Economie
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Nº 3102 du vendredi 7 juin 2019

Economie

Ogero continue de faire couler de l’encre? Son président Imad Kreidieh est dans la ligne de mire de la campagne folklorique de lutte contre la corruption au sein des établissements étatiques et du gaspillage des deniers publics, que mènent pêle-mêle des politiques de tous bords.   


La campagne folklorique de lutte contre la corruption est menée au rythme du petit bonheur la chance parce qu’a priori, elle est erratique et sélective, ne se basant pas sur un plan national qui mettrait en œuvre un mécanisme clair, scientifique et rationnel pour endiguer la corruption. L’opinion publique n’est pas dupe. Elle est consciente qu’elle est menée en bateau et que cette levée de boucliers n’est qu’une tempête dans une tasse de thé. Le slogan de la lutte contre la corruption ne date pas d’hier. Depuis le mandat de Béchara el-Khoury, les politiques nous le vendent à chaque fois qu’une campagne de séduction et de mobilisation de l’opinion publique est orchestrée.   
Imad Kreidieh ne sera ni le premier ni le dernier à faire partie des figures publiques sur qui des politiques feraient planer le doute d’une bonne gouvernance. Néanmoins, la société lui laisse la présomption d’innocence. Dans tous les cas de figure, une bonne gouvernance du secteur public ne se constitue pas de coups d’éclat mais par une lecture entre les lignes des articles figurant à l’ordre du jour de chaque Conseil de ministres.

La communication

Imad Kreidieh n’a pas de problème de communication puisqu’il est régulièrement en direct sur Facebook à l’écoute des doléances et des questionnements des usagers et ne décline pas les sollicitations des journalistes. Il répond aux questions d’ordre politique et portant sur le clientélisme, en expliquant dans le détail les défis et les réalisations d’Ogero. Il est transparent et prend soin de ne pas être entraîné dans des polémiques byzantines. «Si Ogero est au sein des conversations en ville, c’est que cette entité est dynamique», dit le patron du bras d’exécution du ministère des Télécoms. Il brandit les slogans de l’image marketing d’Ogero en déclarant haut et fort: «Demain vous nous aimerez» et «D’ici, tout a commencé», faisant allusion à sa mission ultime, celle de «la connexion de toute la nation». «Oui d’ici, tout a commencé parce que de nombreuses réalisations ont déjà été accomplies afin que le secteur des télécoms devienne parmi les plus performants», dit-il. Depuis son accession à la tête d’Ogero, Imad Kreidieh a deux devises en tête. Celui d’introduire le Liban dans le monde du numérique en rénovant son infrastructure, de manière à donner une capacité minimale de 50 mbits/s à chaque usager connecté au réseau national. Dans le même temps, il se bat pour faire appliquer la loi 431, prévoyant la création de Liban Télécom et d’une autorité de régulation afin qu’Ogero y soit intégrée et fonctionne sur la base de concepts d’une entreprise du secteur privé.

Wifi public et IA
Fin mars, le projet du Wifi public a été lancé après l’ouverture des plis reçus en appel d’offres. Le projet pilote est celui de l’aéroport international de Beyrouth-Rafic Hariri. Il couvrira progressivement d’autres régions sur l’ensemble du territoire qui apportent une valeur économique au pays, à titre indicatif le centre-ville, Ramlet el-Bayda, Zaytouna, etc. Aussi en mars, Ogero a fait un bond en avant en recourant à l’intelligence artificielle (IA), une première dans le secteur public. L’entité a signé un protocole d’accord avec la start-up libanaise Numbase qui travaille sur deux fronts: la direction commerciale des services à la clientèle afin d’anticiper leurs besoins et la maintenance du réseau dans le but de réduire de 30% les coûts opérationnels en prévenant les problèmes sur les réseaux. Les plans de base de l’infrastructure n’étant pas disponibles, Ogero se trouve dans l’impossibilité d’identifier une faille sur le réseau si l’abonné ne la signale pas et la réparation prend beaucoup de temps. Parallèlement, la communication via satellite a été réactivée au sein du ministère des Télécoms anticipant l’arrivée des multinationales de dragage des dérivés pétroliers. Ajoutons à cela la perspective imminente de l’augmentation des passerelles de sorties de flux à cinq alors qu’Ogero fonctionne à présent avec deux. Une fois validé par le Conseil des ministres, Ogero sera dotée d’un ordinateur d’une superpuissance de calcul, l’un des treize qui existent pour le moment dans le monde. «Ogero ne vend pas seulement une connexion mais elle vend des opportunités pour l’avenir», dit Imad Kreidieh.
 
