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Nº 3073 du vendredi 6 janvier 2017

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Nouhad Machnouk: des prémices d’un compromis entre Riyad et Téhéran

Nouhad Machnouk est un homme des extrêmes sans jamais se départir de sa modération, un idéaliste tout en restant réaliste. Cet ancien journaliste trublion, devenu homme d’Etat, est convaincu de l’existence de prémices d’un compromis entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Pour Magazine, il ouvre son livre de 40 ans d’histoire.

 

1976, Nouhad Machnouk n’a que 21 ans lorsqu’il est arrêté à un checkpoint de l’armée syrienne, à Ouzaï. Il dormira trois nuits à même le sol, dans un immeuble en construction, à Aramoun. Quatre décennies plus tard, à la même date, il revient sur ce lieu devenu, depuis, l’Institut des Forces de sécurité intérieure (FSI). Il y signe, en tant que ministre de l’Intérieur, un accord de coopération entre le Liban et la Grande-Bretagne. En 1998, écarté à la demande des Syriens, il quitte le siège provisoire de la présidence du Conseil des ministres, à Sanayeh, où il occupait un bureau en tant que proche conseiller de Rafic Hariri. En février 2014, il réintègre le bâtiment en sa qualité de ministre de l’Intérieur. Nouhad Machnouk fait partie de ces hommes dont le destin est une revanche perpétuelle sur l’Histoire. Les arrestations, l’exil, les pressions et les menaces, le ministre les met sur le compte de ses «penchants indépendantistes». «Mon attachement à mon indépendance et à celle du Liban m’a causé, toute ma vie, des ennuis», nous dit-il, sans le moindre regret.
Pourtant, à 18 ans, ce n’est pas le «Liban indépendant» qui attire et motive le jeune journaliste et militant politique, mais le nationalisme arabe, qu’il vit et pratique aux côtés des dirigeants du Fateh de Yasser Arafat. Quarante ans plus tard, il avoue s’être trompé. Dans un discours prononcé le 9 septembre 2015, à Jbeil, à l’occasion de l’inauguration d’une rue portant le nom de Raymond Eddé, il dira, à l’adresse de l’ancien amid disparu du Bloc national: «Combien vous aviez raison lorsque vous avez obstinément rejeté, en 1969, l’accord du Caire, qui a ouvert les portes du pays à l’expérience des armes palestiniennes. Je fais moi-même partie d’une génération qui a commis ce péché envers le Liban et les Libanais».

Le Liban d’abord
Cette révision complète n’est pas un acte isolé, mais le fruit d’un long mûrissement de sa pensée politique, qui se manifeste par l’éclosion, dans son esprit, de la conviction du «Liban, patrie définitive». Après «la dizaine du révolutionnaire» – le nom que donne Nouhad Machnouk à la décennie passée aux côtés de la Résistance palestinienne –, le jeune homme devient, en 1983, secrétaire général de la Rencontre islamique, animée et soutenue par Takieddine el-Solh, le mufti Hassan Khaled, le député Nazem Kadiri (assassinés respectivement en 1989 et 1988) et d’autres personnalités sunnites. «La Rencontre représentait l’islam modéré, ouvert à toutes les communautés, déclare le ministre. Elle adhérait parfaitement à l’idée de la libanité, était en harmonie avec les Arabes et hostile à Israël». L’équation défendue par la Rencontre islamique était la suivante, ajoute M. Machnouk: «L’arabité du Liban ne passe pas forcément et uniquement par la Syrie et elle ne se manifeste pas selon les conditions du régime syrien. Nous avions en commun avec les Palestiniens le souci permanent de nous débarrasser de la tutelle syrienne. Notre relation avec la Syrie répond aux réalités géographiques et historiques. Mais cela ne signifie pas qu’il faille accepter la tutelle de ses services de renseignements sur les moindres détails de la vie politique interne et extérieure».
Son expérience au sein de la Rencontre islamique a contribué à forger ses convictions indépendantistes. «Les dix recommandations sunnites et chiites, signés par le mufti Hassan Khaled et le président Hussein Husseini, étaient très clairs, se souvient Nouhad Machnouk. Les musulmans abandonnaient l’idée de l’unité arabe et les chrétiens cessaient de dire qu’ils ne sont pas arabes».
Takieddine el-Solh a, sans conteste, profondément marqué le journaliste trentenaire durant la période qu’il appelle «la dizaine de l’opposant»: «Taki bey m’a dit, un jour, que l’indépendance du Liban est une cause défendue par les chrétiens. Car, chaque fois que les musulmans courent derrière le rêve de l’unité arabe, les chrétiens lèvent la voix pour les rappeler à l’ordre. La démocratie, elle, est l’affaire des musulmans, car elle est imposée par la diversité. On ne doit notre démocratie ni à notre culture ni à nos valeurs morales, mais à la nature confessionnelle de notre société et de notre système. Sans elle, c’est la dictature d’une communauté sur les autres».
 
