Wardi (The Tower). La tragédie des Palestiniens dans le regard d’un Norvégien
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Nº 3100 du vendredi 5 avril 2019

Wardi (The Tower). La tragédie des Palestiniens dans le regard d’un Norvégien

 
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    Wardi (The Tower). La tragédie des Palestiniens dans le regard d’un Norvégien
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Dans son film d’animation Wardi (The Tower), qui sera projeté lors du Metropolis Youth Film Festival le 13 avril, le réalisateur norvégien Mats Grorud raconte la tragédie des réfugiés palestiniens au Liban à travers le regard d’une petite-fille de 11 ans, dans le camp de Bourj el-Barajneh.

Pour son premier long-métrage, le réalisateur norvégien, Mats Grorud, a choisi de parler d’un sujet qui lui tient à cœur, celui des réfugiés palestiniens. Cette tragédie, il y a été sensibilisé très jeune, quand sa mère infirmière officiait au sein de la NORWAC, une organisation norvégienne d’aide médicale. Au milieu des années 80, elle se rend régulièrement au Liban et en ramène des photos, des histoires qu’elle transmet à ses enfants restés en Norvège. «Quand elle revenait à la maison, nous découvrions des images du Liban. Des enfants de notre âge qui grandissaient dans des conditions très différentes des nôtres, dans la guerre. J’avais 8 ou 10 ans, ces expériences sont restées gravées», se souvient Mats Grorud. 1989, la famille s’envole pour Le Caire, se rend aussi à Jérusalem et Rafah. «C’était la fin de la première Intifada, et les enfants nous faisaient le signe V de la victoire à chaque coin de rue. J’avais 12 ans, c’était très formateur aussi, je suppose, pour ma «connexion» avec le Moyen-Orient.»
Mats Grorud se rend finalement au Liban en 1995, puis en 2001, où il s’engage comme volontaire dans le camp de Bourj el-Barajneh à Beyrouth. Il y passe un an, enseigne aux enfants, lie de belles amitiés. Surtout, il découvre le quotidien douloureux d’un peuple que l’Histoire n’a pas épargné. «Ce qui m’a frappé à l’époque, c’est l’honneur des gens et leur respect d’eux-mêmes. Aussi, de voir comment mes amis parvenaient à plaisanter à propos d’événements tragiques. Vous ressentez un aperçu de ce qu’ils vivent, la véritable tragédie de 71 ans passés dans des conditions inhumaines et la frustration de ne pas être autorisé à sortir de cette condition surréaliste et éternelle de refugié», confie Mats Grorud.

Une histoire douloureuse
C’est après ce séjour qu’il décide de consacrer un film à l’histoire des réfugiés palestiniens. Un sujet complexe à évoquer, que Mats Grorud choisit de transposer en film d’animation. Ainsi naît Wardi, l’histoire d’une brillante écolière de 11 ans habitant le camp de Bourj el-Barajneh, et très attachée à son arrière-grand-père Sidi, expulsé de sa Galilée natale avec ses parents, lors de l’annexion de terres en vue de la création d’Israël, en 1948. En fin de vie, le vieillard lui confie la clé de sa maison en Palestine, qu’il n’a plus jamais revue. Wardi, anéantie, interprète cette transmission comme un renoncement au retour. Elle part alors en quête d’un nouvel espoir pour son arrière-grand-père et rend visite, successivement, à plusieurs membres de sa famille. Grâce à leurs récits, elle découvre l’histoire douloureuse de son peuple et de son pays d’origine. Celle de sa sœur Yassar, prête à émigrer en Suède pour un mariage sans amour, afin de fuir son non-avenir. De sa tante Hanane, qui lui confie ses souvenirs dans les abris, durant la guerre civile libanaise. Celle de son grand-père Loutfi, ex-combattant de l’OLP plein de désillusions. Ou encore celle de son oncle, surnommé Pigeon Boy, qui s’est retrancher au sommet de sa tour en compagnie des oiseaux plutôt que de côtoyer ses congénères, traumatisé par une jeunesse guerrière.
Réalisé conjointement en stop-motion et en dessin animé, Wardi ambitionne de permettre au public «de s’identifier aux personnages, de manière à ce qu’ils voient en Wardi leur propre sœur ou leur propre fille, et perçoivent les autres personnages du film comme des membres de leur famille. Briser les stéréotypes et raconter une autre histoire qui me semblait plus vraie», explique Mats Grorud.