Des défis innombrables
Avec la dynamique évolutive des NTIC, la feuille de route d’Ogero s’est basée sur une stratégie de construction d’une infrastructure à la pointe de la technologie, durable et flexible. Une opération de swap de tous les éléments du réseau principal de transport et autres canaux a été entreprise, en toute conscience de son coût d’investissement élevé. Ogero n’avait pas d’autres choix qu’un investissement lourd pour qu’«une connexion de la nation» devienne une réalité. Une mise à niveau de l’infrastructure PSTN établie en 1993-1994 était impérative. A cette époque, l’Internet n’était pas à l’ordre du jour, le projet consistait à assurer le branchement d’un million de lignes téléphoniques fixes. Avec la volonté d’introduire le DSL, le réseau cuivre n’était pas en mesure, physiquement, de supporter la rapidité du flux et d’assurer une bonne qualité de connexion Internet, surtout que 45% des usagers d’Internet étaient installés à plus de 3 km des centraux téléphoniques. La mission de remise à niveau de l’infrastructure installée en 1994 était d’autant plus difficile que les sociétés de télécoms qui l’avaient installée, à savoir Alcatel, Siemens et Ericsson, ont disparu à l’exception de la dernière et que la moyenne d’âge des ressources humaines d’Ogero était de 56 ans. C’est là qu’a émergé le problème du recrutement d’employés. Ogero a embauché des ingénieurs et techniciens sur base de contrats journaliers pour les besoins de ses opérations, leurs salaires ayant été budgétés dans les lois de finances de 2017 et 2019. Avec les départs à la retraite, Ogero se serait retrouvé en 2025 avec près de 600 fonctionnaires en moins.
M. Kreidieh déclare que le recrutement n’a pas échappé à la règle de l’équilibre confessionnel mais assure que les affiliations politiques des candidats sélectionnés n’ont aucunement été prises en compte.

Une connexion pour tous
En un mot comme en mille, aujourd’hui, l’un des premiers projets d’Ogero mis en œuvre est le raccordement de tous les centraux téléphoniques traditionnels du Liban à l’IP Telephony. Ces centraux pourront fournir des fonctionnalités additionnelles à celle de la transmission de la voix basée sur la technologie. Le projet de fibre optique pour la nation a été révisé pour des raisons de lenteur dans l’octroi des crédits et surtout pour des raisons de faisabilité sur le terrain vu les empiètements des municipalités sur les tranchées destinées aux travaux d’Ogero et l’inexistence de carte d’urbanisme de base. 3000 «active cabinets» ont été installés dans les agglomérations urbaines qui représentent des relais pour rapprocher les abonnés des centraux de leurs régions. En chiffres, cela représente 17 km de fibres et 1 200 000 abonnés pour le moment. Jusqu’à un kilomètre et demi, la connexion est performante. Plus la distance est importante, plus la vitesse de la connexion baisse, quel que soit l’état de l’infrastructure technologique et quels que soient les moyens mis en œuvre. Dans les zones rurales, Ogero a remplacé le système Wireless Local Loop, qui ne peut transmettre des données, en un système de Long Term Evolution (LTE) Technology. 71 stations LTE-A ont été installées, fournissant aux résidents une connexion sans fil à domicile. D’autres seront déployées d’ici fin 2019 sur tout le territoire. Les connexions dans ces zones atteignent une vitesse de 22,5 Mbps. Enfin, des discussions sont en cours pour le passage d’un câble sous-marin qui relierait directement le Liban à l’Europe via la Syrie et la Jordanie. Au cas où cette initiative aboutit, le Liban pourrait concurrencer l’Egypte en tant que hub de l’internet. Ceci se traduirait par des revenus de 300 millions $/an (frais de transit) pour l’Etat. Une affaire à suivre de près.

L. M.

 

De la tête à l’assiette, pour les grands et les petits, ce commerce sur Internet répertorie des produits qui protègent et réparent le corps.

Organique, sans sucre, sans gluten, vegan… Mint Basil Market offre une large gamme de marques respectueuses de l’environnement pour prendre soin de soi. Rencontre avec Vanessa Zuabi, l’une des deux fondatrices.

Comment est venue l’idée de créer ce site Internet?
Il y a presque dix ans, alors que je travaillais aux États-Unis, on m’a diagnostiqué une maladie auto-immune m’obligeant à adopter un mode de vie sain avec un régime alimentaire très strict. Lorsque j’ai déménagé au Liban, je devais me procurer les produits nécessaires à entretenir une santé que j’avais mis des années à retrouver. J’ai dû faire face à deux principaux problèmes. Aucun lieu ne les réunissait tous, je devais toujours me rendre dans différents endroits. J’ai aussi constaté un réel manque d’informations de la part des marques à propos de leurs produits. J’ai réalisé que j’étais loin d’être la seule dans cette situation au Liban, où une vaste communauté recherchait aussi ces produits sains et que les trouver demandait beaucoup de temps et d’énergie. Avec Lara, nous avons fait équipe pour nous lancer en janvier 2018.