La relation avec Aoun
Dans le contexte des années 80, le discours indépendantiste du général Michel Aoun trouve des échos favorables au sein d’une partie de l’élite musulmane, notamment sunnite. «J’appuyais tout mouvement de résistance contre la tutelle syrienne, déclare Nouhad Machnouk. Michel Aoun était un symbole, un résistant, un mobilisateur et un rassembleur. Mais, au bout d’un certain temps, son mouvement a connu un repli communautaire». Cela ne l’a pas empêché de maintenir le contact avec M. Aoun, avec le soutien de Takieddine el-Solh et Nazem Kadiri. «J’effectuais des visites secrètes au palais de Baabda sous le nom d’un pharmacien de Furn el-Chebbak, partisan du général. Je ne me souviens plus de son nom; peut-être que le président s’en rappelle encore. Lors de ces déplacements, je séjournais, avec Solh et Kadiri, à l’hôtel Al-Bustan de Beit Mery».
La relation avec le général Aoun s’est poursuivie jusqu’au bombardement de Beyrouth-Ouest, ce fameux 14 mars 1989. «J’ai toujours des doutes, aujourd’hui, sur les véritables auteurs de ce pilonnage», souligne le ministre.
Du Michel Aoun de l’époque, il garde le souvenir d’un «militaire, libanais authentique, au discours non confessionnel et attaché à l’Etat». «Mais les maronites, qui ont joué un rôle essentiel dans l’édification de l’Etat libanais, assument la plus grande responsabilité dans son affaiblissement, à cause de la guerre dite d’élimination», regrette-t-il.

La rencontre avec Hariri
C’est en sa qualité de membre de la Rencontre islamique que Nouhad Machnouk voit, à plusieurs reprises, l’homme d’affaires Rafic Hariri dans les années 80, pour tenter de trouver avec lui des points communs. «Au fond de lui, Rafic Hariri a toujours été un indépendantiste, y compris vis-à-vis des Syriens, affirme le ministre. Mais il était réaliste. Il pensait qu’en redonnant au Liban un grand rôle politico-économique et en renforçant sa position au sein de la communauté internationale, la Syrie serait contrainte de réviser ses calculs et de revoir sa façon de se comporter avec notre pays. Il croyait que la relation libano-syrienne pouvait évoluer, progressivement, sans animosité. C’était son avis le premier jour où je l’ai rencontré, alors qu’en apparence, il était le représentant des Saoudiens auprès des Syriens».
Cette stratégie a porté ses fruits, selon Nouhad Machnouk: «Pendant la période d’or du Liban, dans les années 90, l’influence politique de la Syrie n’a jamais été aussi faible. Entre 1992 et 2004, Rafic Hariri a propulsé le pays du Cèdre au cœur de la scène internationale et a initié un boom économique. Le Liban vivait une sorte de nouvelle indépendance ou une résurrection. Cela ne pouvait se produire qu’aux dépens des Syriens et ils le prenaient mal. Ils étaient en confrontation permanente avec lui, soit à travers leurs éléments internes, soit directement».

