Magazine Le Mensuel

Nº 2900 du vendredi 7 juin 2013

Confidences Liban

Confidences Liban

Une initiative peu sérieuse
L’initiative du Premier ministre, Najib Mikati, qui préconise la réactivation du dialogue national sous l’égide du président de la République, sans conditions préalables, a été qualifiée par les milieux parlementaires du 14 mars de «grande blague». Pour qu’un dialogue sérieux puisse être enclenché, il faudrait d’abord que le Hezbollah annonce clairement sa disposition à débattre la question des armes et la stratégie de défense élaborée par le chef de l’Etat, expliquent-ils.

 

Satisfecit du Hezbollah à Joumblatt
Satisfaction dans les milieux du Hezbollah quant aux récentes prises de position du député Walid Joumblatt. Qu’il s’agisse de la prorogation du mandat de la Chambre, ou de sa réaction après les tirs d’obus sur la banlieue sud ou encore de son «no comment» suite au dernier discours de sayyed Hassan Nasrallah, alors qu’il avait pris l’habitude, depuis un certain temps, d’y réagir en faisant des commentaires critiques. La relation entre le leader druze et le Hezb avait nettement régressé après les récents développements, plus précisément depuis la démission du président Najib Mikati favorisée par Joumblatt, jusqu’à la désignation de Tammam Salam et la proposition de la formule 8 x 3 pour la formation du cabinet, formule qui ne répond pas aux desiderata du Hezb… La nouvelle orientation du leader de la Montagne avait été perçue par le parti chiite comme un «revirement» vers le 14 mars et un retour à son alliance avec le président Saad Hariri.

Star du monde politique
Le député Sami Gemayel se démarque par son attitude à plus d’un égard, relèvent certains observateurs. En proposant, tout d’abord, la consécration de la neutralité du Liban et en menant un vaste mouvement pour expliquer et promouvoir cette vision; en prenant ses distances par rapport au torpillage du projet de loi orthodoxe, en réfutant la «loi mixte» mise au point par les Forces libanaises, le Moustaqbal et le Parti socialiste, et en menant une campagne musclée contre la loi de 1960…
Alors que certains pensent que la politique du jeune député ne fait que consolider sa popularité, d’autres estiment qu’il se pose désormais comme un acteur à part entière dans l’arène chrétienne où les surenchères battent leur plein. Il n’hésite pas à exploiter chaque situation dans l’idée de gagner du terrain au détriment de Michel Aoun et Samir Geagea.
Dans tous les cas, le jeune Gemayel est aujourd’hui une star du monde politique.

Règlement en quatre points
La sortie de crise qui se négocie entre le Moustaqbal et le président Nabih Berry porterait, selon les informations qui ont filtré, sur quatre points:
– Récusation du Premier ministre désigné, Tamam Salam, puisque les élections sont ajournées.
– Désignation du président Fouad Siniora pour former un nouveau gouvernement.
– Obtention du tiers de blocage par le 8 mars.
– Entente préalable sur certains portefeuilles régaliens pour gagner l’appui du général Michel Aoun.

Tripoli: actes de vandalisme contre les chrétiens
La situation à Tripoli se détériore. On assiste à des violences d’un nouveau genre comme, par exemple, les agressions contre des commerces appartenant à des chrétiens sous prétexte qu’ils proposent des boissons alcoolisées à la vente. Cela après que les échoppes appartenant à des alaouites eurent été vandalisées. La tournure que prennent les événements est grave, selon les Tripolitains, et rappelle la mainmise du Mouvement de l’unification islamique sur la ville dans les années 80, pendant la guerre civile.

Hardane veut appuyer la Résistance
Le chef du Parti national syrien social, Assaad Hardane, a déclaré qu’il fallait tirer profit des éléments de force qui protègent le Liban. Cela en guise de réponse aux propositions avancées par le président Michel Sleiman dans le cadre de son discours télévisé, à savoir la substitution du trinôme le peuple, l’armée, la Résistance par la déclaration de Baabda et la stratégie de défense. Le député a ajouté: l’équation tripartite n’est pas une invention de l’esprit, mais elle est fondamentale dans un pays menacé au quotidien par Israël. Les composantes du Rassemblement des partis et des forces nationales examinent la possibilité de tenir une réunion élargie pour publier un communiqué d’appui à la Résistance.

Connelly n’est pas contre la prorogation
Après sa réunion avec Maura Connelly, ambassadeur des Etats-Unis au Liban, un ministre rapporte que la diplomate n’est pas contre la prorogation du mandat du Parlement, mais elle penche pour une prolongation d’ordre technique qui ne dépasserait pas les six mois et qui mènerait à l’organisation du scrutin législatif au mois de septembre. Connelly pense, par ailleurs, que s’il est impossible de parvenir à une nouvelle loi électorale, issue d’un consensus, autant amender la loi de 1960 pour la rendre acceptable par toutes les parties. Les nouveaux élus à la Chambre pourront alors siéger pour mettre au point une loi moderne qui respecterait les droits des différentes communautés et assurerait une représentativité équitable des forces en présence.

