Magazine Le Mensuel

Nº 2983 du vendredi 9 janvier 2015

Confidences Liban

Confidences Liban

Présidentielle au congélateur
L’échéance présidentielle ne sortira pas du congélateur de sitôt. Nul ne semble disposé à faire des concessions avant l’heure des grands règlements régionaux, s’il n’obtient pas une contrepartie pour cela.
Des milieux diplomatiques à Beyrouth en sont arrivés à cette conclusion, estimant que les circonstances régionales sont à l’origine de ce statu quo. Pas d’incidents dramatiques sur les fronts susceptibles de dicter un repositionnement. Pas de modification de l’équilibre des forces, surtout en Syrie, où aucun des camps en conflit n’a enregistré de défaites ou de victoires globales. Pareil pour le Liban qui a survécu plus de 200 jours au vide constitutionnel sans grande conséquence politique ou sécuritaire. Ce n’est donc pas la peine de passer à la vitesse supérieure, concluent-ils.

 

2015: prévisions peu rassurantes
«2015 sera une année difficile au plan sécuritaire aussi bien que socioéconomique. Les Libanais devraient réaliser ce que signifie pour leur pays la poursuite des combats en Syrie et l’intensification des conflits régionaux». Plusieurs diplomates, accrédités au Liban, ont transmis un message dans ce sens aux autorités, aux politiques et aux dignitaires religieux. Des sources qui suivent de près la valse des délégations diplomatiques rapportent que les Occidentaux ne sont pas sans craintes quant à l’avenir des chrétiens dans l’équation libanaise. La question des présidentiables est devenue secondaire, si l’on considère celle portant sur la capacité du régime politique libanais à se maintenir dans sa forme actuelle à l’ombre du vide à la tête de l’Etat. Vide qui menace l’existence même de l’Etat et de l’ensemble de ses institutions constitutionnelles.
Celui qui a attentivement écouté les discours des grands diplomates qui ont visité le Liban ne peut qu’en tirer une conclusion: la communauté internationale redoute sérieusement que les maronites ne viennent à perdre la présidence et que le danger takfiriste n’atteigne les chrétiens du Liban.

Dialogue FL-CPL: quid des Marada?
Les Marada n’ont reçu aucune information sur la rencontre prévue entre Michel Aoun et Samir Geagea et nul n’a évoqué ce sujet avec le parti de Sleiman Frangié. C’est par Bkerké qu’il a appris l’existence de contacts entre ces deux composantes chrétiennes. «Nous appuyons le dialogue quel qu’il soit notamment entre le Moustaqbal et le Hezbollah d’une part et entre les Forces libanaises et le Courant patriotique libre de l’autre, dans le but de réduire la tension… Mais nous avons confiance en nos alliés qui éviteront d’aborder la question de la présidentielle sans nous consulter, surtout que les routes qui mènent à l’élection d’un chef d’Etat semblent toujours bloquées et que les positions des uns et des autres n’ont pas changé», estiment les milieux des Marada.

Futur-Hezbollah: le choix de Jisr
Si Samir Jisr, vice-président du Bloc du Futur, a été choisi pour mener le dialogue avec le Hezbollah, ce n’est pas anodin, avancent certains milieux. La mise à l’écart du président du bloc, l’ex-président Fouad Siniora, peut être interprétée de trois façons: il est possible que l’homme soit opposé dès le départ à l’idée du dialogue (le communiqué émis par le Moustaqbal avant la réunion du dialogue n’a d’ailleurs pas manqué de dénigrer le vice-président du Parlement iranien, Ali Larijani, atteignant le Hezbollah au passage). La deuxième version indique que l’ex-Premier ministre Saad Hariri a retiré plusieurs dossiers à Siniora dont celui de Dar el-Fatwa et des relations avec certaines parties internes. Il se peut aussi que le choix de Jisr ait été dicté par une volonté de représentation équivalente à celle du Hezbollah. Le chef du Bloc du Moustaqbal devrait avoir en face de lui le chef du bloc du Hezbollah, le député Mohammad Raad, ce qui n’est pas le cas.

