Magazine Le Mensuel

Nº 3061 du vendredi 8 juillet 2016

general

Hariri et Mikati. La naissance d’un tandem sunnite

Après cinq années d’exil politique volontaire, Saad Hariri savait parfaitement que sa situation n’était pas bonne et que beaucoup de choses avaient changé. Pourtant, il n’avait jamais imaginé l’ampleur de la crise sur le double plan populaire et politique, jusqu’à ce que les élections municipales lui révèlent l’amère réalité: le recul de son leadership et la chute de sa popularité.

Le temps ne joue pas en faveur de Saad Hariri. Plus le temps passe, plus il perd sa maîtrise sur les événements et sur la situation interne au sein de son courant. Si cette situation se prolonge, Hariri ne pourra pas remporter la bataille législative l’année prochaine et conserver le plus large bloc parlementaire libanais. Pour sortir de cette crise et reprendre les choses en main, le chef du Courant du futur a établi un plan en cinq points:
Reconnaître l’existence d’une crise de confiance avec sa base populaire, ainsi qu’avec la rue sunnite, en particulier, et les partisans du 14 mars en général. Avouer qu’il y a eu des erreurs et en assumer personnellement la responsabilité.
Procéder à une réorganisation et une restructuration du Courant du futur.
Retourner à une escalade dans le discours politique contre l’Iran et le Hezbollah pour retirer cette carte des mains d’Achraf Rifi et aller dans le sens de la politique saoudienne pour retrouver les faveurs du royaume.
Déclarer une guerre ouverte à Rifi, qui a osé défier son leadership, et lui donner une leçon à Tripoli. Une réconciliation avec le ministre démissionnaire de la Justice est hors de question pour Hariri. Il est déterminé, au contraire, à détruire Rifi pour en faire une leçon et un exemple qui ne se répètera pas. Il est clair que la visite de Hariri à Tripoli avait pour objectif de relever le défi et de battre Rifi sur son propre terrain en récupérant la rue sunnite.
Etablir une alliance avec Najib Mikati, ce qui pourrait être une étape cruciale dans le plan de Hariri et deviendrait un développement spectaculaire sur la scène sunnite.
 

Une alliance solide
La visite du chef du Courant du futur à Tripoli revêt une grande importance. D’abord, il reconnaît ainsi la particularité du chef-lieu du Nord et le poids de Najib Mikati. Désormais, Hariri ne peut plus ignorer la spécificité et la pluralité de Tripoli. Le Courant du futur ne résume plus, à lui seul, la ville et il ne peut plus dorénavant dépasser ou ignorer sa réalité. Ensuite, Hariri a acquis la conviction qu’il a besoin de Najib Mikati en tant qu’appui et tremplin, car il ne peut plus faire seul face à tous les défis. Il ne peut pas tenir seul face au Hezbollah, qui exerce sur lui des pressions, en détenant les cartes de la présidence de la République et du gouvernement et en essayant d’apporter des amendements au régime politique de Taëf. Un régime qui a introduit la période du «sunnisme politique», au détriment du «maronitisme politique», et qui affronte, aujourd’hui, l’avancée politique chiite avec ses défis et ses pressions.
Cette nouvelle relation entre Mikati et Hariri semble avoir un bel avenir et pourrait devenir une alliance dépassant les élections municipales et législatives pour préserver les droits et les intérêts de la communauté sunnite. On parlerait alors d’un duo sunnite, à l’instar du duo chiite (Amal-Hezbollah) et du duo maronite (CPL-FL). Si l’alliance entre Mikati et Hariri s’est faite fortuitement à l’occasion des municipales, elle devient de plus en plus solide, car tous les deux se sont unis contre un adversaire commun, Achraf Rifi, tout comme Michel Aoun et Samir Geagea se sont unis contre Sleiman Frangié.

Joëlle Seif
 

Séance «sérieuse» avec le Hezb 
Des milieux proches du Hezbollah et du Courant du futur s’accordent pour définir de très sérieuse la dernière séance du dialogue entre les deux partis. De nouveaux éléments ont été examinés tels que la loi électorale et la signification de ce qu’on appelle «le compromis global». Le Hezbollah a maintenu son appui à son projet, qui se base sur la proportionnelle avec l’adoption de la circonscription unique. Il a également manifesté une ouverture à l’égard des autres projets de loi. Les discussions se sont concentrées sur les deux projets mixtes (celui de Nabih Berry basé sur la répartition des sièges entre la majorité et la proportionnelle et le projet présenté par le PSP, le Futur et les FL, basé sur la proportionnelle et la majorité selon lequel 68 députés seront élus selon le scrutin majoritaire et 60 autres selon la proportionnelle). Le projet présenté par le gouvernement Mikati est basé sur la répartition du Liban en treize circonscriptions à condition d’appliquer la proportionnelle, la loi orthodoxe était exclue des discussions.

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