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Nº 3062 du vendredi 15 juillet 2016

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Rencontre

Emile Issa el-Khoury, Domaine des Tourelles. Carrefour des grands voyageurs

Magazine a rencontré Emile Issa el-Khoury, copropriétaire du Domaine des Tourelles. Il revient sur la spécificité du domaine et sur les vins libanais et ceux de la Békaa en particulier.
 

Pouvez-vous nous présenter le Domaine des Tourelles? Quelle est son histoire?
Le Domaine des Tourelles est la première cave commerciale du Liban. Elle fut fondée en 1868 par François-Eugène Brun, un jeune ingénieur militaire originaire de Marseille venu s’établir au Liban en vue de travailler sur le développement de l’axe routier Beyrouth-Damas.
A peine le projet terminé, il tombe amoureux de la plaine de la Békaa et décide d’élire domicile dans le beau village de Chtaura, où il construit une demeure familiale, un hôtel et une cave. Il devient ainsi le premier producteur-commerçant viticole. Carrefour des Orientalistes et des grands voyageurs du XIXe siècle, la maison devient une adresse incontournable et les grands noms s’y succèdent. La dernière découverte en date, révélée par les archives de l’époque, est celle de la visite, en 1876, de l’empereur brésilien Don Pedro II qui partagea le déjeuner des Brun sur sa route vers les temples de Baalbeck (recherches récemment menées par le professeur Roberto Khatlab).
 
Quelle est la spécificité de vos vins?
Nous proposons une gamme complète: la série des trois classiques rouge, blanc et rosé sous le nom de Domaine des Tourelles, ainsi que les grandes cuvées Marquis des Beys (en rouge et blanc) et Syrah du Liban. Tous nos vins reflètent fidèlement l’identité du terroir de la Méditerranée, c’est-à-dire des vins structurés et riches en arômes avec un potentiel d’âge assez élevé. Le climat de la Békaa est idéal pour une production viticole de grande qualité: l’altitude, l’ensoleillement, la pluviométrie, la neige, la température, ainsi que la nature du sol sont autant de conditions extrêmement favorables à la culture vinicole.
Il suffit de rappeler que le plus grand temple au monde dédié à Bacchus, dieu romain du vin, fut édifié par l’empire sur la terre de Baalbeck. Ce n’est pas un hasard si Rome privilégia notre pays pour rendre hommage à cette divinité du monde antique.
 
Quels sites touristiques se trouvent à proximité de votre domaine?
La Vallée de la Békaa regorge de sites touristiques de tous genres: archéologiques, naturels, gastronomiques, sportifs et bien d’autres encore. Si les temples de Baalbeck demeurent l’attraction principale à renommée internationale, d’autres vestiges historiques sont tout aussi intéressants, comme les fabuleux temples romains de Niha ou encore l’ancienne cité omeyade de Anjar, devenue ville morte mais déployant encore toute sa splendeur d’antan. Les activités sportives, comme la randonnée et la chasse ou encore les destinations gastronomiques locales, sont autant de raisons qui consacrent l’importance touristique de la Békaa. Quant aux saisons, le palmarès irait au printemps lorsque le plateau enrobe ses plus belles couleurs que le visiteur pourra admirer dès son approche à partir des différentes routes montagneuses qui entourent la Békaa.
 
Selon vous, pourquoi les vins libanais ont-ils autant la cote ces dernières années à l’international?
Nous produisons annuellement un demi-million de bouteilles équitablement réparties entre le vin et l’arak. L’export compte pour presque la moitié de notre production de vin avec plus de 17 marchés dans le monde (dont notamment le Royaume-Uni, la France, le Canada, les Etats-Unis et les Emirats arabes unis). Les vins libanais sont appréciés par les plus grands critiques internationaux aussi bien pour leur qualité que pour la résilience de leurs producteurs: malgré les guerres, les conflits et les menaces qui nous entourent, notre terre continue à donner le meilleur d’elle-même et à impressionner le monde en soif de valeurs et d’amour.
 
Que représente le vin pour le Liban?
Le vin remonte à l’histoire ancienne de notre pays. Les Phéniciens étaient les premiers à répandre la culture de la vigne aux quatre coins de la Méditerranée. Nous sommes donc le berceau de cette agriculture plusieurs fois millénaire. Si elle a disparu de notre terre plusieurs siècles durant, sa résurrection est retentissante aujourd’hui.

 

Propos recueillis par Soraya Hamdan

Photos: Domaine des Tourelles – Emile Issa

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