Quel est le concept?
La mission du Mint Basil Market est de rendre un mode de vie sain accessible aux clients du Liban et du Moyen-Orient. Nous proposons une gamme soigneusement sélectionnée de produits naturels, allant des aliments aux cosmétiques de beauté en passant par des produits ménagers écologiques. Nous les achetons localement pour la plupart et nous personnalisons notre sélection selon nos clients pour faciliter leurs achats en fonction de leurs besoins spécifiques en matière de santé et de régime alimentaire. Ils peuvent accéder à diverses catégories, sans sucre, sans gluten, végétalienne ou encore cétogène. Nous sommes associés à des experts de la santé pour proposer des contenus parallèles comme des recettes et des conseils autour des produits vendus sur notre site. Nous donnons une grande importance au service clientèle en étant toujours présents pour les aider à faire la sélection ou pour répondre à leurs questions.

Quel est votre principal défi?
En matière de santé et de bien-être, la personnalisation, la confiance et la crédibilité sont des facteurs essentiels. Aucun client n’a les mêmes besoins. Notre défi le plus important aujourd’hui est de développer notre plateforme de sorte à donner une expérience personnelle, toujours adaptée à ce que le Liban peut proposer en matière de produits.

Comment voyez-vous l’avenir?
Notre objectif est d’élargir notre communauté du marché au Liban et dans l’ensemble de la région. À court terme, nous allons alimenter davantage notre site en contenus alternatifs créés en lien avec des professionnels. Nous allons développer leurs fiches d’information pour davantage de transparence au niveau de la qualité et des bienfaits. D’ici fin 2019, le site proposera plus de 3 000 références et de nouvelles catégories.

Noémie de Bellaigue

Ces femmes mettent leurs talents culinaires à profit en confectionnant des mets de leurs propres cuisines. Le catering sauce féminine est en plein essor et réinterprète le traditionnel traiteur pour offrir des repas à l’indétrônable saveur du «fait maison».
 

Le traiteur aujourd’hui se démocratise et se modernise pour proposer, livrés à domicile, des plats cuisinés sains et de qualité, en opposition aux plats industriels trouvés dans les supermarchés. Ce service intéresse aussi bien les particuliers ne souhaitant pas passer derrière les fourneaux, par manque de temps ou d’appétence, que les organisateurs d’événements spéciaux. Tous conscients qu’une bonne nourriture est le gage premier de la réussite d’un dîner ou d’une réception. Avec la mode du «fait maison» adoptée par les restaurants ces dernières années, la cuisine familiale retrouve ses lettres de noblesse et se révèle être un terrain de jeu pour l’imaginaire créatif de tout cuisinier. Meilleures ambassadrices de cette cuisine, de plus en plus de femmes proposent de cuisiner pour les autres en créant leur propre concept de restauration. En rendant accessible à tous la générosité de leur coup de fouet, elles partagent hors de leur cercle familial et amical, le petit supplément d’âme d’une cuisine «faite avec amour» avec laquelle nul ne peut rivaliser. Reconversion ou activité parallèle, leur catering est une véritable petite entreprise dont le succès ne se dément pas. Rencontre avec deux d’entre elles qui nous ont ouvert les portes de leurs maisons et ateliers pour nous parler de cette activité à l’importante dimension sociale.

Épanouissement personnel
Dani Helou, exerce le catering en parallèle de sa vie professionnelle dans le management chez Murex Systems. Avec Clou de girofle, elle prépare à partir de chez elle à Louaizé des spécialités qui font son identité: kebbés revisités, maamouls, kaak al-abbas et autres plats traditionnels aussi bien sucrés que salés, sauce Liban avec toujours des produits made in Levant. Huile d’olive, zaatar, miel de Jezzine, feuilles de vignes de Zahlé, fleur de sel d’Enfé, agrumes de Saïda; safran, curcuma, cardamome et tant d’autres épices d’Arabie saoudite. Dani adapte ses spécialités aux célébrations religieuses pratiquées au Liban comme Noël, Pâques, le Ramadan ou encore Achoura. Son attrait pour la cuisine, elle le tient de sa propre maman, nous confie-t-elle. Sa mère chez qui elle a puisé toute sa base culinaire, à laquelle elle apporte sa touche de modernité. Après avoir concocté de nombreux dîners entre amis et maints anniversaires pour ses enfants, elle décide, il y a deux ans, de créer sa propre structure pour élargir la cible des personnes pour lesquelles cuisiner. Ainsi, on fait appel à elle pour des menus enracinés mais relevés d’une bonne dose d’originalité, sé-duisant aussi bien les dîners des particuliers que les réceptions de plus grande envergure.