Mal-aimé des Syriens
A cette époque, Nouhad Machnouk est l’un des principaux conseillers de Rafic Hariri. Il a joué un rôle de premier plan dans la prorogation du mandat d’Elias Hraoui, qui a barré la route à l’élection d’Emile Lahoud, en 1995. «Dès le premier jour, les Syriens étaient gênés par ma présence à ses côtés, raconte le ministre. Vingt ans après, ils n’avaient toujours pas oublié que j’avais été proche du Fateh. Abdel-Halim Khaddam (l’ancien vice-président syrien) en avait parlé directement au président Hariri. Les Syriens ont d’abord essayé de m’écarter poliment, en proposant que je sois nommé ambassadeur au Caire ou à la Ligue arabe. Et quand ils ont réalisé qu’ils n’arriveraient pas à leur fin par cette voie, ils ont monté de toutes pièces l’affaire de l’espionnage au profit d’Israël». Nouhad Machnouk terminera en exil «la dizaine du bagarreur», passée aux côtés de Rafic Hariri.
Malgré cet épisode malheureux, Hariri restait attaché à sa vision conciliatrice avec la Syrie plutôt qu’à la confrontation, qui s’est traduite par l’exil (Saëb Salam, Takieddine el-Solh) ou l’assassinat (Hassan Khaled, Nazem Kadiri) des membres de la Rencontre islamique. «La prospérité de l’Etat libanais ne pouvait se faire qu’au détriment de la tutelle syrienne», dit-il.
La tutelle syrienne n’était pas le seul boulet que traînait Rafic Hariri. Il y en avait un autre, la Résistance. Comment est-il parvenu à aller de l’avant dans son projet malgré ces deux obstacles? «C’est vrai, la Résistance coexistait avec Hariri, mais sous la protection et conformément à une décision syrienne, explique M. Machnouk. On se souvient du massacre de la caserne de Fathallah, lorsque l’armée syrienne a tué, en 1987,
18 membres du Hezbollah. Mais en dépit de la tutelle et de la présence de la Résistance, Rafic Hariri a réussi à développer son projet, ce qui prouve qu’il était une personnalité exceptionnelle. C’était un homme capable de gérer au quotidien une confrontation, un compromis et un succès».
L’équilibre qui prévalait au Liban, depuis 1992, a commencé à vaciller après la mort de Hafez el-Assad, «bien que la relation entre Hariri et l’ancien président syrien ne soit pas un modèle de réussite», précise Nouhad Machnouk qui présente son explication de la suite des événements: «Avec l’accession de Bachar el-Assad à la présidence, en 2000, les choses ont changé. Le ‘‘salon arabe’’ à Damas, animé par Khaddam, a été fermé, et le ‘‘diwan iranien’’, animé par Mohammad Nassif, a ouvert grand ses portes. En 2005, l’Iranien a estimé que la situation au Liban ne pouvait plus durer de la sorte. L’assassinat de Rafic Hariri n’est pas un acte de vengeance, mais une décision régionale stratégique. Il fallait éliminer l’obstacle qui se dressait devant le projet qui déferlait sur la région. Pendant cette période, il y avait un héros caché, Rafic Hariri, et une légende vivante, le patriarche Nasrallah Sfeir. Il est clair que la vision conciliatrice de Hariri a échoué. Il a été assassiné, parce que la Syrie a changé».    
Plusieurs facteurs ont empêché le Liban de sombrer dans la guerre civile après 2005, le premier étant la patience et la modération que Rafic Hariri a cultivées et enracinées, soutient M. Machnouk. De plus, l’accusation pour le meurtre de l’ancien Premier ministre a été dirigée vers la Syrie et non pas vers une partie libanaise. «Même sayyed Hassan Nasrallah est venu présenter ses condoléances», se souvient-il. Ensuite, l’ancien roi saoudien, Abdallah, a déployé de sérieux efforts pour sauvegarder le Liban et résorber les effets de l’assassinat du 14 février 2005. En outre, les Libanais, qui ont connu la guerre civile, ne voulaient plus revivre cette tragédie. Enfin, la communauté internationale a œuvré pour désamorcer la crise.
En juillet 2010, le roi Abdallah et le président Assad viennent ensemble à Beyrouth pour une mission de bons offices entre les Libanais. Ce sera la dernière initiative saoudienne avant le désengagement progressif du royaume du Liban. Pourtant, le pays est resté relativement stable. Pourquoi? «Grâce au départ du Liban de Saad Hariri, et c’est là le seul avantage de son exil», répond M. Machnouk, avant de poursuivre: «En s’éloignant, M. Hariri a évité de se laisser entraîner dans les polémiques quotidiennes, qui auraient pu faire monter la tension. Son départ et son discours modéré ont apaisé la situation et calmé les esprits. Après l’assassinat de Wissam el-Hassan, il a voulu rentrer. Mais le prince Bandar, sur ordre du roi Abdallah, le lui a déconseillé. Ils craignaient pour sa vie».

«La dizaine de l’homme d’état»
Pendant que Saad Hariri prêchait la modération à partir de Riyad, Nouhad Machnouk, lui, appelait à la confrontation à Beyrouth. «Je me suis opposé avec véhémence à Najib Mikati et à Walid Joumblatt, notamment lors du vote de confiance au Parlement, en 2011», se souvient-il. Et pourtant, aujourd’hui, il prône l’apaisement et la modération. «Lorsque j’ai été nommé ministre de l’Intérieur, je devais prendre la stature d’un homme d’Etat après avoir été un chantre de l’opposition. J’étais devenu responsable de la sécurité du pays et des citoyens. Il ne peut y avoir d’économie sans sécurité, et pas de sécurité sans politique».
C’est dans ce même esprit que M. Machnouk se range derrière le choix du chef du Courant du futur de soutenir la candidature de Michel Aoun. «Saad Hariri pensait que l’élection d’un président, quel qu’il soit, est mieux que le vide; et que la lutte à l’intérieur du régime est préférable à la confrontation autour du régime», dit-il. Il reconnaît au Premier ministre un «courage exceptionnel» pour avoir pris des «décisions impopulaires», même au sein du Bloc du Futur, où l’opposition à l’option Aoun était conduite par Fouad Siniora et Farid Makari. Mais Saad Hariri a montré, selon lui, une grande capacité à reprendre en main la situation, beaucoup plus rapidement que certains ne l’imaginaient.       
Les facteurs internes ont joué un rôle important dans le déblocage de la présidentielle au Liban. Toutefois, M. Machnouk est convaincu de l’existence de «prémices d’un compromis entre l’Iran et l’Arabie saoudite». Il affirme, dans ce cadre: «J’ai senti l’existence de signaux sur un possible compromis irano-saoudien dès juin dernier. Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères a déclaré que son pays et l’Arabie saoudite avaient trouvé un accord sur le Liban et à l’Opep. Ces signaux sont encore faibles, mais ils existent d’une manière ou d’une autre. Ce qui se passe en Syrie pourrait s’inscrire dans le cadre d’un éventuel compromis».