Reconnaître la tragédie
Poétique, émouvant, parfois drôle, le film de Mats Grorud réussit la prouesse de restituer, sans pathos inutile, la tragédie humaine vécue par des milliers de Palestiniens dans les camps. Pour coller au plus près de leur réalité, il s’est basé sur des interviews recueillies auprès des habitants de Bourj el-Barajneh ou des discussions à bâtons rompus avec ses amis.
Avec ce film, Mats Grorud espère offrir une «reconnaissance de ce que les habitants des camps ont enduré ces 71 dernières années. La reconnaissance d’une situation qu’ils n’ont pas choisie et qui leur a été imposée: quitter la Palestine. Ils se sentent oubliés et le monde a oublié leurs droits – celui de vivre maintenant – et leur droit au retour».
Revenant sur la controverse créée par le président Emmanuel Macron en mettant sur un même pied d’égalité antisionisme et antisémitisme, Mats Grorud estime ces déclarations «surréalistes». «Si je critique l’occupation et l’armée israélienne qui tire sur de jeunes enfants qui manifestent pour le droit du retour — accordé par l’ONU — suis-je antisémite? Depuis 1948, quatre générations ont été contraintes de vivre dans les camps. Les Nations unies leur accordent le droit de retourner chez elles et dans leurs villages. Dans mon film, j’ai choisi de me concentrer sur l’aspect humain. Vous n’avez pas besoin d’être un expert du Moyen-Orient ou de l’Histoire pour prendre position contre l’injustice. Qui admettrait aujourd’hui de ne pas avoir d’opinion sur l’apartheid en Afrique du sud, sur la colonisation de l’Afrique, le traitement des Noirs en Amérique?», s’insurge le réalisateur.
Le film écorche aussi, au travers d’une scène, l’attitude de certains Libanais envers les Palestiniens. «J’ai essayé de montrer certains sentiments perçus chez les réfugiés vis-à-vis du Liban et d’expliquer pourquoi la nécessité de retourner en Palestine était aussi liée au traitement sévère auquel ils étaient confrontés au Liban», justifie Mats Grorud. «Cela dit, nous aurions pu tourner plusieurs films sur la manière dont le Liban a également accepté les réfugiés palestiniens après 1948, une communauté qui représentait alors 10% de la population. Peu de pays européens auraient fait de même», poursuit-il.
Après la projection au Metropolis Youth Film Festival qui se tiendra du 11 au 14 avril, Mats Grorud espère montrer Wardi dans les camps. Son film a déjà été présenté au Festival du film indépendant de Haïfa en mars. «J’aimerais que les gens en Israël voient le film, pour qu’ils réalisent où vivent les gens à qui appartiennent les maisons dans lesquelles ils habitent, parfois à quelques heures seulement un peu plus au nord, coincés dans des camps de misère. Mais je ne montrerai pas le film dans le cadre d’un festival ou d’un lieu géré par l’Etat israélien».

Jenny Saleh

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Éditorial
Ces mafias qui nous gouvernent

La situation économique et financière a atteint un tel bas-fond que l’édifice risque de s’écrouler sur tout le monde. Le cercle vicieux déficit/dette/hausse des taux d’intérêt/baisse de la consommation/chômage risque de se refermer durablement si des mesures d’urgence ne sont pas adoptées. Pour ne prendre que l’exemple de l’électricité, chaque mois qui s’écoule coûte au Trésor 160 millions de dollars. Le temps est compté, et pourtant, les dirigeants ne semblent pas pressés. Le gouvernement a été formé il y a maintenant plus de deux mois et il n’a encore pris aucune décision sérieuse susceptible de freiner la chute. Celle-ci sera tellement brutale que le pays aura du mal à s’en remettre. Ce n’est plus de l’incurie mais carrément de l’irresponsabilité qui s’apparente à une haute trahison. Tous savent que le pays n’a jamais traversé une situation économique et financière aussi mauvaise, même du temps de la guerre civile. Malgré cela, ils continuent à palabrer, à polémiquer, à se livrer à leur jeu favori de la surenchère stérile et destructrice. Ce n’est plus de l’insouciance mais une perverse complicité avec ces mafias sectorielles qui contrôlent des pans entiers de l’économie et du commerce, et qui font des milliards, dans l’illégalité et l’impunité les plus totales, au détriment du portefeuille et de la santé de centaines de milliers d’honnêtes citoyens, qui, malgré leur dur labeur, ne parviennent plus à boucler leurs fins de mois. Sinon comment expliquer les tergiversations, les lenteurs, le laxisme et autres travers qui rythment l’action (ou faut-il dire l’inaction!) de ceux qui nous gouvernent? Pour ne parler que des générateurs privés, ceux-ci génèrent (en plus des particules hautement polluantes) entre un milliard et un milliard et demi de dollars par an. Cette manne providentielle est appelée à tarir progressivement puis à disparaître définitivement si le plan de réhabilitation du secteur de l’électricité est mis en œuvre comme prévu. Les propriétaires sans scrupules de ces générateurs, qui n’ont pas hésité, il y a quelques mois, à plonger 4 millions de Libanais dans l’obscurité pour faire pression sur l’Etat, accepteront-ils candidement de fermer boutique? Certains d’entre eux n’ont-ils pas comme partenaires, ou comme complices ou protecteurs, des hommes politiques hauts placés? N’utiliseront-ils pas leur influence, achetée à coups de pots-de-vin et autres cadeaux pernicieux, pour saboter le plan de réhabilitation de l’électricité? Ce cas de figure, il faut le multiplier par cent, par mille peut-être, pour d’autres secteurs de l’économie, du commerce et des finances. Tant que les passerelles ne sont pas coupées entre les mafias et les dirigeants, tant que le tri n’est pas fait entre les affairistes et les hommes d’Etat, l’espoir de voir un véritable changement s’amorcer dans le pays reste mince.


 Paul Khalifeh
   

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