 

Les cellules dormantes se préparent
Les cellules terroristes sont réparties sur l’ensemble des régions libanaises, comme le dit une personnalité de la sécurité, c’est ce qui explique les multiples arrestations opérées par les organes sécuritaires. Il est apparu, comme l’indique la source, que «Saja Doulaimi, contrairement à tout ce qui a été dit, avait une fonction à la fois sécuritaire, logistique et financière». On parle de l’existence de cellules takfiristes dormantes, dans plus d’un coin du Liban, prêtes à se réveiller simultanément pour exécuter des opérations de déstabilisation visant à rattacher la scène libanaise aux batailles menées par ces organisations dans la région. C’est leur existence même qui est en jeu à l’ombre de l’escalade militaire programmée pour les semaines à venir par les Etats-Unis et leurs alliés.

 

Les jihadistes peuvent-ils survivre?
Le chef de la municipalité de Ersal, Ali Hojeiry, rapporte que toutes les zones séparant le Liban de la Syrie sont sous l’emprise des combattants. Il s’agit de régions très vastes situées entre le Qalamoun syrien et le jurd de Ersal et son périmètre allant de l’est à l’ouest de la ville, le long et des deux côtés de la chaîne est. «Les éléments armés des groupes takfiristes, répartis sur le territoire syrien allant du jurd Assal el-Ward jusqu’aux extrémités de Mouchrifa et Maara et jusqu’à Flita, sont sur la même longueur d’onde, explique Hojeiry, et les infos faisant état d’accrochages internes ne sont que pure fiction. L’Armée syrienne libre (ASL), Daech et al-Nosra continuent à vivre ensemble». «Ici, à Ersal, ajoute-t-il, nous recevons le courant électrique quelques heures par jour alors qu’ils disposent de générateurs qui fonctionnent 24 heures sur 24, ils fournissent aussi à leurs membres des moyens de communication et un service Internet. Leur capacité à vivre dans des conditions difficiles est supérieure à la nôtre».

Phase préparatoire
Des sources diplomatiques ont remarqué un changement de position de la part de Téhéran dans le sens d’encourager l’ouverture d’un dialogue sur la présidentielle, sans aller cependant jusqu’à l’abandon du général Michel Aoun. Nous nous situons plutôt dans une phase préparatoire en vue d’un changement qui apparaîtra dans les semaines ou les mois à venir, selon ces sources. La conjoncture actuelle est comparable à celle qui prévalait avant la composition du gouvernement actuel quand le Hezbollah a fait volte-face en passant de l’escalade extrême à l’acceptation de conditions plus réalistes.

Maria Maalouf agressée au Caire
La journaliste Maria Maalouf a été victime d’une attaque dans un hôtel du Caire. Un inconnu l’a suivie, alors qu’elle se dirigeait vers sa chambre et a tenté de l’agresser dans le couloir. L’avocat de la journaliste, Me Sayyed Aboul-Kheir, a indiqué que l’inconnu a été identifié. Il n’est pas égyptien et il a un accent prononcé du Golfe. L’agression est-elle d’ordre politique ou personnel? Aboul-Kheir précise: «C’est un incident habituel». Le personnel chargé de la sécurité à l’hôtel ayant entendu les cris de Maria était accouru à sa rescousse.

 

Front explosif au nord d’Israël
Les services secrets israéliens accordent beaucoup d’importance au front du Nord et le répertorient dans la case «explosif» en 2015. Le danger d’une confrontation avec le Hezbollah est classé deuxième après la menace que représentent les groupes jihadistes au sud du plateau du Golan, indique un rapport officiel de l’Etat hébreu. Le Hezbollah, depuis la guerre de juillet 2006, avait évité tout affrontement avec l’armée israélienne, mais la situation a changé en 2014. Le parti chiite a lancé des opérations de représailles, à la suite de l’attaque d’un convoi d’armes qui lui était destiné et Tel-Aviv a procédé à la liquidation de plusieurs activistes du parti. Mais, entre-temps, le Hezbollah a construit un arsenal impressionnant avec des missiles capables d’atteindre l’ensemble du territoire israélien dont des installations stratégiques telles les centrales énergétiques ou l’état-major de l’armée. L’éventualité d’un affrontement avec le Hezbollah ne semble pas majeure, selon le rapport qui, par ailleurs, met en garde contre l’intensification de la force jihadiste au sud du plateau du Golan. Si les feux n’ont pas encore atteint le territoire israélien, c’est parce que, absorbés par leur guerre contre le régime, ces mouvements ne sont pas intéressés pour le moment par l’ouverture d’un front avec les territoires occupés. Si jamais les choses se mettent en place, ils pourraient mener des opérations qui embraseraient le front. Une éventualité qualifiée de moyenne à forte.

