Magazine Le Mensuel

Nº 3090 du vendredi 1er juin 2018

Associations

SOS Chrétiens d’Orient. Opération-soutien à Tripoli

Depuis plus de trois ans, SOS Chrétiens d’Orient opère au Liban à travers ses volontaires français et libanais. Aujourd’hui, l’association étend son action à Tripoli. Jean-Eudes Ropars, chef de mission, explique l’engagement de l’association.

C’est dans les quartiers défavorisés de Beyrouth, à Bourj Hammoud, Dekwaneh, Nabaa, que les volontaires de SOS Chrétiens déploient leurs efforts pour venir en aide aux familles chrétiennes dans le besoin. «Depuis que je suis arrivé au Liban, il y a deux ans, j’ai redirigé mon action vers les familles libanaises qui souffrent des collatéraux de la crise syrienne et sont fortement affectées par la concurrence des travailleurs syriens», confie Jean-Eudes Ropars.
Les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient visitent les familles. «Ces rencontres nous permettent d’être en contact direct avec elles et de s’enquérir de leurs besoins. C’est aussi une occasion d’échanges pour les volontaires français, qui rentrent chez eux riches de souvenirs et de témoignages». L’assistance aux familles démunies ne se fait jamais en espèces, selon les explications de Jean-Eudes Ropars. «Nous distribuons des produits de première nécessité, des matelas, couvertures, produits alimentaires, etc. Certains volontaires français donnent des cours de français aux mères afin d’aider les enfants. Nous collaborons également avec quelques organisations telles que Basma et des écoles comme Saint-Vincent de Paul et les sœurs de la Charité, à Sassine».

Dans tout le Liban
Invitée à étendre son action sur le territoire libanais, SOS Chrétiens d’Orient a développé son activité dans les régions frontalières, dans la Békaa, à Qaa ainsi qu’au sud, à Rmeich. «Nous sommes également sollicités par les municipalités et les paroisses. A travers la francophonie nous aidons la population dans ces régions. Cinq volontaires français vivent en permanence à Qaa en travaillant directement avec les écoles, les paroisses et les municipalités. Nous ne voulons pas oublier les chrétiens nécessiteux vivant dans les régions frontalières». Dans cette localité, un centre de lecture et d’activité culturelle a été financé par SOS Chrétiens d’Orient.
Depuis octobre dernier, l’association a fait son entrée à Tripoli, chef-lieu du Liban-nord. «C’est par l’intermédiaire de Maya Hafez, la fille de l’ancien député Sélim Habib, que nous avons été sollicités pour apporter notre soutien aux familles chrétiennes défavorisées. Elle nous a invités à passer une journée afin de nous rendre compte par nous-mêmes des besoins de la région. Dans cette ville essentiellement sunnite, elles sont totalement oubliées».
L’action enclenchée par SOS Chrétiens d’Orient démarre auprès des curés et prêtres de paroisse ainsi qu’auprès du vicaire grec-catholique de la ville. «Ce sont les paroisses qui nous ont communiqué les listes des familles chrétiennes que nous avons visitées. Leur situation est pire que celle des familles dans le besoin à Beyrouth». Si, avant la guerre, les chrétiens de Tripoli composaient 30 à 40% de la population, ils ne représentent plus aujourd’hui qu’à peine 10%. «Ceux qui sont restés sont dans l’impossibilité de partir», constate le travailleur humanitaire.

Cinquante familles
Dans le quartier de Qobbé, Georges Yacoub vivait dans un délabrement total, dans un taudis. «Les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient ont entièrement rénové les lieux et changé les meubles. Le vieillard était complètement dépassé et ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il était totalement sidéré par l’aide qu’on lui apportait». A Tripoli, plusieurs histoires marquent les jeunes volontaires, comme celles des deux sœurs Awad, des chrétiennes, qui vivent dans le quartier de Jessrin, à la lisière de Qobbé, dans un immeuble habité par des alaouites, et qui ne survivent que grâce à l’aide que leur apportent les voisins de temps à autre.
Une vingtaine de familles chrétiennes vivant à Tripoli sont soutenues par SOS Chrétiens d’Orient. «Le financement est essentiellement français mais nous recevons quelquefois des dons de Libanais qui ont entendu parler de notre action à Tripoli», confie Jean-Eudes Ropars. Avec un budget allant de 6 000 à 8 000 euros, l’association apporte une assistance à une cinquantaine de famille par mois.
SOS Chrétiens d’Orient cherche à adopter à Tripoli le même système en vigueur dans la Békaa, en installant des volontaires français sur place. «Une seule visite hebdomadaire ne suffit pas. Des volontaires pourront aider dans l’enseignement du français et dans la création de projets de micro-développement à l’intention des chrétiens de la ville. Cela ne peut pas se faire sans la participation des habitants. Ce sont eux qui apportent les idées et les projets car ils connaissent les besoins de leur ville. Ils comprennent aussi que notre but est de les aider». Pour M. Ropars, il est nécessaire d’inclure des Libanais. «Nous sommes là pour renforcer la relation entre Français et Libanais».
L’accueil réservé aux volontaires est très chaleureux après l’effet de surprise de voir un Français dans la ville. «A Noël, nous avons organisé de grandes activités dans une école à Mina. Les établissements scolaires les plus réputés sont toujours des écoles chrétiennes qui sont fréquentées par des sunnites dans une proportion de 95%. C’est à travers elles qu’on préserve la coexistence et le vivre-ensemble».
Les projets de SOS Chrétiens d’Orient sont nombreux. «Nous avons commencé il y a 6 mois et nous avons apporté notre appui au niveau social, éducatif et scolaire. Cet été, nous organisons une colonie pour les chrétiens de Tripoli à l’instar des 13 colonies qui ont lieu au Sud et dans la Békaa et qui regroupent 900 enfants de toutes les confessions», conclut -il.

Joëlle Seif

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