Magazine Le Mensuel

Nº 2875 du vendredi 14 décembre 2012

general

A quelques jours de Noël. Jésus né… avant J.-C.?

Dans le troisième tome de son enquête sur la naissance de Jésus de Nazareth, paru à la fin du mois de novembre, Benoît XVI remet en cause l’année de naissance du Christ. Selon lui, nous serions donc déjà… en 2019. Explications.

Avec ce dernier opus sobrement baptisé L’enfance de Jésus, le pape Benoît XVI clôture une trilogie entamée il y a neuf ans, avec la parution, en 2007 et 2011, Du baptême à la transfiguration, puis De l’entrée à Jérusalem à la résurrection.
Au fil de 176 pages, signées du nom de Joseph Ratzinger Benoît XVI, le pape s’exprime davantage en tant que théologien qu’en chef de l’Eglise. Et en tout cas, les informations que l’ouvrage contient intéresseront les chrétiens, comme les historiens.
A quelques jours de Noël, le pape remet en cause l’année historique de naissance du Christ. En tant que théologien donc, il évoque l’erreur des calculs qui ont déterminé, jusqu’à présent, l’année de naissance de Jésus, il y a 2012 ans.
«Le commencement de notre calcul du temps – la détermination de la naissance de Jésus – remonte au moine Dionysius Exiguus (mort vers 550), qui, dans ses calculs, s’est à l’évidence trompé de quelques années», affirme le pape. «La date historique de la naissance de Jésus est donc à fixer quelques années auparavant», poursuit-il.
Rien de bien grave, toutefois, dans cette erreur de calcul, puisqu’il s’agirait d’un écart de «six ou sept années», selon Benoît XVI. Pour établir cette nouvelle année de naissance, le pape se base sur un autre calcul lié à l’astronome Kepler. Abordant la question de la fameuse étoile de David qui aurait guidé les Rois mages vers la grotte de Bethléem, la possibilité d’erreur pourrait être aussi de «quatre années», en se basant sur les tables chronologiques chinoises.
Si l’enquête de Benoît XVI – et de nombreux autres experts et historiens avant lui – est vraie, nous serions donc non pas en 2012, mais en 2019.
Bien évidemment, l’ouvrage du pape ne se borne pas à cette simple remise en question de l’année de naissance de Jésus, qui, au final, est plutôt anecdotique.
Dans son œuvre en effet, Benoît XVI souhaite avant tout concilier le Jésus historique et le Jésus de la foi. Les deux premiers tomes de sa trilogie avaient par exemple permis au pape de condamner la violence commise au nom de Dieu et exonéré les juifs de la responsabilité de la mort du Christ. Ici, il réaffirme la doctrine de la naissance virginale de Jésus comme élément fondamental de la foi chrétienne.
Dans une première phase historique, Benoît XVI s’interroge sur ce qu’ont voulu dire, à l’époque, les auteurs des textes bibliques, saint Luc et saint Matthieu. Selon lui, les deux récits de la naissance de Jésus, s’ils sont différents, ont pour point commun de le présenter comme «très réellement né de la Vierge Marie par l’opération du Saint-Esprit». Auparavant, le pape s’est posé la question de savoir s’il s’agit d’«un mythe ou d’une vérité historique», repoussant la comparaison qui a pu être faite par le passé avec la génération divine des pharaons. Le pape tranche, arguant que la comparaison ne tient pas, car les récits de Matthieu et de Luc n’évoquent aucun tournant cosmique, ne disent «rien à propos de contacts physiques entre Dieu et les hommes». «C’est l’obéissance de Marie qui ouvre la porte à Dieu», écrit Ratzinger.
Il questionne aussi le lieu de naissance de Jésus, en s’en tenant aux textes. Le Christ est-il né à Nazareth ou à Bethléem? «Je ne vois pas comment de véritables sources peuvent soutenir une telle théorie», dit le pape, alors que «les deux lignes différentes de tradition concordent sur l’information que le lieu de naissance de Jésus était Bethléem». Plus loin, Joseph Ratzinger se montre également peu convaincu par les théories qui remettent en cause la réalité historique de la fuite en Egypte.
Son ouvrage s’achève avec un épilogue consacré à l’épisode de Jésus au Temple, à douze ans. Là, il avertit l’exégète, en lui rappelant l’humilité nécessaire à tout chrétien. Autrement dit, de ne pas réduire les paroles de Jésus à la question concernant ce dont nous pouvons «le croire capable». Une bonne méditation à quelques jours de Noël.

Jenny Saleh
 

L’enfance de Jésus (éditions Flammarion).

Aucun texte chrétien ne précise le jour exact de la naissance de Jésus. C’est en fait à partir du IIIe siècle que certaines communautés cherchent à situer dans l’année la date de naissance du Christ. Au IVe siècle, le 25 décembre est choisi comme date, principalement dans le but de la substituer aux fêtes païennes qui étaient d’usage à l’époque, comme la fête de la renaissance du Sol Invictus, le solstice d’hiver et les saturnales romaines, qui avaient lieu à cette date. Seule l’Eglise apostolique arménienne conserve la date précise du 6 janvier.

 

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