Magazine Le Mensuel

Nº 3058 du vendredi 17 juin 2016

Musique

Jazz@Esa. Une pause «business minded»

Le 8 juin, a eu lieu, à l’Ecole supérieure des affaires (Esa), le premier rendez-vous de jazz dans une grande école de management avec, aux commandes, trois experts en la matière: Nanette Ziadé, Cyril Dewaleyne et Guillaume Taslé d’Héliand. Ce dernier répond aux questions de Magazine, post-événement.

Une soirée de rencontre autour du jazz dans une grande école de management. Pour un coup d’essai…
Il me semble que ce show Jazz@Esa a été un succès: près de 350 personnes y ont participé. L’entracte, puis la fin de cette réunion, nous ont permis d’échanger avec les participants, plutôt très enthousiastes. Nous avons appris beaucoup de choses, ce qui nous permettra d’améliorer sensiblement ce type de show, si nous récidivons.
Ce show de jazz avait toute sa place à l’Esa: l’univers artistique et particulièrement la musique peuvent être très inspirants pour le monde des affaires; le sens de l’esthétique est important dans toutes les dimensions de la vie; les artistes sont condamnés à la création, au renouvellement, à l’interprétation du monde et à la différenciation. C’est aussi le cas des managers et des hommes d’affaires qui peuvent trouver des modèles dans le jazz.

Quel a été le retour des participants, du public?
Les participants ont été nombreux à nous demander, à nous et à l’Esa, quelle était la prochaine étape. Y aurait-il d’autres réunions de ce genre? J’avoue avoir été surpris par la chaleur et l’enthousiasme des participants, par l’ambiance, la curiosité et la frustration: pour faire entendre beaucoup de morceaux, nous avons parfois dû nous contenter d’extraits, alors que les gens auraient aimé les entendre jusqu’au bout… J’ai aussi été étonné par le nombre de participants et leur niveau de connaissance lorsque nous avons organisé quelques quiz: parfois, tellement de mains se levaient en même temps pour répondre aux questions qu’il était impossible de désigner le gagnant de façon juste. Nous n’avons passé qu’une vidéo; gros succès: il nous faudra multiplier les vidéos à l’avenir.

Selon quels critères avez-vous sélectionné les morceaux que vous nous avez donnés à entendre?
Nous avons souhaité organiser une soirée accessible à tous, qui intéresse et enthousiasme ceux qui découvrent le jazz et qui excite néanmoins les connaisseurs. Un vrai pari! Nous avons écarté les musiques «conceptuelles» (que je trouve parfois inaudibles…) ou trop compliquées. A côté de «standards» du jazz, mondialement connus, le défi était de faire entendre des musiques moins connues, mais perceptibles et appréciables par le plus grand nombre. Si l’on veut «convertir» de futurs amateurs de jazz (c’est vrai de la musique d’une façon générale, mais aussi de la peinture, de la littérature, du cinéma…), il faut parler aux sens et aux cœurs, pas aux cerveaux.

Est-ce que cela vous encourage à mettre en place d’autres événements de ce genre?
Sans tourner autour du pot, clairement OUI. Il y a un grand appétit et une attente à Beyrouth, une vraie curiosité et un sens artistique très fin, presque un besoin, toutes générations confondues. J’avais plusieurs propositions à l’esprit s’il devait y avoir une suite, à la fois grand public et professionnelle. J’ai avancé dans ma réflexion, mais il est un peu tôt pour en parler. L’Esa a envie de transformer l’essai. Nous aussi. Nous verrons demain.

Le jazz est une musique difficile d’accès pour les non-initiés, on entend souvent les gens dire «je n’aime pas le jazz», ou «je ne comprends pas le jazz», ni même Bach d’ailleurs en musique classique. Qu’en pensez-vous?
Effectivement, j’entends souvent ce genre de remarque, qui me désole pour les intéressés: je ne crois pas du tout que le jazz ou Bach soient des musiques difficiles. En revanche, j’observe que certaines musiques semblent parfois compliquées ou inaccessibles. Je l’ai ressenti parfois et cela signifie seulement qu’il est trop tôt dans votre propre trajectoire: ce n’est qu’une question de chemin, «step by step»; certaines étapes sont parfois indispensables pour former le goût. C’est le chemin qui compte, pas le but. Il faut prendre son temps, commencer par des choses faciles et compréhensibles, accepter de se faire prendre la main et de se faire guider. L’initiation est l’un des bonheurs de la musique qui vous procure des occasions de partage et de profondeur très précieuses.
 

Propos recueillis par Nayla Rached

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