat avec les secteurs privés internationaux, Plateforms Partners, pour combler les carences des villes et les aider à la mise en application de leurs plans. Par exemple, en ce qui concerne Jbeil, son premier objectif est de devenir une ville digitale. Nous l’avons connectée avec ESRI, société privée qui contribuera dans ce sens.

Propos recueillis par Danièle Gergès
 

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