Magazine Le Mensuel

Nº 2949 du vendredi 16 mai 2014

Confidences Moyen-Orient

Confidences Moyen-Orient

Talabani n’a pas dit son dernier mot
Alors que le président de la province du Kurdistan, Massoud Barzani, vient d’enfoncer un poignard dans le dos du président irakien Jalal Talabani, en s’alliant au Mouvement pour le changement, le chef de l’Etat, même malade, semble n’avoir pas perdu ses capacités de manœuvrier. Il a ainsi riposté en demandant à ses proches d’entrer en contact avec le Premier ministre irakien Nouri el-Maliki, ennemi juré de Barzani, qui cherche désespérément des alliés sur la scène politique. Or, le clan anti-Maliki pensait avoir réussi à le mettre hors jeu. C’était sans compter sur son habilité politique et sa soif du pouvoir, qui pourraient en fin de compte lui permettre d’être reconduit pour un troisième mandat consécutif à la tête du gouvernement. Entre-temps, Barzani proteste contre Talabani, qu’il accuse de diviser et d’affaiblir la position kurde.   

  

Les journaux reviennent à Gaza
Quelques jours après la signature de l’accord entre les mouvements palestiniens Hamas et Fateh, les habitants de la bande de Gaza ont été agréablement surpris d’apprendre que plusieurs journaux arabes, jusqu’alors bannis par les islamistes, étaient à nouveau disponibles dans les kiosques. En tête du peloton, le journal al-Quds, considéré proche du Fateh, est désormais accessible, pour la première fois depuis sept ans dans la bande. Ce geste symbolique a encouragé les journalistes indépendants, œuvrant sur le terrain, à exiger de pouvoir exercer leur travail à nouveau, sans craindre la prison.    

Samba Thiam président du Flam, principal mouvement mauritanien de la minorité noire, a franchi un pas en exigeant que son «peuple» jouisse d’une zone autonome. A l’occasion du 31e  anniversaire de la création de son mouvement, il a affirmé que c’était la seule voie possible, les Arabes au pouvoir ne voulant rien entendre et continuent à traiter les Noirs comme des citoyens de second degré, alors que plusieurs centaines de milliers d’entre eux sont toujours considérés esclaves. Une situation inacceptable en 2014!     

Robert Ford ancien ambassadeur des Etats-Unis à Damas, a raté sa chance d’être nommé représentant de Washington au Caire. Ce poste a, apparemment, été réservé à l’ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad Robert Beecroft. Pourtant, le président Barack Obama et le secrétaire d’Etat John Kerry n’avaient manqué aucune occasion d’affirmer publiquement leur confiance en Ford, qui a été rappelé de Syrie, quelques mois après l’éclatement de la révolte populaire. La raison de son exclusion serait l’opposition affichée par les responsables égyptiens qui lui en veulent pour les liens privilégiés qu’il maintient avec plusieurs mouvements islamiques dans la région, notamment celui des Frères musulmans. Les deux capitales, qui tentent d’oublier les malentendus qui ont entaché leur relation tout au long de l’année dernière, ont ainsi préféré écarter Ford qui pourrait être la source de nouveaux problèmes.         

En pointillé…
La décision de la justice tunisienne de remettre en liberté le dernier ministre de l’Intérieur de l’ère Ben Ali, Rafik Haj Kacem, a provoqué des ondes de choc à Carthage, l’homme ayant été accusé d’avoir ordonné à la police de tirer sur les manifestants. Mais, après avoir purgé une peine de trois ans, il n’y a aucune raison pour le maintenir derrière les barreaux, malgré les protestations des proches du mouvement Ennahda. Les observateurs à Tunis attendent avec impatience les confidences et les déclarations qui seront faites par Kacem, aujourd’hui âgé de 65 ans, qui a vécu de près les dernières heures du dictateur déchu, avant que ce dernier ne prenne la fuite, le 12 janvier 2011, pour l’Arabie saoudite en compagnie de sa famille.

Iran: les faucons à l’assaut
L’élection en Iran du président réformateur, Hassan Rohani, avait créé une vague d’espoir dans la République islamique et dans la région, et avait forcé ses détracteurs proches du camp conservateur à se replier. Mais tout cela est du passé. Les purs et durs du régime islamique ne manquent plus une occasion d’humilier le chef de l’Etat et ses collaborateurs. Ainsi, son mentor, l’ancien président Mohammad Khatami, n’a pas pu accéder à l’exposition annuelle du livre organisée à Téhéran, sa route ayant été bloquée par des membres des Basidjs – les milices populaires – qui l’ont obligé à faire demi-tour. Pendant ce temps, le ministre de la Culture, Ali Jannati, considéré trop libéral, a été remis à sa place par le président du Conseil des gardiens de la Constitution, qui n’est autre que son père, le cheikh Ahmad Jannati. Ce dernier a ainsi déclaré: «Le ministère de la Culture doit être plus vigilant et surveiller de plus près les parasites culturels qui ravagent notre pays».   

