Magazine Le Mensuel

Nº 2928 du vendredi 20 décembre 2013

general

Saïda, Békaa. La génération Qalamoun

A Saïda et à Sbouba, les attentats perpétrés contre l’Armée libanaise et le Hezbollah ont mis en lumière une nouvelle génération de soldats kamikazes embrigadée par les nouveaux gourous de la nébuleuse islamique et prête à se sacrifier pour faire plier l’ennemi.
 

A Saïda, Ahmad el-Assir n’est jamais vraiment parti. L’avancée du Hezbollah en Syrie a donné encore plus de prise au discours radical qu’il a porté. Malgré son silence médiatique, ses sympathisants des faubourgs défavorisés de Saïda et des camps palestiniens environnants fructifient son héritage. Son réseau fonctionne encore et ses combattants continuent à se rendre en Syrie. La bataille symbolique de Qoussair, son dernier cheval de bataille avéré, a fait place à la guerre stratégique du Qalamoun. Pour ses héritiers, plus que jamais, le combat doit se poursuivre par tous les moyens. Il y a trois semaines, le commandement de l’Armée libanaise à Saïda a pris connaissance d’informations inquiétantes. Selon elles, les miliciens de l’ex-imam de la mosquée, Bilal Ben Rabah, auraient mis sur pied plusieurs équipes de kamikazes, prêtes à être lancées contre des cibles militaires. Objectif, venger la figure tutélaire, mise en fuite par l’armée lors de la bataille de Abra, au 24 juin dernier. L’armée prend ses dispositions. Plusieurs barrages sont alors installés sur les grands axes de la ville.   
 

Le sang de la vengeance
Dimanche soir, aux alentours de 21h15, trois individus abordent à pied l’un de ces barrages, au niveau du pont du fleuve Awali. Leur comportement est suspect. Posté à quelques pas d’eux, un soldat les somme de s’arrêter et de présenter leurs papiers. L’un n’obtempère pas et continue d’avancer. Il plonge son bras dans l’une de ses poches et en sort une grenade qu’il brandit comme s’il s’apprêtait à la lancer. Le soldat tire alors dans sa direction, mais la grenade explose. Son porteur est tué sur le coup. Deux militaires sont touchés par la déflagration. Sur le corps du jihadiste, les soldats trouvent une autre grenade qui est aussitôt désamorcée ainsi que des dollars américains et des livres syriennes. Les enquêteurs pensent que le kamikaze serait un ressortissant d’un pays du Golfe.
Bahaëddine Mohammad Sayyed et son compère, qui accompagnaient le détenteur de la charge, ont réussi à prendre la fuite. Ils regagnent leur Envoy bleu marine et quittent les lieux. Sur leur route, ils embarquent le dénommé Mohammad Jamil Zarif et se dirigent vers le carrefour de Majdelyoun-Bkessta. Il est à peine 21h45 lorsqu’ils voient un autre barrage, monté par l’armée après l’attentat que leur compère venait de commettre une demi-heure plus tôt. Les trois hommes ne cherchent pas à échapper aux soldats. Ils sont en fait leurs cibles. Ils s’arrêtent. Les soldats demandent à fouiller la voiture. Brusquement, Sayyed en sort et se rapproche du sergent Samer Rizk. Il le prend alors dans ses bras et fait exploser sa grenade. Les deux hommes meurent sur le coup. En réaction, les soldats tirent sur les deux autres passagers qui tombent sous les balles.

 

