Magazine Le Mensuel

Nº 2872 du vendredi 23 novembre 2012

ACTUALITIÉS

Entre Copé et Fillon. Querelle d’egos électoraux

Dimanche 18 novembre, les militants de l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP) choisissaient leur nouveau président. Six mois après la défaite présidentielle de Nicolas Sarkozy, les quelque 300000 électeurs appelés aux urnes ont désigné Jean-François Copé. Au terme d’un gigantesque cafouillage qui faisait peine à voir.

Ça y est, c’est fait, Copé est élu. Après vingt-quatre heures de flou. Après le énième recomptage. 98 voix lui permettent de devancer son rival. Autant dire un écart aussi faible que la différence idéologique entre les deux candidats. Ce dimanche, on votait pour un homme et pour rien d’autre. D’ailleurs, en politique, moins il y a d’idées, plus il y a de coups. Ce qui n’était certainement pas bon signe. Que les socialistes doivent être contents. Eux qui commençaient à souffrir des lumières du pouvoir, voient désormais les projecteurs médiatiques aveugler l’opposition UMP.  Depuis dimanche, la France n’avait d’yeux que pour elle et sa triste querelle d’égos électoraux.  

Fraudes et quolibets
De la campagne, on ne retiendra pas grand-chose si ce n’est la jambe cassée de François Fillon et le pain au chocolat de Jean-François Copé (Dans plusieurs meetings et dans son livre, J.F Copé raconte l’histoire d’un enfant qui se fait voler son pain au chocolat pendant le ramadan). A l’approche du scrutin, les quolibets ont fusé, toutefois rien de très profond, rien de très constructif. Avant dimanche, le jour du vote, les instituts de sondage donnaient François Fillon vainqueur.  On sait pourtant que ces études lors d’élections internes sont peu précises en raison de la difficulté des enquêteurs à déterminer des panels représentatifs de futurs électeurs. En dépit de ces chiffres, les premiers résultats témoignaient d’une élection extrêmement serrée. A quelques minutes d’intervalle, les deux hommes annonçaient leur victoire devant leurs partisans. Ce scénario «à la Gbagbo» clôturait tristement une journée riche en accusations de fraudes et en critiques sur l’organisation. A Nice par exemple, 1178 bulletins ont été comptés pour 590 signatures. La commission interne chargée de la supervision du vote terminait ses travaux peu avant quatre heures du matin. Sans vainqueur désigné. Le lendemain, alors qu’aucun gagnant n’était encore proclamé, les petites phrases s’amoncelaient. On retiendra Ségolène Royal, dont la candidature à la direction du parti socialiste avait été rejetée à l’issue d’un scrutin du même type en 2008: «Ça me rappelle des choses, c’est toujours plus facile d’arranger les résultats quand on tient les rênes de l’appareil» et Florian Philippot, le vice-président du Front national qui, lui, «hésite entre Dallas et le théâtre du Guignol». Steven Briois, le secrétaire du Front national, rebaptisait l’UMP en «Union des mauvais perdants».

Un président, finalement
Après maintes vérifications et une très courte nuit, la commission de contrôle des opérations électorales de l’UMP (CoCOE) a prononcé son verdict. A la sobre pudeur de François Fillon, a été préférée la verve militante de Jean-François Copé. Qu’importe si le premier jouit d’une popularité bien supérieure au second dans l’opinion publique française, ce sont les militants de droite qui votent. Après cinq années de pouvoir dans l’ombre de son mentor Nicolas Sarkozy, l’ancien Premier ministre était peut-être usé. D’aucuns lui ont reproché de ne pas avoir pris de recul sur la vie politique après la défaite du printemps dernier. Aux yeux des militants, le député-maire de Meaux (est parisien) apporte une énergie nouvelle. Sa victoire valide sa stratégie de campagne calquée sur le dernier Sarkozy. Les paroles d’exaltation républicaine et la critique de l’immigration rapportent décidément gros en termes d’électorat, même à l’UMP, où le credo libéral européiste n’est plus contesté. Copé, radieux, remerciait son camp, appelait à l’unité et tendait la main aux fillonistes. L’ancien Premier ministre, tout en soulignant «de nombreuses irrégularités», a reconnu les résultats. Mais il constate une réelle «fracture morale et politique» au sein de l’UMP. Les querelles d’egos laisseront des traces. Il faut dire que si les deux avaient mis tant de hargne et d’énergie dans la bataille, c’est parce qu’ils savaient clairement que la direction du parti offrait  un sérieux avantage en vue de l’obtention de l’investiture UMP pour les prochaines présidentielles.
On verra au cours des prochaines semaines si la cicatrisation de ces élections s’effectue ou non. Le sort de l’UMP en dépend.