Le vide institutionnel
En visite privée de condoléances, le député Mohammad Raad a affirmé devant les personnes présentes que les élections législatives n’auront pas lieu dans un proche avenir et que le gouvernement ne verra pas le jour si le président Tamman Salam ne révise pas ses critères de sélection. Le député s’est abstenu d’aller plus loin ou de répondre à la question de savoir si cette position ne risque pas de mener à un vide institutionnel. Il s’est contenté de mettre en exergue le rôle de la Résistance et la nécessité de l’appuyer en ces circonstances difficiles où elle fait face à un complot extérieur

 

La crise syrienne s’importe à Baalbeck
Tension extrême à Baalbeck. De nombreux citoyens ont reçu sur leurs mobiles des SMS leur apprenant que le mausolée de Sayyida Khawla bint el-Hussein (3e imam chiite), sis à l’entrée ouest de la ville, avait été vandalisé. Les sources de la ville qui rapportent l’information étaient bien conscientes que la distribution de ce type de messages avait pour but de semer la zizanie entre les familles. Cela a précédé les accrochages qui ont eu lieu entre les combattants du Hezbollah et des inconnus armés présents dans le jurd à quelque cinq kilomètres des habitations. Les mêmes sources précisent qu’il n’y a pas eu d’agression contre le mausolée et que toutes les rumeurs propagées ont coïncidé avec la vague d’obus tirés par des éléments libanais, à partir du territoire libanais, sur le Hermel et la banlieue de Baalbeck. Ce sont encore ces sources qui révèlent, par ailleurs, que des jeunes gens, issus de grandes familles sunnites de la ville, seraient partis combattre les forces du régime en Syrie. Ainsi Hussein Dargham ne serait pas la seule victime sunnite de Baalbeck ayant péri à Qoussair, il y en aurait trois autres portant les noms de Solh, Chelhat ou encore Kasr dont les dépouilles n’ont pas encore été rapatriées. Les informations sur les incidents qui ont eu lieu au jurd de Baalbeck sont contradictoires, mais il est fort probable que les hommes armés qui ont tenté de s’attaquer à Baalbeck soient des étrangers.

 

Congrès inter-islamique en gestation
Si le président Nabih Berry appelle à un congrès islamo-islamique au Liban, c’est parce qu’il est préoccupé par le fossé communautaire qui ne fait que s’élargir au double plan local et régional. La «communautarisation» des conflits politiques est devenue une réalité, estime un parlementaire, et tout appel au dialogue se heurte à des instances religieuses fondamentalistes qui alimentent les divisions et incitent leur public à la haine de l’autre, alors que les instances modérées sont incapables de faire face à ces agressions morales se contentant de publier des communiqués inefficaces. Le même parlementaire explique que le président de l’Assemblée voudrait que son invitation englobe le Moustaqbal, le Hezbollah et le mouvement Amal, et d’autres personnalités islamiques libanaises. Maintenant que la prorogation est acquise, l’idée est d’instaurer une dynamique de rassemblement pour empêcher les communautés musulmanes de sombrer. Berry travaille intensément depuis des mois à ce projet en prenant contact avec les instances religieuses qui ont leur poids pour examiner les moyens d’agir, afin de resserrer les rangs musulmans. Les instances contactées ont accueilli le projet avec enthousiasme et il n’est pas impossible que le congrès ait lieu durant le mois du Ramadan.

Les takfiristes à Beyrouth
L’infiltration des éléments du Front al-Nosra dans les quartiers pauvres de Tarik Jdidé a interpellé plus d’une force politique influente. La plupart de ces éléments, qui ont combattu dans les ruelles derrière la Cité sportive jusqu’au quartier Fakhani et les alentours de l’asile des vieillards, sont syriens, palestiniens ou libanais du Rif venus en particulier de Ersal et du Akkar, selon des sources beyrouthines. L’incident des drapeaux hissés par un mouvement takfiriste extrémiste fin mai et qui, dit-on, a déclenché les hostilités, avait commencé, de façon limitée depuis environ deux mois, lorsque ces éléments ont «occupé» le feu de signalisation au carrefour de la Cité sportive – Jnah sur lequel ils ont planté les drapeaux du Front al-Nosra, d’al-Qaïda et du parti Tahrir. Les mêmes milieux signalent que l’incident a été précédé, le 17 mai, par une manifestation armée partie, après la prière du vendredi, du village de Hisha sur la route principale de Wadi Khaled au cours de laquelle ont été scandés des slogans d’appui au Front al-Nosra. Tous ces incidents sont à inscrire dans le registre de la sortie au grand jour des takfiristes au Liban.

Oussama Saad: profil bas
L’ex-député Oussama Saad manque de détermination et hésite à contrer les mouvements de cheikh Ahmad el-Assir et la Jamaa islamia à Saïda, accuse une source politique. Elle ajoute, Saad qui veut garder sa ville à l’abri d’un conflit inter-sunnite et préserver le caractère de Saïda, ville commerciale et touristique, est tombé dans le piège de l’apaisement illusoire, puisque le territoire d’influence des forces laïques nationales se rétrécit, de jour en jour, et que la prédominance des salafistes wahhabistes gagne du terrain dans les divers quartiers de la ville. La rixe qui a opposé les partisans de Saad à des groupes favorables à la Jamaa et au cheikh Assir dans le quartier de Kiyaa, il y a quelques jours, a été perçue, selon la même source, comme un réveil tardif de Saad qui avait mis tout le poids de la confrontation avec le cheikh fondamentaliste sur les épaules de cheikh Maher Hammoud, victime d’une tentative d’assassinat, le 3 juin. La crise actuelle devrait faire réaliser à Saad qu’il a dérapé lorsqu’il a tendu une oreille attentive à la députée Bahia Hariri en prenant part au jeu de la capitulation devant Assir et la Jamaa qui continuent d’œuvrer pour l’isoler de la rue à Saïda.

 

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