Entre international et local
Passionnée de cuisine depuis son plus jeune âge, Nicole Gibeily décide, il y a 25 ans, de se former et se forger en la matière en s’initiant auprès de nombreux chefs, au Liban comme ailleurs. Ce qu’elle a appris aux côtés des plus grands, elle le transmet rapidement en donnant elle-même des cours de pratique. Des ateliers dispensés à l’origine pour ses amies qui se sont développés pour compter aujourd’hui une quinzaine de femmes de tout âge lors de chaque séance, à raison de trois fois par semaine, d’octobre à mai. Il y a trois ans, avec l’encouragement de ses proches, elle ouvre sa propre structure de catering à Beit el-Chaar, d’où elle concocte des plats modernes avec une technique toujours actualisée et une grande audace dans les saveurs proposées. Chaque jour de la semaine, elle confectionne aussi des salades santé originales pour une entreprise de nutrition qui livre des repas sains à domicile. Comme Dani, elle est seule derrière son service traiteur et supervise des tablées de l’apéritif au dessert, allant jusqu’à 40 personnes. En assurant la livraison et le service sur place, elle veille à l’esthétique visuelle de ses assiettes jusqu’à leur arrivée sur la table, la présentation détenant une place primordiale dans son travail. À travers une cuisine festive, Nicole fusionne des spécialités du monde entier - italienne, française, asiatique, etc. avec des produits locaux. «Le Liban a des ingrédients magnifiques, rien ne vaut le goût authentique du terroir», nous confie-t-elle. Ainsi, elle n’hésite pas à revisiter un carré d’agneau avec de la truffe noire, des grenades et des pistaches, un osmalieh avec du saumon, un couscous avec du halloum ou encore des cheesecakes avec du amareddine ou du natef… Un large éventail de propositions sans cesse renouvelé: à chaque saison, sa nouvelle collection, ses couleurs et ses saveurs. La cuisine est une source inépuisable d’innovation qu’elle envisage comme un art qui rapproche le tout à chacun et qui abaisse les frontières de l’altérité au profit d’un bon moment partagé.

Noémie de Bellaigue
 

Congestion, désordre, conflit de compétences entre les services de sécurité, fraudes douanières, l’aéroport international de Beyrouth-Rafic Hariri, concentre à lui seul une grande partie des tares du Liban. Enquête sur un site névralgique malade.   
 

Les discussions autour du projet de budget 2019 ont pointé le déficit auquel le Liban doit faire face et la situation alarmante dans laquelle il s’enfonce depuis des mois. Les mesures d’urgence adoptées ont soulevé des vagues de protestation, vu qu’elles touchaient surtout les classes pauvres et moyennes. Le budget est mis sur les rails et seuls les mois à venir diront si ces mesures sont susceptibles de relancer l’économie.
Dans les arguments qu’ils ont soulevés, les protestataires ont appelé à trouver des solutions en dehors de la baisse des salaires et autres services accordés aux fonctionnaires, et à lutter contre la dilapidation des deniers publics, en mettant d’abord fin à la corruption et à la fraude fiscale.
Le rapport de Bank Audi pour la deuxième moitié de 2018 estimait les montants de la fraude fiscale au Liban en 2017 à plus de 5 milliards de dollars, dénonçant certaines évasions fiscales, dont les droits de douane.
Ainsi, des milliards de dollars s’évaporent chaque année, dans les ports et à l’aéroport, sans qu’il soit possible de déterminer les chiffres exacts, vu le volume des évasions annuelles et l’absence de statistiques réelles et d’audit efficace.
Les tentatives d’évasions fiscales à travers l’aéroport de Beyrouth sont nombreuses. Certaines ont été déjouées, d’autres sont passées, faisant perdre au Trésor des sommes considérables. En 2017 par exemple, il a été possible de déjouer une tentative de faire passer une centaine de Smartphones iPhone X après la diminution considérable de leur prix effectif, et en les faisant passer pour des appareils à prix réduits, dans le but d’échapper au paiement de la taxe et des droits douaniers, étant donné que la taxe prévue pour un iPhone X est de 5% de son prix qui s’élève entre 1 200 et 1 300 $, concernant les droits douaniers, et 10% à titre de TVA, soit 18 000 $ du total du prix des 100 appareils. L’importateur comptait payer un montant beaucoup moins élevé en évaluant le prix de l’unité à 400 $. C’est un exemple qu’il faudrait multiplier par 100, voire par 1 000.

