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Nº 2987 du vendredi 6 février 2015

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Fouad Makhzoumi, président du parti al-Hiwar. «Le dialogue pour éviter la dislocation du pays»

«Le nationalisme arabe a, de tout temps, effrayé la communauté internationale qui pèse de tout son poids pour démembrer tous les pays arabes, et nous faisons son jeu. Nous contribuons férocement à la dislocation de nos nations. La première question que nous devons nous poser: en tant que Libanais, souhaitons-nous vivre ensemble?». Interview de Fouad Makhzoumi.
 

Vous êtes le chef du parti al-Hiwar, qui prône le dialogue entre toutes les factions libanaises, que pensez-vous des contacts directs établis entre le Futur et le Hezbollah, d’une part, et entre Aoun-Geagea de l’autre?
En 2004, j’ai fondé le parti al-Hiwar parce que je considère que le dialogue est la seule solution dans un pays comme le Liban composé d’une mosaïque de communautés, considérées chacune comme une minorité où les avis divergent. Le compromis y est, en fin de compte, maître du jeu et nous sommes destinés à vivre ensemble sans qu’une communauté ne prenne le dessus sur les autres. Le parti compte déjà plus de 70 000 inscrits, ce qui démontre que les citoyens sont convaincus de la nécessité d’établir un vrai dialogue pour rapprocher les points de vue. Les accords de Taëf ont été conclus sous la tutelle syrienne. Ils comprennent des écueils permettant à un parrain – syrien ou autre – de les interpréter à sa guise. Après le 7 mai, date à laquelle le Hezbollah a tourné ses armes vers l’intérieur, il y a eu les accords de Doha. Ceux-ci ont consacré, en fait, une nouvelle formule constitutionnelle, en accordant à la communauté chiite plus de pouvoirs. Pour sortir de ce cercle vicieux de jeu politico-confessionnel, il faudrait donner la priorité au volet socioéconomique, ce qui contribuerait à bâtir le pouvoir sur des bases réelles concernant tous les citoyens et non sur des bases confessionnelles. A Doha, les responsables ont fait des concessions et ont passé outre les constantes de Taëf. Les politiciens du 14 mars ont accepté cet état de fait pour rester au pouvoir, et le 8 mars a obtenu le pouvoir qu’il briguait. Le 14 et le 8 se sont réparti les rôles. Actuellement, le dialogue entre les diverses composantes a le même but: continuer à se partager le pouvoir. Nous encourageons cette ouverture entre les différentes factions, même si  nous doutons de la bonne foi des parties. Pour moi, le changement ne peut provenir que des jeunes. C’est pourquoi nous tablons essentiellement sur la nouvelle génération qui doit activement contribuer à changer les choses en commençant par réclamer la séparation entre la religion et l’Etat.

Quatre ans après le déclenchement des conflits en Syrie, Bachar el-Assad est toujours au pouvoir et la priorité de la communauté internationale n’est plus le régime syrien, mais l’extrémisme sunnite représenté par Daech et le Front al-Nosra. Quelles seront les répercussions sur la scène libanaise de ce revirement?
Le nationalisme arabe effraie la communauté internationale qui pèse de tout son poids pour disloquer les pays arabes et, nous, nous faisons son jeu. Nous avons contribué fortement à la dislocation de nos nations. La première question que nous devons nous poser: en tant que Libanais, souhaitons-nous vivre ensemble? Si la réponse est positive, un réveil urgent est nécessaire pour mettre le Liban à l’abri de tous les dangers. Nous devons nous entendre sur une loi électorale basée sur la proportionnelle assurant une représentation juste et équilibrée. Mettre en place un lobby pour la nouvelle génération lui permettant de contribuer à la vie politique et socioéconomique du pays. Nous devons nous serrer les coudes et confronter l’extrémisme quelles que soient sa nature et son origine.

Vous êtes proche de la famille royale saoudienne. Le nouveau monarque suivra-t-il la même politique envers le Liban d’autant plus que l’Arabie traverse une phase difficile du fait de la montée de l’extrémisme et de la baisse du prix de pétrole?
L’Arabie a elle-même contribué à la baisse du prix du pétrole et possède des réserves énormes qui lui permettent de tenir sur la durée. L’Arabie est un grand pays par son influence et par son rôle-clé dans le jeu international. Les dirigeants de ce pays sont conscients des dangers représentés par la montée de l’extrémisme et savent parfaitement que personne ne peut lutter contre cet état de fait autant que les sunnites eux-mêmes et les modérés d’entre eux. Je suis donc optimiste quant au rôle important et éclairé qui guidera leur politique sur l’échiquier autant régional qu’international, surtout qu’un compromis entre les Etats-Unis et l’Iran se dessine et peut voir le jour d’un moment à l’autre sur le nucléaire. Dans ce contexte et ce jeu international, saurons-nous préserver le Liban et renouveler son message?

Propos recueillis par Danièle Gergès

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