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Nº 3069 du vendredi 2 septembre 2016

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Aoun et la présidentielle. Entre les faux calculs et les promesses non tenues

Erreur de jugement, fausse information ou trompé encore une fois par le Courant du futur? Toujours est-il que le général Michel Aoun était quasiment certain de son élection à la présidence de la République dans les premières semaines du mois d’août. Il en avait d’ailleurs fait part à ses visiteurs et à ses proches. Que s’est-il passé entre-temps? Magazine fait le point.

La dernière semaine du mois de juillet, le général Michel Aoun a été interrogé sur son opinion concernant les propos du président Nabih Berry, confortés par ceux du ministre de l’Intérieur, Nouhad Machnouk, qui avait affirmé que l’éventuel président sera élu avant la fin de l’année en cours. Il avait répondu que son élection à la présidence aura lieu bientôt.
En évoquant son élection imminente, le général Aoun ne s’était pas arrêté sur l’éventualité d’une prorogation du mandat du secrétaire général du haut Conseil de la Défense nationale, le général Mohammad Kheir et, ultérieurement, de celui du commandant en chef de l’armée. Il semblait certain que leurs mandats ne seront pas prorogés, estimant que son élection à la tête de l’Etat couperait court à toute forme de prolongation et ouvrirait la voie à de nouvelles nominations.
Des sources informées estiment que la lecture des faits par le général Aoun était erronée et que quelqu’un se serait chargé de lui donner l’impression qu’après une longue attente, le temps de la récolte avait sonné. Ces sources en attribuent la raison à plusieurs événements dont le général prévoyait l’arrivée dans un avenir proche. Parmi ceux-là, on relève la guerre du Yémen dont la fin était attendue bientôt. Les négociations qui avaient lieu au Koweït, entre les parties au conflit, sous le parrainage des Nations unies, auraient dû mettre fin à la guerre avec la bénédiction de l’Arabie saoudite, de l’Iran et de la communauté internationale.
Les derniers développements en Syrie, avec l’avancée du régime appuyé par la Russie et l’Iran, et qui a abouti à encercler Alep et à ouvrir la voie à de larges percées militaires, ne sont pas à l’avantage de l’opposition syrienne. La situation sur le terrain évoluera rapidement et aura des répercussions sur celle du Liban. Elle fera pencher la balance au profit de Aoun, avant que l’opposition ne puisse lever le siège d’Alep.
L’ancien président du Conseil, Saad Hariri, était coincé et prêt à accepter un compromis lui permettant de revenir au gouvernement à n’importe quel prix. L’Arabie, toujours selon la lecture de Aoun, fermerait les yeux et ne s’opposerait pas à son élection à la présidence bien que plus d’un responsable affirmait que la présidentielle était une affaire libanaise et que l’Arabie appuie tout ce que les Libanais décideront. Finalement, ce qui intéresse la communauté internationale et, en particulier, les Etats-Unis et l’Union européenne, c’est le maintien de la stabilité du Liban et le renforcement de celle-ci par un compromis politique, la situation devenant intenable et de fortes craintes existant concernant un effondrement de la situation économique.
Les milieux proches de Rabié, quant à eux, ont une vision différente. Ils ne parlent pas de mauvais calcul ou d’une lecture erronée de la part du général Aoun, mais estiment que celui-ci a été trompé une deuxième fois par les promesses du Courant du futur. Après avoir réalisé que la candidature de Sleiman Frangié était dans l’impasse, les discussions autour du dossier présidentiel ont pris un nouvel élan ces deux derniers mois. Ce fait s’est accompagné d’intensification de la crise financière que traverse le Courant du futur. De nouveau, les milieux proches du courant bleu ont frappé à la porte du Courant patriotique libre et des négociations ont été entamées entre le ministre Gebran Bassil et Nader Hariri. Les aounistes auraient entendu des propos faisant état du fait que l’Arabie ne s’opposerait pas à l’élection de Aoun et que Hariri avait dépassé cette affaire, son souci principal étant ce que l’autre partie, en particulier le Hezbollah, aurait à offrir dans le cadre du compromis global, portant sur l’élection du président de la République, le choix du chef du gouvernement, la répartition des portefeuilles, la loi électorale, etc.
Malgré tout, le Hezbollah a surmonté ses doutes sur le sérieux de la proposition de Hariri et a déclaré, par la voix de son secrétaire général, sayyed Hassan Nasrallah, sa disposition à faciliter la situation sur la base du principe «la présidence de la République en échange de la présidence du Conseil». Une semaine après le discours de Nasrallah, il n’y a toujours pas une réponse de Saad Hariri qui avait l’habitude de commenter les propos du sayyed avant même qu’il n’achève son discours. Cette attitude a suscité les doutes dans le camp aouniste. Hariri est depuis aux abonnés absents, parti pour de longues vacances à bord de son yacht. Les concertations ont été poursuivies avec son camp et la réponse est arrivée négative: «Ça ne marche pas. Nous n’accepterons pas Aoun».
 