Un milliard $ supplémentaire

L’évasion fiscale est responsable d’un important manque à gagner chaque année. Selon les estimations, un contrôle efficace des rentrées de marchandises à travers les ports et l’aéroport pourrait assurer plus d’un milliard de dollars supplémentaire, et aiderait ainsi à alléger le déficit budgétaire.
Le Pr Jassem Ajaka, expert en économie, évalue les sommes perdues pour l’État par les évasions fiscales à plus de 5 milliards de dollars annuellement. Ces pertes ont lieu aux douanes des ports, de l’aéroport et aux frontières, dans les estimations foncières, les compagnies offshore, avec les propriétaires d’immeubles, et la contrebande à travers les frontières avec la Syrie.  
En 2016, selon les estimations de la Banque mondiale, la corruption coûtait annuellement 10 milliards de dollars au Liban, dont 5 milliards directement par le biais des évasions fiscales, et 5 milliards indirectement à travers la fuite des investissements et des opportunités de travail.  
En 2011, on parlait de centaines de transactions et d’opérations sujettes à des manipulations dans les «manifestes» des marchandises importées. Des tonnes de marchandises avaient disparu des hangars des douanes.
De grandes compagnies importent à travers l’aéroport des ordinateurs ou du matériel médical, ainsi que des appareils de haute technologie. Ces marchandises sont normalement détaillées dans les documents qui les accompagnent, et selon lesquels ils sont admis au Liban. Mais certains documents disparaissent ou sont falsifiés, de façon à permettre de larges évasions sur les prix des douanes ou les taxes à payer sur ce genre de produits. Il est parfois même fait état de marchandises introduites au Liban, sans passer par la douane.  
Le transfert du centre des douanes et de transport au nouveau bâtiment de l’aéroport a joué un rôle important dans le contrôle des opérations d’entrées et de sorties de marchandises, en limitant les possibilités d’évasions fiscales.  

Conflit de compétences
En principe, l’aéroport de Beyrouth est placé sous la tutelle du ministère de l’Intérieur et dirigé par le service de la sécurité aéroportuaire. Mais, vu le rôle de tutelle qu’exercent d’autres ministères sur différents organismes de l’aéroport, tel le ministère de la Défense sur l’armée libanaise, le ministère des Travaux publics et des Transports sur le trafic aérien et la Sûreté de l’aviation civile, le ministère des Finances sur les douanes, la situation est plus compliquée, et crée souvent un conflit de compétences. Le plan national pour la sûreté de l’aviation est toujours à l’état de projet. Il préconise la création d’une autorité générale de gestion de l’aviation civile, qui serait placée sous la tutelle du ministère des Travaux publics et des Transports.
Le service de la sécurité aéroportuaire a été créé sur décision du Conseil des ministres, en 1978, par le décret 1540 dont le texte d’application 5137 n’a été émis qu’en 1982. Le chef du service de la sécurité aéroportuaire est nommé par décret. Il peut appartenir soit à l’armée soit aux Forces de sécurité intérieure (FSI). Au cas où il appartiendrait à l’armée, le décret de sa nomination doit être signé par le chef de l’État, le Premier ministre, les ministres de l’Intérieur et de la Défense. S’il vient des rangs des FSI, le décret ne nécessitera pas la signature du ministre de la Défense.
Le général Georges Doumit (grec-orthodoxe) qui occupe cette fonction aujourd’hui, a été nommé par le commandement de l’armée, sur base d’un accord avec le chef de l’État, le Premier ministre et les ministres de l’Intérieur et de la Défense.
Six unités forment le service de sécurité aéroportuaire: le bataillon de défense de l’aéroport (armée libanaise); la police de l’aéroport (FSI); la Sûreté générale; les douanes; les pompiers de l’aéroport et la garde de l’aéroport. En principe, ces unités sont directement rattachées au chef de la sécurité aéroportuaire. Cependant, la police de l’aéroport, la Sûreté générale et les douanes relèvent de leurs propres directions en ce qui concerne la conduite disciplinaire et la logistique.
La police de l’aéroport a pour mission d’assurer la garde du site, de gérer la sécurité et la fouille des bagages et des passagers aux entrées et dans l’enceinte de l’aéroport. Elle réglemente aussi la circulation routière et les stationnements-minutes des véhicules aux entrées de l’aéroport. Quant à la division de la Sûreté générale, elle est directement liée au directeur général de l’institution, le général Abbas Ibrahim, et est chargée du contrôle des passeports, de la vérification de l’identité des voyageurs, de leurs entrées et sorties du territoire libanais, de l’immigration illégale et des visas. Les douanes relèvent de la direction générale des douanes, rattachée au ministère des Finances.
Des conflits survenus dernièrement ont mis la sécurité dans l’enceinte de l’aéroport à rude épreuve. Les voyageurs ont souffert de ce conflit de compétences, surtout que les capacités de l’aéroport sont devenues fort limitées, vu le nombre de passagers annuels qui défilent au Liban.  