Le temps presse
M. Machnouk est convaincu que «quelle que soit l’importance des infiltrations au sein de l’Etat, à cause des relations entre le 8 mars et la Syrie ou de la nature du projet iranien via le Hezbollah, le chef de l’Etat restera équilibré, sous peine de torpiller son mandat». La preuve est venue, selon lui, du discours d’investiture du président Aoun: «Ses alliés ont difficilement avalé le discours, malgré les propos élogieux. Sinon, pourquoi le Hezbollah a-t-il insisté pour revenir à la formulation de la Déclaration ministérielle du gouvernement Salam concernant la Résistance, au lieu de retenir celle du discours d’investiture? La mentalité sécuritaire n’accepte que des garanties complètes. Même quand les Syriens déployaient 30 000 soldats au Liban et que leurs moukhabarat contrôlaient la sécurité et la justice, ils exigeaient le tiers de blocage au gouvernement. Aujourd’hui, le Hezbollah se comporte de la même manière».
Parmi les principales tâches qui attendent le gouvernement, figure l’élaboration d’une nouvelle loi électorale. Mais le temps presse. «Ce qu’ils n’ont pas réussi à faire en sept ans, ils ne parviendront pas à le faire en sept semaines, affirme M. Machnouk. Nous aurons certainement une nouvelle loi d’ici un an. L’équation est claire: pour organiser les élections selon le calendrier, il faut revenir à la loi en vigueur, celle de 1960. Début février, nous sommes tenus de publier les listes électorales puis, en mars, de convoquer le corps électoral. S’ils insistent pour une nouvelle loi, il faudra alors opter pour un report technique des législatives».
En plus des élections, le ministre gère le dossier de la lutte contre le terrorisme, une priorité absolue. Dans ce cadre, le Liban jouit du soutien de la communauté internationale. «Lors de mes voyages à Washington, Paris, Londres, Moscou, etc., je palpe une grande détermination à préserver la stabilité du pays, dit-il. Nous avons une étroite coopération sécuritaire avec la France et les Etats-Unis. Le Liban est une source d’informations privilégiée et les succès de la doctrine de la lutte préventive sont fortement appréciés. C’est d’ailleurs l’un des premiers pays à avoir mené des opérations antiterroristes préventives». M. Machnouk révèle, dans ce contexte, que des informations transmises par les services de sécurité libanais aux pays européens concernés, avant les attentats de Bruxelles, en mars 2016, avaient été négligées.
En dépit de ses succès en matière de lutte antiterroriste, le Liban reste dans «l’œil du cyclone» et des attentats peuvent se produire, conclut Nouhad Machnouk.


La Russie s’empare du dossier Syrien
Nouhad Machnouk affirme que la Russie «s’est emparée du dossier syrien», mais nul ne peut prévoir, dès aujourd’hui, dans quelle direction elle le mènera et dans quelle mesure elle en profitera. «La Russie n’est pas une milice ou un gang. C’est une puissance mondiale qui a dépensé des milliards de dollars, en dépit de ses difficultés financières, pour renforcer sa présence militaire en Syrie. Tout le monde la courtise ou veut traiter avec elle», dit-il. Selon lui, il faudra entre deux et trois ans avant que les contours définitifs de la solution politique en Syrie ne se précisent.

La maison-musée: L’empreinte soufie
Nouhad Machnouk habite un duplexe dans un ancien immeuble datant de 1958, dans le quartier de Qoraytem. Sa résidence est un véritable musée. Elle est décorée de tableaux et objets d’art récoltés de ses nombreux voyages, pendant quarante ans. Il a l’habitude d’acquérir de belles pièces dans chaque pays visité. L’empreinte soufie est manifeste, avec, entre autres, un magnifique tableau de derviches tourneurs, acheté à Damas, des calligraphies soufies ou des objets divers utilisés par cette école de l’islam. L’une de ses récentes lectures est le roman d’Elif Chafaq, Soufi, mon amour, racontant l’histoire du grand maître soufi, Jalaleddine el-Roumi.

Paul Khalifeh

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