Magazine Le Mensuel

Nº 3067 du vendredi 19 août 2016

POLITIQUE

Décharge de Bourj Hammoud. Les Kataëb se mobilisent

De jeunes militants du parti Kataëb se sont rassemblés près de la décharge sanitaire de Bourj Hammoud, à hauteur du Forum de Beyrouth, pour protester contre son installation. Après avoir empêché les camions de pénétrer dans le dépotoir en confisquant leurs clés, ils ont réussi à pénétrer dans l’enceinte pour s’assurer que les travaux ont été suspendus.

«Les habitants du Metn n’accepteront jamais d’être noyés sous les ordures et de suffoquer à cause de leurs odeurs pestilentielles. Les responsables adoptent une politique qui nuit à la santé des gens et ne respecte pas l’environnement. Nous nous demandons, à ce jour, les raisons pour lesquelles il n’existe pas de plan net, précis et clair en ce qui concerne les déchets, la façon de les trier et de les placer dans des dépotoirs de manière saine. Nous n’aurons de cesse de manifester et de crier haut et fort nos convictions, pour préserver la santé et le bien-être du citoyen. Nous avons besoin de comprendre comment seront enfouis nos déchets, si des mesures de tri et de réduction du volume des déchets à la base sont prévues. Pour l’instant, nous savons que 93% des déchets sont transportés vers les aires de stockage, les infrastructures existantes ne permettant de trier et de traiter que 7% des déchets. Nous voulons savoir également pourquoi une étude de l’impact sur l’environnement précédant les décharges en mer, comme le stipule la loi, n’a pas été faite».
 

Contre la «mafia»
C’est en ces termes qu’un membre du bureau politique des Kataëb précise à Magazine les raisons qui ont poussé des membres du parti à entrer dans la décharge de Bourj Hamoud, à confisquer les clés des camions et à s’assurer que les travaux sont suspendus. Après maintes concertations et autant de pourparlers avec les Forces de sécurité intérieure (FSI) présentes sur place, une vingtaine de militants ont finalement été autorisés à entrer sur le site pour s’assurer de l’arrêt des travaux qui, en principe, impliqueront la construction d’un brise-lames et de cellules d’enfouissement des déchets et la réhabilitation de l’ancien dépotoir, fermé depuis 1997.
Pour sa part, le chef des Kataëb, Samy Gemayel, a annoncé aux médias que «le parti a entamé sa longue marche contestataire et que cette contestation est appelée à se poursuivre, en vue d’affronter ceux qui tentent de conclure des marchés douteux et de nuire au pays. Le pays est entre les mains d’une mafia qui veut s’enrichir aux dépens de la santé des citoyens, au détriment aussi de l’avenir du Liban et de son environnement. Des pratiques que nous ne permettrons en aucun cas».
Le parti Kataëb a exprimé son opposition au plan de gestion des déchets, préconisé par le gouvernement, dénonçant le remblaiement de la côte avec des ordures non triées. Le membre du bureau politique cité précédemment a assuré à Magazine que le parti a un plan de travail sérieux, établi avec l’aide d’experts, pour que ce dossier ne puisse pas être pris à la légère.
Des pêcheurs se sont, par ailleurs, rassemblés aux abords du port de Dora, pour protester, à leur tour, contre l’installation de cette décharge, assurant qu’ils resteront mobilisés jusqu’à ce qu’ils soient entendus par les responsables. Ils ont tenu à préciser que leur mouvement était pacifique et apolitique.

Danièle Gergès
 

Polémique autour du dépotoir
Située à l’entrée nord de Beyrouth, la décharge de Bourj Hammoud constitue un véritable désastre écologique. Elle a été fermée après l’ouverture de la décharge de Naamé, en 1997. L’existence même de cette décharge, et des autres sur le littoral, contrevient pourtant aux conventions internationales dont le Liban est signataire. Véritable «montagne» de déchets de 227 000 mètres carrés pour 40 mètres de hauteur, cette décharge a été source de nombreux problèmes, dont les odeurs nauséabondes qui s’y dégagent, couvrant la partie est de Beyrouth et les banlieues nord de relents pestilentiels, provoquant diverses infections et autres problèmes de santé, des incendies à répétition en raison de la fermentation des déchets, sans compter qu’elle est à l’origine de la pollution de la mer qui touchera même des régions plus éloignées, jusqu’à Tripoli au Liban-Nord, voire au-delà.

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