Agrandissement de l’aéroport
Ainsi, l’élargissement de l’aéroport de Beyrouth est devenu une urgence. Construit en 1992 pour accueillir 6 millions de passagers annuellement, il a largement dépassé ces capacités depuis 2013 avec plus de 8 millions de passagers annuels, et la perspective d’une augmentation de ce chiffre dans les années à venir. Toutefois, pour certains experts, le problème ne réside pas seulement dans la nécessité d’agrandissement de l’AIB. Avec ces 23 sorties et ses trois pistes d’atterrissage, l’aéroport devrait être en mesure d’accueillir autour de 10 millions de passagers s’il est bien organisé.
La Commission parlementaire des Travaux publics, des Transports, de l’Energie et de l’Eau avait conseillé durant sa réunion en avril 2018 de prendre certaines mesures, dont la plus importante est la mise en œuvre de la loi no 481/2002 concernant le secteur de l’aviation civile, qui stipule la création du conseil d’administration de l’Autorité générale de l’aviation civile. Elle préconise en outre d’investir dans les ressources humaines afin de former des cadres capables de gérer diverses infrastructures dans le secteur des transports, et recommande l’élaboration d’une stratégie pour le secteur basée sur la compétitivité locale et les changements particuliers dans les pays voisins. Enfin, le texte envisage de lier cette stratégie aux projets futurs d’autres systèmes de transport, tout en protégeant les droits des opérateurs et des investisseurs et en contrôlant le processus de concurrence loyale.
Le nouvel aéroport de Beyrouth, qui est en chantier depuis des semaines, sera prêt dès le mois de juin. Le gouvernement avait approuvé une somme de 18 millions de dollars pour l’agrandissement du site. Des travaux de réaménagement de certains espaces peu exploités afin de développer la capacité d’accueil ont été entrepris depuis le mois de février dernier.
La première phase du plan proposé par le cabinet d’architecture Dar el-Handasah pour 200 millions de dollars afin de porter les capacités de l’aéroport à 10 millions de passagers vise à moderniser les structures existantes. La deuxième phase prévoit la construction d’une nouvelle aile aéroportuaire avec la réhabilitation des structures dont le centre des douanes et des services cargos.
La MEA a proposé, pour un coût de 60 millions de dollars, des améliorations sécuritaires et des mises à jour des structures actuelles dont l’installation de nouveaux systèmes d’automatisation des atterrissages ou
des pistes.
L’expansion de l’aéroport de Beyrouth a fait l’objet d’un des projets présentés à la conférence CEDRE. Ce plan prévoit la construction de hangars supplémentaires, avec de nouvelles techniques pour les chariots et les points de sécurité pour un coût de 500 millions de dollars, dans le cadre d’une première phase d’un plan à long terme visant à augmenter la capacité d’accueil de l’aéroport à 20 millions de voyageurs par an.

Arlette Kassas

Depuis leur installation en 2007 à Bagdad, Erbil et Bassora, les banques libanaises se sont battues sur un marché complexe. D’ici fin 2015, elles auront une nouvelle échéance à honorer.

Sur un plan organisationnel, laBanque centrale irakienne a décidé de relever les capitaux propres des branches des banques étrangères installées en Irak à 70 millions de dollars. Cette décision respectée, les banques sont autorisées à ouvrir autant de branches qu’elles le souhaitent. D’après certains experts, la nouvelle réglementation portant le No 9/3/288 du 16 octobre 2014 viserait à encourager l’activité des banques étrangères en Irak et, par la suite, à pousser les banques locales à réaliser de meilleures performances au nom de la concurrence. Les banques libanaises, qui ont accueilli favorablement la possibilité d’ouvrir de nouvelles branches, se sont montrées plus réservées quant au montant de la capitalisation requis et au délai de se conformer à la nouvelle directive expirant pour les banques étrangères fin 2015, alors que ce délai est de trois ans pour les banques locales. La date butoir de la fin 2015 a été qualifiée de courte. Parallèlement, les financiers ont considéré avec scepticisme les dispositions de la Banque centrale irakienne selon lesquelles la capitalisation des banques étrangères doit représenter 30% de celle des banques locales. Ce qui signifie, dans la pratique, qu’à chaque fois qu’il sera demandé aux banques locales de relever leurs capitaux propres, il en sera de même pour les banques étrangères dans une proportion de 30%.

