Magazine Le Mensuel

Nº 2988 du vendredi 13 février 2015

Événement

Nassib Lahoud. Trois ans après, toujours présent

Malgré son absence, le souvenir de Nassib Lahoud était présent ce vendredi 6 février à l’hôtel Phoenicia où un symposium était organisé par le parti du Renouveau démocratique, dont les membres étaient présents, ainsi que ceux très nombreux du 14 mars et la famille de Nassib Lahoud.
 

Premier à prendre la parole, l’ingénieur Salim Lahoud relève, qu’avec la perte de Nassib Lahoud, le Liban a perdu l’un des piliers de la modération et du dialogue. «Si les Libanais ont senti le poids de son absence, que pourrais-je dire moi, son frère et compagnon?». Il souligne à quel point le Liban a besoin aujourd’hui de son imposante stature. «Je l’appelais toujours, en cas de crise, pour demander conseil et avoir son opinion. J’étais constamment en quête de son calme, de sa sérénité et de sa sagesse». Pour l’ingénieur, les réponses ne viendront pas par la voix de Nassib Lahoud, mais par l’action de ceux qui ont suivi ses pas. «Les rêves ne meurent pas. Ils s’en vont seulement. Le Liban ne mourra pas et ce que Nassib Lahoud a voulu arrivera un jour».
La journaliste Gisèle Khoury a parlé de sa première rencontre avec Nassib Lahoud, avant de laisser la parole au député et ministre Nabil de Freige qui a déclaré ne pas pouvoir parler de celui-ci sans se mettre debout.
«Au lieu de rêver ta vie, vis ton rêve». C’est par ces quelques mots qui décrivent toute la philosophie de Nassib Lahoud que Nabil de Freige a entamé son allocution. «Il rêvait d’un Etat indépendant, libéré des ingérences étrangères, respectueux du pacte du vivre ensemble et favorable à une économie libérale, garante de la justice sociale et de l’égalité des chances». Il vivait son rêve quels que soient les défis et les sacrifices. «Les élections étaient pour lui un moyen de parvenir à la démocratie. Contre l’avis de la majorité chrétienne, il a participé aux élections législatives en 1992, car il croyait dans l’importance des élections, comme passerelle nécessaire pour revivifier le système démocratique, quelles que soient la loi électorale et les pratiques détournées de ses rivaux.
C’est pour un Parlement efficace, formé de représentants de la nation et non de délégués de confessions ou de régions, qu’il œuvrera ensuite au sein de l’hémicycle, luttant contre une tutelle syrienne «dont son proche parent était pourtant le porte-voix». En 2009, a poursuivi Nabil de Freige, il ne participe pas aux élections législatives non par peur de ses adversaires, mais à cause de l’injustice de ses alliés. Il était obsédé par la lutte contre la corruption et le règne des monopoles. A plusieurs reprises, il s’est prononcé contre toute forme de prorogation, d’abord contre celle du mandat du président Elias Hraoui, puis de la Chambre et du président Emile Lahoud. Il reconnaissait le rôle historique du Hezbollah dans la libération du Sud, sans toutefois lui reconnaître le droit de posséder des armes. L’ultime rêve de cet ancien candidat à la présidence de la République était «que les forces du 14 mars ne cèdent rien avant de s’assurer que la souveraineté de l’Etat est rétablie, que les convoitises extérieures aient été repoussées, que les Libanais soient réellement souverains, et que le processus d’édification d’un Etat démocratique juste et fort soit réellement amorcé».
Le journaliste Samir Atallah a préféré, quant à lui, évoquer le côté personnel de Nassib Lahoud, sa simplicité et son humilité. «Le Liban nous a unis jusqu’en 1975 avant de nous retrouver à l’étranger». Le journaliste parle des demeures successives de Nassib Lahoud, à Londres ou New York, de la simplicité du mobilier aux couleurs calmes, qui n’agressaient jamais le visiteur. «On ne pouvait jamais dire si Nassib Lahoud était riche ou pas. Rien ne reflétait sa richesse et il ne parlait jamais de ses projets». Atallah établit un parallèle entre Lahoud et Raymond Eddé. «Je lui disais: je pense que tu ne seras jamais président de la République, car tu es fait d’une matière anti-présidence. Du vivant de Nassib Lahoud, j’avais tendance à le comparer à Raymond Eddé, dont j’étais un fervent admirateur. Mais en m’approfondissant dans son absence, je peux dire que sa personnalité a recelé les qualités d’une vision qui dépassent la patience du Amid», a conclu Samir Atallah.

Joëlle Seif
 

L’homme d’Etat
Le professeur Ziad Majed, ancien vice-président de la Gauche démocratique, a disséqué le comportement de Nassib Lahoud, l’homme d’Etat, revenant sur les étapes principales de son parcours politique qui s’est distingué par son sens des responsabilités. «Responsable, sobre et pudique, conscient des obligations qui accompagnent chaque mot prononcé, avant-gardiste dans ses idées de réforme que lui inspiraient des groupes d’experts ou d’amis», et dont il ne prétendait jamais être le détenteur ni le gardien. 

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