Doha ne tient pas parole
Selon les responsables égyptiens, l’accord secret conclu entre Riyad, Doha, Abou Dhabi et Le Caire pour geler la guerre froide opposant le petit émirat du Qatar à ses voisins ne serait pas respecté par les Qataris. Ainsi la campagne anti-Sissi continue sur la chaîne al-Jazeera et les responsables égyptiens des Ikhwan sont toujours les bienvenus au Qatar, au plus grand désarroi du Caire. Pire encore, les services de renseignements égyptiens accusent Doha de financer et d’entraîner dans le désert libyen des milices islamistes très actives au Sinaï, avec l’aide des services de renseignements turcs. Le Caire a donc décidé de ne pas libérer les journalistes de la chaîne, accusés d’être impliqués dans des actes terroristes. 

 

Une ministre qui fait parler d’elle
La ministre tunisienne du Tourisme, Amel Karboul, nommée à son poste depuis quelques mois seulement, a atteint une notoriété jamais connue par une femme politique dans le pays de Bourguiba. Le jour de sa nomination, des voix s’étaient élevées pour exiger sa démission, car elle avait accordé des visas d’entrée à soixante touristes israéliens. A 40 ans, la mère de famille, qui déballe sur Facebook sa vie privée et publique en s’affichant avec sa fille ou en dansant avec son mari, se trouve au cœur d’une polémique pour avoir posté sa photo en robe rouge très courte. Fureur des islamistes qui considèrent son acte comme un affront au peuple tunisien. Tout cela n’intéresse guère madame la ministre, qui affirme n’avoir aucun complexe et ne craindre ni les critiques ni les menaces.        

Président à la place du président!
La décision du parti turc pour la Justice et le Développement de limiter le mandat de son président à deux termes, signifie que le Premier ministre actuel, Recep Tayyip Erdogan, devra quitter ses fonctions de chef du mouvement. Un choix tactique, puisque cela marque le lancement de sa campagne pour la succession de son ancien allié et compagnon, Abdullah Gül. A Ankara, certaines sources soulignent qu’Erdogan a conclu un accord avec Gül, permettant à ce dernier de devenir le chef du parti, et peut-être même chef du gouvernement. Une décision très calculée, car si Gül quitte le parti islamiste, cela signifierait sans aucun doute sa division et son affaiblissement. C’est ce qu’on appelle un mariage de raison.

 

Bouteflika prône la continuité
Le gouvernement formé par le président algérien, Abdel-Aziz Bouteflika, n’a apporté aucune surprise. Les ministres en charge des portefeuilles les plus sensibles ont tous conservé leurs postes. Le changement tant attendu n’a apparemment pas eu lieu. Une fois n’est pas coutume, la responsabilité cette fois tombant sur l’opposition, qui a refusé la main tendue par les proches du président, espérant donner une légitimité au nouveau cabinet en y incluant des membres influents du camp adverse. Mais l’opposition, qui n’a nullement envie de jouer le rôle de comparse, a répondu absente, en dénonçant les fraudes qui ont, dit-elle, entaché les élections présidentielles. Une position adoptée même par les partis d’extrême gauche qui, jusqu’alors, continuaient de soutenir les politiques du régime.        

651 prisonniers égyptiens, membres de la confrérie des Frères musulmans, ont été condamnés à mort par la justice.  Des sentences pour le moins excessives et sévères, certains accusés n’ayant eu droit qu’à une séance au tribunal avant d’entendre le verdict. Si ces décisions fragilisent encore plus les juges égyptiens, accusés d’être instrumentalisés par le régime, elles ont choqué la communauté internationale et les organisations des droits de l’homme, qui se sont mobilisées pour forcer le gouvernement au Caire à se rétracter pour éviter une boucherie jamais vue auparavant au Pays des Pharaons. D’ailleurs, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, est intervenu en personne pour exprimer son choc et sa désapprobation, alors qu’il rencontrait le ministre des Affaires étrangères, Nabil Fahmi. Le chef de la diplomatie a insisté sur l’indépendance de la justice dans son pays qui, a-t-il dit, n’obéit pas aux ordres de l’Exécutif. Des propos qui ne convainquent personne et qui rappellent trop l’attitude de l’ancien régime de Hosni Moubarak.

1 milliard de livres sterling est le montant des compensations que le gouvernement britannique tente d’obtenir des autorités libyennes. A cet effet, le Premier ministre David Cameron aurait, selon des médias britanniques, formé un comité spécial chargé de négocier avec le gouvernement libyen au nom des familles des victimes des attentats de l’Ira. Une décision surprenante, car au pays de Omar el-Mokhtar, déchiré par une guerre civile et par une crise politique sans précédent, le Parlement n’est pas en mesure d’approuver des compensations atteignant une somme pharaonique, comme l’espèrent les conseillers de Cameron. Un chiffre que l’Administration américaine avait réussi à obtenir pour indemniser les familles de ses propres victimes dans l’attentat de Lockerbie, lorsque le colonel Mouammar Kadhafi était toujours au pouvoir.

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