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Nº 3063 du vendredi 22 juillet 2016

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Imad Hout, député de la Jamaa islamiya. «Washington est derrière le putsch en Turquie»

L’AKP est considéré comme la branche turque des Frères musulmans. Que pense la Jamaa islamiya au Liban du putsch manqué en Turquie? Magazine s’est adressé à Imad Hout, député de la Jamaa, pour entendre son analyse et connaître son point de vue. Interview.

Comment analysez-vous la tentative de putsch militaire en Turquie?
La Turquie est actuellement le seul pays démocratique de la région. Certaines forces obscures ont voulu qu’elle ne constitue plus un exemple sur ce plan. Elles ont tenté un putsch pour l’affaiblir et l’enliser. Mais le peuple turc a très vite réagi et prouvé qu’il soutenait son gouvernement. Les choses sont rentrées dans l’ordre. Selon les premières analyses, tout semble démontrer que c’est l’Administration américaine qui a soutenu ce putsch et encouragé Fethullah Gülen, l’opposant turc qui vit aux Etats-Unis.

Vous dites que les choses ont repris leur cours pour le peuple turc. Mais que pensez-vous des arrestations massives, des licenciements arbitraires, du lynchage de haut placés et du possible rétablissement de la peine de mort? De telles mesures ne ramènent-elles pas la Turquie en arrière?
Il est tout à fait normal de prendre de telles mesures après une tentative de  coup d’Etat. Ceux qui ont planifié et exécuté sont coupables de trahison suprême. Il est normal que le gouvernement turc prenne des mesures drastiques et que la justice les juge le plus sévèrement possible. Je ne vois pas pourquoi on doit les absoudre.

Quelles sont les répercussions de ce coup militaire raté sur le Liban?
Il n’y en aura pas. Rappelons qu’actuellement, notre pays n’est pas sur la liste des priorités régionales et internationales. Les grandes puissances souhaitent simplement que le Liban ne constitue pas une source d’instabilité sécuritaire et elles insistent donc sur la préservation du statu quo sur ce plan. A cause des politiciens qui gouvernent ce pays, nous ne sommes plus en mesure de décider du sort de notre nation, nous subissons les diktats de l’étranger. Cela est d’autant plus vrai que les chrétiens, premiers concernés par l’échéance présidentielle, participent à son blocage et ne facilitent pas l’élection. D’autre part, les craintes de l’ancien Premier ministre, Saad Hariri, de voir le pays s’effondrer le poussent à faire sans cesse des compromis, donnant plus de liberté au Hezbollah pour le contrôle du pays. Seule une application à la lettre des accords de Taëf est susceptible de mener le Liban vers l’instauration d’un Etat civil. Mais le Hezbollah tente par tous les moyens de paralyser les institutions pour arriver à un nouveau pacte national qui lui attribuera plus de pouvoirs. Pour rassurer toutes les communautés, le pacte national prévoit l’instauration d’un Sénat. Il faut séparer le religieux de la politique et gouverner le pays loin de toutes les mentalités communautaires ou confessionnelles.

Et les répercussions sur la Syrie?
Là, la situation diffère. Tous ceux qui soutiennent Bachar el-Assad vont le faire d’une main encore plus ferme. Ils vont tout faire pour le maintenir au pouvoir.

Une partition des pays de la région est-elle envisageable?
Ce scénario est envisagé, mais il faut tout entreprendre pour le faire échouer. D’autre part, les régions syriennes comptent un mélange de diverses communautés et confessions. Pour mettre en place un remodelage de la Syrie, il faut procéder à des transferts énormes de populations, ce qui serait catastrophique.

Certains accusent la Turquie de soutenir l’organisation de l’Etat islamique pour déstabiliser le monde et gagner en influence régionale. Qu’en pensez-vous?
L’organisation de l’Etat islamique est un phénomène créé pour remplir un rôle, qui, une fois devenu inutile, aboutira à son élimination. Ce groupe est en réalité exploité par l’Iran, le régime syrien et les services de renseignements américains et vise à déstabiliser la région.
 

Propos recueillis par Danièle Gergès

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