Les enragés de l’islamisme
En l’espace d’une demi-heure, quatre kamikazes périssent, emportant avec eux un soldat de l’Armée libanaise et blessant six autres. Le bilan aurait pu être beaucoup plus lourd. Qui sont ces hommes qui ont sacrifié leur vie pour venger Assir?
Dans le 4×4, les enquêteurs mettent la main sur une ceinture d’explosifs accolés à des boulons de ferraille, liés entre eux par des fusibles reliés à un détonateur, prêts à servir. Seront également découverts vingt-trois autres détonateurs, trois grenades défensives et du matériel électrique. Un véritable arsenal de kamikazes qui en dit long sur le pedigree des assaillants.
Bahaëddine Mohammad Sayyed, alias Abi Hourayra, est marié à la nièce d’un membre influent de la nébuleuse islamiste implantée au Liban, Oussam Chahabi, qui travaille pour le compte de Fateh al-islam et de Jund al-Cham dans le camp de Aïn el-Heloué. C’est aujourd’hui l’un des hommes forts des brigades Abdallah Azzam, dirigées par Abou Mohammad Toufic Taha, qui avait pris part en son temps à la bataille de Abra. Le deuxième passager détenait une carte d’identité portant le nom d’Ibrahim el-Mir, né à Mazraa. Or, après recherche, il s’est avéré qu’elle était fausse. Il ne serait pas libanais.
Mais la personne qui intéresse le plus les enquêteurs est sans doute le jeune Mohammad Zarif, alias Abou Obeyda, beau-frère de Bahaëddine Sayyed et proche d’Ahmad el-Assir. Agé de 25 ans, il est soupçonné d’avoir également participé aux batailles contre l’armée à Abra. Mais son nom est lié à une autre affaire. Sur Internet, les services d’enquête trouvent une photo prise, il y a quelques mois, sur l’une des plages de Saïda sur laquelle il était en compagnie d’une vingtaine de jeunes, membres de groupuscules islamistes palestiniens et de l’armée d’Ahmad el-Assir. Sur cette photo, Zarif apparaît au côté d’un autre jeune homme, Mouïn Abou Dahr, un des kamikazes qui s’est fait sauter à l’ambassade d’Iran, le 19 novembre dernier. Mardi matin, leur volonté était sans doute de le frapper de l’intérieur. 

 

Le Hezbollah ciblé
Dans le village de Sbouba, à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Laboué, situé sur la route qui relie Baalbeck au Hermel (voir encadré), un poste militaire du Hezbollah sert de base de communication aux forces combattantes en Syrie. Ersal et la région du Qalamoun ne sont qu’à une trentaine de kilomètres à l’est. Jusqu’à présent, les voitures piégées n’étaient jamais entrées autant en profondeur dans la forteresse sécuritaire du parti dans la Békaa. A l’heure où ces lignes sont écrites, on sait encore peu de chose sur ce qui s’est passé. A 2h50 du matin, une forte explosion est entendue, puis vingt minutes de rafales de mitraillette. Les témoins expliquent que le Hezbollah a rapidement mis en place un cordon de sécurité.
Sur les lieux de l’attaque, dans la vallée jaunie par le passage de la neige que traverse la route Sbouba-Nabi Moussa, les carcasses de quatre véhicules, dont une ambulance, sont abandonnées. Que s’est-il passé? Les sources proches du Hezbollah expliquent qu’un 4×4 Grand Cherokee, stationné près du poste du parti, a explosé quand des membres du parti se sont approchés de lui. Ces sources indiquent que le véhicule était chargé d’une bombe de 60 kilos et que l’explosion a créé un cratère de trois mètres de diamètre. Des membres du Hezbollah se seraient alors précipités et ont commencé à tirer en pensant que les autres membres du parti étaient tombés dans une embuscade, avant de secourir les blessés. L’Agence nationale d’informations (ANI) explique, de son côté, que la voiture piégée était une BMW 525i, d’autres parlent d’une Kia. Pour le bilan, le parti fait état de blessés graves. Il n’y aurait ainsi aucune victime à déplorer.
Revoilà le Hezbollah dans l’œil du cyclone alors que pèse désormais une nouvelle menace qui fait craindre une «irakisation» du pays.

Julien Abi Ramia   

Roquettes sur le Hermel
Quelques heures après l’attentat de Sbouba, en fin d’après-midi, six roquettes «en provenance de Syrie» se sont abattues sur la ville du 
Hermel, également dans la Békaa, faisant quatre blessés, selon une source de sécurité citée par l’AFP qui a fait état de deux civils blessés. «Une des roquettes s’est abattue sur une caserne de l’Armée libanaise et une autre sur une zone 
résidentielle». L’armée, de son côté, a indiqué que deux soldats avaient été blessés lorsque l’une des roquettes était tombée sur une caserne. Les tirs ont été revendiqués par un groupe rebelle syrien se faisant appeler Brigade Marwan Hadid, du nom d’un ancien membre des Frères musulmans, mort en prison, en 1976. Le communiqué affirme que l’opération a été menée conjointement avec les jihadistes du Front al-Nosra au Liban.

 

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