Victime de duperie
Pratiquement, la vague d’optimisme a pris fin et tout s’est arrêté. Les milieux aounistes ont réalisé qu’ils étaient une deuxième fois victimes des duperies de Hariri, tout comme ce fut le cas au cours du dialogue qui avait commencé à la fin de 2014 et avait duré neuf mois. On rapporte des propos du président Nabih Berry affirmant qu’il n’y a pas d’élection présidentielle prochainement et que le dialogue CPL-Futur n’est que des «paroles dans le vent».
Les milieux proches de Rabié ne renoncent pas pour autant à leur optimisme malgré des indices peu prometteurs. Ils insistent sur la survenue d’un changement positif qui renversera la situation, sans toutefois donner des précisions à ce sujet, assurant que les milieux du Futur ont manifesté une attitude positive à l’égard des propos de Nasrallah.
Le plus surprenant dans toute cette affaire demeure incontestablement le silence du principal intéressé, le général Michel Aoun. Depuis deux mois, il ne prononce pas un mot et lorsqu’il s’exprime, il demande qu’on respecte son silence. Mais dernièrement, deux affaires provoquent le général Aoun et le poussent à sortir de son mutisme et à opter pour une escalade. En premier lieu, il s’agit de la prorogation du mandat du commandant en chef de l’armée, Jean Kahwagi, qui a une double portée institutionnelle et présidentielle. L’opposition à la prorogation est une affaire de principe et de considérations liées à l’institution militaire. En substance, il existe beaucoup d’officiers qualifiés qui méritent d’avoir leur chance et la prorogation successive du mandat du commandant en chef de l’armée les prive de ce droit, ce qui se répercute négativement sur le moral des officiers et sur la hiérarchie militaire. Quant aux motifs invoqués pour justifier la prorogation, ils ne sont pas convaincants.
La seconde affaire qui provoque Aoun concerne le nouvel échec du dialogue avec Hariri et, avec lui, la tentative la plus sérieuse en vue de son arrivée à la présidence. Si cette fois, Aoun a tardé à ouvrir le dossier de la prorogation du mandat du commandant en chef de l’armée, c’est tout simplement qu’il espérait être élu président avant fin septembre, au moment de la fin du mandat du général Kahwagi. Ce point ne serait plus alors qu’un simple détail. Pour la troisième fois consécutive, Saad Hariri s’est rétracté et n’a pas été à la hauteur de tout ce qu’il avait promis. Le général Aoun a exécuté sa part lorsqu’il a demandé à sayyed Hassan Nasrallah d’accepter Hariri à la présidence du Conseil, mais comme à son habitude, Hariri a pris peur face au poids de la responsabilité, sous prétexte que la majorité du Courant du futur s’opposait à son choix et alléguant que l’Arabie n’était pas d’accord. Ainsi pour la troisième fois, Hariri ne respecte pas ses engagements. La première fois c’était après les négociations de Paris et le principe du gouvernement de Salam en échange de la présidence, la seconde après la soirée à la Maison du Centre et l’équation le commandement de l’armée en contrepartie de la direction de la Sécurité intérieure. Par le passé, Aoun avait accordé à Hariri des circonstances atténuantes, estimant qu’il ne lui avait pas menti et ne l’avait pas trompé, qu’il avait été honnête mais incapable d’exécuter ce qu’il avait promis. Lui accordera-t-il cette fois encore les circonstances atténuantes ou cette troisième fois sera enfin la bonne?

Joëlle Seif

Deux poids deux mesures
Les milieux aounistes s’interrogent sur la raison de proroger le mandat du général Mohammad Kheir, alors qu’il existait une entente politique et que les ministres du CPL avaient déclaré qu’ils étaient favorables à n’importe quel nom avancé par le Courant du futur et n’avaient de problème avec aucun nom. Pourquoi le Futur obtient-il la prorogation du secrétaire général du haut comité de la Défense? Pourquoi Walid Joumblatt obtient-il la nomination d’un nouveau chef d’état-major? Et pourquoi le général Michel Aoun n’obtient pas la nomination d’un nouveau commandant en chef de l’armée, alors qu’il est tout à fait disposé à ne pas nommer une alternative et réclame l’application du principe de l’ancienneté et accepte tout officier qui obtiendrait la majorité des voix? Pourquoi est-il possible de nommer un nouveau chef d’état-major en l’absence d’un président de la République et pas possible pour le chef de l’armée?

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