Magazine Le Mensuel

Nº 3056 du vendredi 3 juin 2016

Semaine politique

Moustafa Allouche, ex-député de Tripoli. «Rifi surfe sur la vague extrémiste»

«Je pense que depuis qu’il est entré aux Forces de sécurité intérieure (FSI), Achraf Rifi souhaite devenir un zaïm. Tous les moyens sont bons pour atteindre ce but». Moustafa Allouche ne mâche pas ses mots à l’encontre d’Achraf Rifi, cet ancien allié qui a raflé la majorité des sièges au conseil municipal de Tripoli.

Les résultats des élections au Liban-Nord et, précisément à Tripoli, sont loin d’être à votre avantage. Achraf Rifi a raflé la mise. Avez-vous été surpris par le vote de la rue sunnite?
En participant à la formation de la liste qu’il a soutenue à Tripoli, Saad Hariri a voulu assurer la représentativité de toutes les forces influentes sur le terrain pour préserver le vivre-ensemble et sauvegarder la stabilité de la ville. Il aurait été plus facile pour lui d’utiliser des slogans populistes et de prendre des décisions populaires pour préserver son leadership. Il n’a pas voulu servir ses intérêts au détriment de ceux de Tripoli. Les habitants de cette région considèrent que les sunnites sont visés. Qu’ils sont dans le collimateur de l’Etat, qui exerce une politique des deux poids deux mesures à leur encontre. Un Etat qui les punit pour la moindre incartade et laisse tout passer au Hezbollah. Les électeurs ont voulu marquer leur déception à l’égard de la décision de Hariri et de ses alliances. D’ailleurs, la plupart d’entre eux ne sont pas allés voter et le taux de participation était bas. Si nous voulons faire une analyse pointue et objective de ces résultats, nous dirons que les habitants de Tripoli ont voulu nous punir, faire entendre une voix d’opposition contre nous, sans forcément apporter leur soutien indéfectible à l’autre liste. Achraf Rifi a fait le chemin inverse du Courant du futur. Il a misé sur le nerf communautaire, faisant fi des intérêts de la ville et même du pays. Souhaitons quand même que ce conseil fasse du bon travail et ne se renferme pas sur lui-même.

Aucun représentant chrétien ou alaouite ne siègera sans doute au conseil municipal de Tripoli, ce qui ne présage rien de bon pour l’avenir de la ville et du vivre en commun. Certains observateurs assurent même que plusieurs membres de ce conseil sont d’anciens caïds de quartiers. Qu’en dites-vous?
Je ne crois pas que les habitants de Tripoli rejettent les chrétiens et les alaouites, mais je pense qu’ils ont insisté sur la représentativité sunnite de la ville. Quant à la seconde partie de votre question, je n’en sais rien, mais je ne le pense pas.

Robert Fadel, député de votre coalition, a présenté sa démission pour marquer sa désapprobation de ce sectarisme dangereux. Qu’en pensez-vous?
C’est une première réaction compréhensible, mais je lui demande de bien réfléchir et de revenir sur sa décision.

Achraf Rifi a dédié sa victoire à Rafic Hariri et appelé Saad Hariri à marcher sur les traces de son père, qui avait toujours prôné l’ouverture à l’autre en demandant la parité et avait même adopté dans la déclaration ministérielle la trilogie Armée-Peuple-Résistance.
Quel message souhaite-t-il ainsi passer?
Je pense que depuis qu’il est rentré aux Forces de sécurité intérieure (FSI), Achraf Rifi souhaitait devenir un zaïm. Tous les moyens sont bons pour atteindre ce but. J’aimerais rappeler que c’est Saad Hariri qui l’a nommé à la tête de cette institution, qui l’a nommé ministre pour le Courant du futur et qui l’a soutenu financièrement quand il en avait besoin. Il essaie actuellement de surfer sur la vague extrémiste pour se faire une place et est allé jusqu’à utiliser le nom et le souvenir de Rafic Hariri, n’hésitant pas à frapper sous la ceinture et à tirer sur l’école dont il est sorti.

Les élections municipales ont besoin de grands moyens financiers. Qui les lui a assurés?
Je me pose la même question. D’où un ancien officier des Forces de sécurité intérieure possède-t-il de tels moyens?

Qu’avez-vous retenu de ces élections?
Que Saad Hariri, et quel qu’en soit le prix, ne fera pas une milice au nom des sunnites et qu’il faudrait revenir aux constantes du 14 mars pour préserver le pays du communautarisme aveugle.

Faites-vous allusion à ce que Rifi a fait?
Je ne souhaite plus rien ajouter.
 

Propos recueillis par Danièle Gergès

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