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Nº 3056 du vendredi 3 juin 2016

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Rencontre

Raymond Sayegh, président de l’Ordre des médecins. «J’ai décidé de me battre pour changer les choses»

Raymond Sayegh a été élu d’office à la tête de l’Ordre des médecins. La liste qu’il présidait, Un meilleur avenir vers la dignité, promet de peser de tout son poids pour apporter les changements susceptibles de donner de l’espoir aux médecins et d’organiser leur profession. Interview.
 

Pour certains médecins ayant participé à ce scrutin, il y aurait eu une forte politisation de ces élections. Est-ce vrai?
La plupart des médecins qui se présentent aux élections de l’Ordre des médecins, qu’ils soient indépendants ou pas, essaient d’obtenir un maximum de soutien autour de leurs noms. Dans ce contexte, le vote des médecins affiliés à des partis est déterminant parce qu’ils respectent le mot d’ordre des partis et font donc pencher la balance dans un sens ou dans un autre. Je n’ai pas failli à cette règle. Je suis issu du rang des médecins de l’Hôtel-Dieu de France et de ceux de la Faculté de médecine de l’Université Saint-Joseph, mais j’ai décidé de présenter ma candidature en obtenant l’unanimité autour de mon nom de la part de toutes les parties concernées. C’est ainsi que j’ai établi les contacts nécessaires avec les chefs de syndicats des partis, avec les chefs de partis eux-mêmes, mais aussi j’ai entrepris une approche différente de ce qui était fait traditionnellement, j’ai rencontré les différents doyens du corps de métier pour donner une profondeur académique à ma candidature. Restait à régler la question de l’alternance musulmans-chrétiens – le président sortant étant chrétien – le mouvement Amal et le Hezbollah n’ont pas voulu l’imposer, préférant obtenir l’accord des partis chrétiens du fait qu’il y avait un seul candidat musulman et non plusieurs, ce qui pouvait saboter le jeu démocratique. En fin de compte, j’ai reçu l’appui de tous à cause de mon programme et un peu de ma personne.
 

Seuls 2 216 électeurs sur 7 500 médecins ayant payé leurs cotisations ont participé au vote. Comment expliquez-vous ce taux de participation relativement faible?
Habituellement, le taux de participation à l’Ordre des médecins est plutôt timide, mais cette année, il l’était encore plus que d’habitude, à cause de plusieurs congrès médicaux qui se tenaient  à l’étranger, les élections du Nord qui se déroulaient le même jour et les diverses activités, dont la première communion, qui se tiennent en mai. Mais nous devons prendre aussi en considération le fait qu’il existe un problème de confiance. Les médecins sont généralement sceptiques vis-à-vis de l’Ordre et de sa capacité à changer les choses. Ce qui n’est pas totalement faux. Devant cet état de choses, soit on déprime et on démissionne soit on essaie de lutter et de se battre. Moi, j’ai opté pour la seconde solution. Je souhaite vraiment réussir à le faire.

Quelles sont les grandes lignes de votre programme, qui, dites-vous, a convaincu les instances concernées par cette échéance?
Notre programme est riche et varié. Nous souhaitons, par exemple, modifier la loi qui consiste à poursuivre un médecin en justice. Rejeter son arrestation aléatoire. Il faut accorder la priorité en cas de conflits au dialogue et aux pourparlers avant d’avoir recours à la justice. Il faut revoir les conditions imposées par la loi pour être membre du conseil disciplinaire relatif à l’Ordre. Il serait intéressant de rallier une référence juridique à ce conseil. Nous planifions d’améliorer les relations avec la presse à travers une certaine ouverture, respecter les droits des malades et des médecins en travaillant dans la transparence et en respectant la liberté de la presse. Interdire la calomnie des médecins. Refuser que les médias traitent de sujets médicaux sans la présence de spécialistes qui répondraient professionnellement aux questions relatives à la médecine. L’Ordre doit traduire devant la justice toute personne qui attaque un médecin et apporter de l’aide à tout médecin victime d’attaques injustifiées. En ce qui concerne la caisse de retraite, il faut assurer de nouvelles rentrées, encourager les médecins à contracter des plans de retraite supplémentaires avec des compagnies d’assurances privées selon leurs rentrées et leurs parcours professionnels. Revoir les conditions des assurances médicales des médecins pour leur garantir le maximum au moindre coût. Assurer l’appui médical après l’âge de la retraire. Mettre en place une transparence financière dans l’administration des finances publiques. Fournir une culture médicale permanente aux professionnels. Améliorer les conditions de travail des jeunes nouvellement diplômés…

Propos recueillis par Danièle Gergès

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