 

Marché compliqué
Le parcours des banques libanaises en Irak a débuté en 2007, sachant que la loi concernant les banques irakiennes n’a été promulguée qu’en 2003. Sur le marché irakien, on dénombre aujourd’hui la présence de multiples branches appartenant à neuf banques libanaises, et un bureau de représentation, répartis entre Bagdad, Bassora et Erbil. Il s’agit de Byblos Bank, Intercontinental Bank, la Banque Libano-Française, Bankmed, Bank of Beirut & Arab Countries, le Crédit libanais, Fransabank, Blom Bank et Middle East & Africa Bank, alors que Beirut Bank a ouvert un bureau de représentation et que Audi Bank est en passe d’inaugurer des branches notamment à Najaf et Souleimaniyé, en plus de branches à Bagdad, Bassora et Erbil. Les conditions de travail en Irak rendent l’activité bancaire difficile à gérer vu les limites des autorités monétaires en termes de compétences humaines et techniques. La faiblesse de la culture bancaire de la clientèle n’arrange pas les choses. Aujourd’hui donc, l’activité des établissements bancaires en Irak se concentre sur l’ouverture de crédits documentaires aux agents sans toutefois l’octroi de prêts. L’inexistence d’une centrale des risques et d’un registre de commerce rend l’obtention de toute information financière et économique concernant le client quasiment impossible. A ceci s’ajoute l’interdiction pour les banques de procéder à des hypothèques immobilières, celles-ci n’étant pas autorisées à posséder des propriétés. En parallèle, suivant les données de l’Agence américaine pour le développement, il est fort probable qu’une grande partie des Irakiens n’a pas de comptes bancaires. Par conséquent, le ratio des prêts bancaires rapportés au PIB est l’un des plus faibles dans le monde, ce ratio ne dépassant pas 9%, alors que la moyenne dans les pays de la région Mena s’articule autour de 55%. Aussi l’absence d’un mécanisme de domiciliation des salaires est de nature à freiner le développement des prêts individuels.

 

PAGES RÉALISÉES PAR LILIANE MOKBEL

Mercredi, 17 Décembre 2014 02:59

Moyen-Orient

Asie centrale  
IDB Finance implante des cliniques mobiles

Islamic Development Bank (IDB), basée à Jeddah, et le Kirghizstan ont signé un accord en vertu duquel la banque islamique s’est engagée à assurer le financement de cinq cliniques mobiles consacrées aux soins médicaux. Ces cliniques seraient déployées dans les zones rurales en Asie centrale. Le projet de la clinique mobile au Kirghizstan s’inscrit dans le cadre du programme d’un coût de 266,5 millions de dollars financé par le royaume wahhabite et exécuté par l’IDB. Ce programme consiste à implanter 75 cliniques mobiles dans plusieurs pays islamiques à savoir, outre le Kirghizstan, le Pakistan, le Tadjikistan, l’Afghanistan et le Yémen. Les cliniques mobiles offriraient une panoplie de services dont des soins médicaux généralistes, la radioscopie et la mise à niveau du personnel médical.          

Budget
Huit nouveaux ministres en Arabie saoudite

Le roi Abdallah d’Arabie saoudite a nommé par décret royal huit ministres pour s’occuper de la restructuration des contentieux relevant des ministères de la Santé, de l’Enseignement supérieur, du Transport, de l’Agriculture, de l’Information et des Affaires islamiques. Parallèlement, les ministères jugés d’une importance prioritaire n’ont pas subi de changement au niveau de leurs responsables, à savoir ceux des Finances, du Pétrole, de l’Intérieur, des Affaires étrangères et de la Défense. Les dispositions du décret royal étaient concises, soulignant que la restructuration concernerait le budget de 2015 sans autres précisions. De toute évidence, la restructuration devrait anticiper la baisse attendue des revenus du royaume provenant de l’exportation du pétrole. Le prix du baril de pétrole a reculé ces derniers mois à son niveau le plus bas depuis quatre ans.

Mercredi, 17 Décembre 2014 02:54

Indices

Eau
Une part importante des aides

Selon la dernière lettre d’information du ministère des Finances portant sur les aides internationales au Liban, le secteur de l’eau a accaparé une part substantielle de celles-ci pendant les mois de juillet et d’août 2014. En juillet, le pays a obtenu une assistance globale de l’ordre de 8,39 millions de dollars pour l’amélioration de l’alimentation en eau dans ses différentes régions notamment au Akkar (1,73 million de dollars) et dans la Békaa. En août, le gouvernement libanais a signé deux accords de prêts avec la Banque mondiale d’un montant de 474 millions de dollars consacrés à l’augmentation de l’approvisionnement en eau de Beyrouth et du Mont-Liban. Le montant de ces accords est réparti comme suit: 319 millions de dollars alloués à la construction des installations, alors que 155 millions seraient réservés aux expropriations.

