Magazine Le Mensuel

Nº 3079 du vendredi 7 juillet 2017

Temps fort

Wissam Charaf. Un scénario pour trois montages

Le réalisateur de Tombé du ciel, sorti en mai dans les salles libanaises et présenté à l’ACID lors du festival de Cannes 2016, livre à Magazine la manière peu conventionnelle qu’il a trouvé pour financer son film.

Pouvez-vous présenter votre premier long-métrage, Tombé du ciel?
C’est l’histoire d’un milicien que tout le monde croyait mort et qui revient soudain à la surface de la Terre. En réalité, ce milicien représente une personnalisation du refoulement que tous les Libanais partagent vis-à-vis de la guerre civile et qui génère des situations complètement loufoques et décalées. Je voulais faire un film sur la guerre, en utilisant l’absurde.

Comment êtes-vous parvenu à financer votre film?
J’ai commencé à écrire le scénario en 2006. Heureusement pour gagner ma vie, je suis journaliste à Arte, car l’industrie du film libanais n’est pas encore suffisamment développée pour nous permettre d’en vivre. Durant dix ans, j’ai présenté, inlassablement, mon projet aux instances européennes pour obtenir des financements et produire mon long-métrage. Je n’ai essuyé que des refus. Je pense que mon scénario et le ton décalé utilisé dans mon film ne correspondait pas à leurs critères. Au bout de dix ans, j’avais deux options: soit je jetais ce scénario à la poubelle, soit j’essayais de le découper en plusieurs courts-métrages pour obtenir d’autres subventions. C’est ce que j’ai décidé de faire. Au bout de dix ans cela a finalement fonctionné.
A partir du scénario de Tombé du ciel, j’ai donc proposé deux courts-métrages. Le premier intitulé Après et le second baptisé Manuel de survie d’un combattant. Pour le premier film, j’ai obtenu 40 000 euros de la région Corse à condition d’aller tourner chez eux, ce qui ne pose pas vraiment de problème puisque la Corse et le Liban se ressemblent. Arte a fini par acheter ce premier court-métrage en 2015 et il a été sélectionné dans tous les grands festivals. Au moment où ce premier film est acheté, le second, Manuel de survie d’un combattant reçoit une subvention du CNC et d’Arte. Je reçois donc 120 000 euros. J’ai eu l’idée d’utiliser ce financement pour mes court-métrages pour réaliser, enfin, le long-métrage.
Alors que pour un long-métrage, il faut en principe une somme avoisinant les 500 000$, nous avons réalisé Tombé du ciel avec 250 000$ (avec des apports  supplémentaires de la région Ile-de-France). Pour faire
des économies, nous avons énormément répété. Nous avons tourné le film en quinze jours seulement. A partir d’un seul scénario, nous avons donc réalisé trois montages différents: les deux courts-métrages et le
long-métrage.

Quels sont vos projets dans le cinéma?
Je travaille sur un autre projet de court-métrage que je souhaite présenter à la région Corse avec Arte. C’est l’histoire d’un gamin qui apprend à tricher dans les années 1980, c’est un peu autobiographique, j’avoue.
J’ai aussi un projet de second long métrage mais je ne veux pas en révéler le thème pour l’instant. Je n’ai aucune idée de comment je vais le financer.

Soraya Hamdan

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