Chebaa dans le collimateur des takfiristes
Les regards se dirigent vers Chebaa qui revêt une importance capitale par son emplacement géographique à la frontière syro-israélienne. «Si Beyrouth est menacée, c’est que Chebaa l’est aussi», avancent des sources qui excluent ce danger en dépit des tentatives d’infiltration des groupes terroristes à travers les frontières est du village. Il faut savoir que le village et la région tout entière ne constituent pas un terreau favorable au takfirisme, et que la sécurité de Chebaa et de son environnement est reliée à celle d’Israël. Le Hezbollah et les partis présents dans cette région ont pris les précautions nécessaires, allant des hauteurs de la Békaa-Ouest à Rachaya jusqu’à Chebaa, en prévision d’une tentative d’avancée des combattants vers le Liban…

Faut-il abolir le tribunal militaire?
Le ministre de la Justice, Achraf Rifi, soutenu par l’Ordre des avocats, réclame l’abolition du tribunal militaire. Mais nombreuses sont les voix politiques et juridiques contestataires qui s’élèvent pour contrer ce projet. Une polémique avait opposé, dans le cadre du Conseil des ministres, les ministres Rifi et Ali Hassan Khalil après des critiques formulées contre ce tribunal par les ministres du 14 mars. Le général Khalil Ibrahim,
président du tribunal militaire, estime qu’il est anormal et impossible de franchir ce pas à l’ombre de l’intensification des menaces que font peser sur le Liban les groupes takfiristes et Israël. Le tribunal militaire jouit de compétences en matière de crimes terroristes et d’espionnage, de crimes commis dans les camps et les casernes militaires, ceux reliés aux armes, munitions et explosifs et ceux qui touchent les armées étrangères œuvrant au Liban comme la Finul. Ce tribunal a un caractère d’exception régi par une loi privée, le code de justice militaire. De plus, par sa structure, il n’est pas rattaché au ministère de la Justice ou au procureur près la Cour de cassation, mais il est administrativement relié au ministère de la Défense.

Bataille au poste de Masroub
La bataille qui a opposé, le samedi 3 janvier, le Front al-Nosra au Hezbollah au poste de Masroub dans le jurd de Flita dans le Qalamoun n’a pas duré plus qu’une demi-heure. L’accrochage, précisent des sources, était prévisible, toutefois ni al-Nosra, ni même Daech n’ont la capacité de modifier la conjoncture stratégique par un affrontement de ce genre. Al-Nosra a échoué à prendre le contrôle du poste après un rude combat qui s’est soldé par la mort de 30 combattants du Hezbollah et de 15 de ses rangs. Des infos ont également rapporté que cinq soldats syriens participant à la bataille contre les takfiristes ont péri. La société d’information américaine Stratfor a, d’ailleurs, publié un rapport dressant un état des lieux dans le jurd de la Békaa où sévissent les combattants. Le rapport indique que l’objectif des terroristes au Liban est d’entraîner les sunnites à des affrontements communautaires internes à l’instar de ceux de l’Irak, et malgré les mesures appliquées par l’armée syrienne, ces mouvements possèdent des lignes de ravitaillement allant jusqu’au fond de Badiyat Alsham. Aussi, ils veulent sauvegarder la percée réalisée au Liban qui leur a apporté certains acquis comme le marchandage sur les otages et l’obtention de produits alimentaires, d’articles médicaux et d’aides sociales du gouvernement ou d’autres donateurs.

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