Filiales syriennes
Résultats encore dans le vert

Les filiales syriennes des banques libanaises ont enregistré une baisse des profits combinés de l’ordre de 6,32% à fin septembre 2014 sur un an. Néanmoins, leurs résultats financiers sont restés dans le vert, continuant à dégager des bénéfices de l’ordre de 62,18 millions de dollars (sur base de la valeur de change de la livre syrienne contre le dollar au 9e mois de septembre 2014).
Les filiales syriennes ont enregistré sur la période couverte les résultats suivants: Bank Audi Syria (15,64 millions de dollars), Bank of Syria & Overseas (8,34 millions de dollars), Byblos Bank Syria (3,87 millions de dollars), Bemo Bank Saudi Fransi (14,82 millions de dollars), Sharq Bank (5,25 millions de dollars), Fransabank Syria (18,14 millions de dollars) et Syria Gulf Bank (pertes 3,88 millions de dollars).

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Éditorial
L’inacceptable dictaturedes agences de notation

Le gouvernement avait à peine approuvé le projet de budget 2019 que l’agence de notation internationale Standard & Poor’s (S&P) se fendait d’un commentaire négatif, expédié sous forme de mail. Signé par Zahabia Salim Gupta, analyste chargée du Liban à S&P, le communiqué estime que l’objectif de réduction de déficit public annoncé par le gouvernement libanais pourrait ne pas suffire à redonner confiance aux investisseurs. «Nous estimons que le déficit atteindra environ 10% du PIB en 2019 (…) En l’absence de mesures substantielles pour augmenter les recettes de l’État et réduire ses dépenses, nous tablons sur une augmentation du ratio dette/PIB, qui atteindra un seuil de 160% en 2022», a notamment affirmé Zahabia Salim Gupta.Ce jugement précipité – de l’avis des plus éminents experts économiques libanais – qui donne un mauvais signal à la communauté des affaires, aux investisseurs et aux citoyens libanais, suscite de nombreuses interrogations de par son timing et ses objectifs réels. Pour quelqu’un qui brandit l’argument de la «confiance», Mme Gupta n’a pas l’air très soucieuse d’aider à la rétablir. Sauf si son véritable but est justement de procéder à un travail de sape de ce qu’il reste de confiance dans l’économie libanaise et dans sa capacité à se redresser.En lisant ces lignes, certains nous accuseront de voir des complots partout. Libre à eux de se complaire dans leur naïveté et de continuer à prendre pour parole d’Evangile ce qui est émis par ces sacro-saintes institutions internationales. Libre à eux, aussi, de ne pas douter des compétences de ces experts et de refuser de leur attribuer des intentions douteuses.Pour notre part, nous gardons en mémoire les graves dysfonctionnements des agences de notations qui se sont lourdement trompées à plusieurs reprises ou qui ont failli au rôle de régulateur qui leur a été conféré, sans qu’elles ne le méritent réellement.L’incapacité des grandes agences à anticiper la crise des subprimes aux Etats-Unis, en 2007-2008, a soulevé de nombreuses interrogations non seulement quant à leurs réelles compétences et à leur efficacité mais aussi au sujet de leur code d’éthique et de leur échelle de valeur. Ceux-ci semblent essentiellement guidés par la profitabilité.Concernant Standard & Poor’s, nous rappelons à ceux qui s’émerveillent devant ses jugements, que cette agence, comme toutes les autres d’ailleurs, collectionnent les prestations douteuses. L’agence a été publiquement sanctionnée en juin 2014 par l’Autorité européenne de surveillance des agences de notation pour avoir «par erreur» annoncé une dégradation de la note de la France en 2011.En 2015, la Securities and Exchange Commission (SEC) aux Etats-Unis a décidé de bannir pour un an Standard & Poor’s de l’un des marchés d’émission de dette les plus lucratifs, celui de l’immobilier commercial. Cette sanction, assortie d’une amende de 60 millions de dollars, a été prise car S&P a émis des notes trop complaisantes sur des obligations intégrant des prêts hypothécaires subprimes ayant alimenté la crise financière.Même le Sénat américain avait révélé dans un rapport que Moody’s et Standard & Poor’s avaient eu des comportements éthiques discutables et condamnables.La liste des couacs est longue mais nous en resterons là. Nous préférons accorder la primauté aux experts libanais, reconnus dans le monde entier pour leurs compétences, plutôt qu’à des «analystes» aux sombres desseins. Ce sont les Libanais que nous écouterons. Qui a dit que nul n’est prophète en son pays?  


 Paul Khalifeh
   

Santé

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