Morcellement de l’UMP?
Copé ou Fillon, Fillon ou Copé, on a beau les retourner dans tous les sens, cela ne fait guère de différence. Entre l’ancien Premier ministre et le président en exercice de l’UMP, bien malin qui pourra glisser un papier à cigarette idéologique entre les deux. La présidente du Front national, Marine Le Pen, l’exprime à sa manière: «François Fillon est de centre gauche et il le dit, alors que Jean-François Copé fait semblant de ne pas en être». Florian Philippot se réjouissait d’assister au «crash de l’UMP».
Crash de l’UMP vraiment? Souvenons-nous que le Parti socialiste aujourd’hui au pouvoir, avait été confronté à la même situation en 2008 et était donné pour mort. Résultat, il a remporté tous les scrutins locaux et nationaux depuis. La gauche et la droite ont pris depuis quelques années la fâcheuse habitude d’agir de la même façon. Comme si elles n’étaient plus maîtresses de rien. Et les Français s’en rendent compte de plus en plus, ce qui les éloigne de la politique et accentue la crise. A titre d’exemple, l’immigration chère à Copé est condamnée à être un sujet de débat plus que d’action parce que c’est l’Union européenne qui gère cette prérogative. Mais le contexte de crise qui va perdurer peut faire voler en éclats un paquet de certitudes, y compris celles qui concernent l’Europe, et remodeler la scène politique.
En attendant, Nicolas Sarkozy, sur le retour duquel on spécule en cas de divisions à droite, est en voyage en Russie chez Vladimir Poutine. Mais à quoi pensait-il donc en se rasant ce matin? (Avant 2007, à un journaliste qui lui demandait s’il pensait aux présidentielles, au moins en se rasant le matin, Nicolas Sarkozy avait répondu «Pas simplement quand je me rase»).

 

Antoine Wénisch

Portrait d’un ambitieux
Né en 1964 en France d’une mère originaire d’Algérie et d’un père d’origine juive roumaine, Jean-François Copé se voit rapidement un destin politique ambitieux. On lui prête cette phrase restée célèbre: «député à 30 ans, ministre à 40 ans, Premier ministre à 50 ans et après on verra». Pour l’instant, il est dans les temps. Sciences Po, l’ENA, la Caisse des dépôts, puis directeur de cabinet dès 1993. Il gravit rapidement les marches du pouvoir. Loin des «beaux quartiers parisiens» où il habite, Copé fait de la Seine-et-Marne et de Meaux son fief. Il y est élu maire depuis 1995 et député de 1995 à 1997, puis de 2002 à aujourd’hui. Après quelques expériences de professeur d’économie à Sciences Po et à Paris VIII ou dans le conseil de surveillance de Dexia, il fonde son club politique personnel, «Génération France», en 2006, alors qu’il est ministre du Budget sous Raffarin. Ce groupe constitue sa base de réflexion sur le vivre-ensemble, l’identité et le pacte républicain. Il exerce à mi-temps son nouveau métier d’avocat chez Gide Loyrette Nouel, un des cabinets d’avocats les plus importants de France. Il le quitte cependant lorsqu’il devient secrétaire général de l’UMP en 2010.

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