Magazine Le Mensuel

Nº 3042 du vendredi 26 février 2016

general

Déchets. Et maintenant, on va où?

Huit mois de perdus dans la crise des déchets. Maintenant que l’exportation n’est plus d’actualité, quelles solutions s’offrent encore au gouvernement pour libérer les Libanais de ce calvaire sanitaire?

L’échec de l’exportation des déchets a renvoyé toute la question de la crise des ordures à la case zéro. Magazine l’avait d’ailleurs écrit dès le 8 janvier 2016. Des faillites en série qui ne surprennent personne du côté des experts, militants et membres de la société civile. Tous s’attendaient à un tel scénario et avaient martelé, à de maintes reprises, l’impossibilité d’exporter les déchets en raison du non-respect des conventions internationales mais pas seulement.
«Nous l’avions répété dès le début de l’annonce du gouvernement du projet d’exportation des déchets, s’indigne Ziad Abi Chaker de Cedar Environmental. Nous avions, à plusieurs reprises, soulevé la question du respect des conventions internationales, de la nécessité de trier les déchets avant de les exporter, sans parler du coût exorbitant de l’opération, mais le gouvernement n’a rien voulu entendre et a préféré faire la sourde oreille».
Raja Noujaim, coordinateur général de lutte contre le plan gouvernemental, rappelle qu’il existe bel et bien une solution à la crise des déchets, une solution que la coalition civile avait déjà proposée il y a de cela sept mois.
«Nous avions proposé au gouvernement la seule solution possible, et ce dès le début de la crise, insiste le militant. Cette option passe obligatoirement par le tri secondaire des déchets, une étape qui ne peut pas être évitée».
Aujourd’hui, alors que 200 000 tonnes de déchets sont entassées dans les rues, la question qui se pose est alors de savoir que faire.

Centres de tri
Après l’échec de l’exportation des déchets et celui de la réouverture des dépotoirs et des décharges, il semble que la seule option qui reste soit bien la construction de centres de tri, telle que préconisée par les experts scientifiques depuis le début de la crise. Mais le gouvernement finira-t-il par envisager cette option qui implique une décentralisation de son pouvoir?
Car, à peine l’exportation des déchets avait-elle échoué la semaine dernière, que le gouvernement avançait déjà le retour au plan Chéhayeb et la réouverture des décharges «par la force».
«La solution proposée par le gouvernement d’utiliser la force pour rouvrir Naamé est irresponsable et pourrait même créer une petite guerre civile, s’indigne Ziad Abi Chaker. Le pouvoir ne peut pas forcer les habitants à accepter les ordures des autres. Si l’on rouvre Naamé, cela signifie deux ans de déchets supplémentaires pour les habitants. Qui accepterait cela?».
La réouverture des décharges renvoie tout le problème de la crise à la case départ. Comment les Libanais pourraient-ils accepter d’autres Naamé? Et comment forcer les habitants de cette localité à rouvrir la décharge, après les échecs successifs du gouvernement à régler la crise et, surtout, la méfiance et le manque de confiance de l’ensemble de la population libanaise à l’égard des dirigeants?
«Revenir au plan Chéhayeb c’est ni plus ni moins que de revenir à la solution des décharges centralisées, ajoute Raja Noujaim. Or, comment obliger les Libanais à accepter une option qu’ils ont refusée des mois durant? En remettant le plan Chéhayeb sur le tapis, on tourne tout simplement en rond».

 

 

Des solutions existent
«Aujourd’hui, l’urgence n’est plus de travailler sur un plan durable et à long terme pour la gestion des déchets. Notre objectif est de régler la crise dans l’immédiat», explique Raja Noujaim.
Pour cela, il existe une solution qui consiste à traiter biologiquement les ordures entassées, puis les transposer et les étaler sur un terrain ou dans un centre de tri secondaire, peut-être la Quarantaine ou n’importe quel autre terrain, pour ensuite y effectuer un tri sommaire des déchets entre l’organique et le non-organique.
Les déchets organiques seront broyés et mélangés à la terre pour être cultivés sur des terrains non agricoles. Les déchets non organiques seront, quant à eux, recyclés ou revendus pour ceux qui le peuvent. Pour les déchets à valeur calorifique, ils seront broyés et serviront à produire du béton. Il s’agit là d’un plan dans l’urgence, mais qui pourrait résoudre la crise en quatre mois pour un coût total de 70 dollars la tonne de déchets, selon le spécialiste. Ce plan devrait bientôt être proposé par des opérateurs.

 

Soraya Hamdan
 

«La solution, l’argent aux municipalités»
«Aujourd’hui, la seule chose que le gouvernement peut faire s’il souhaite enfin finir avec ce scandale est de donner l’argent qui leur est dû aux municipalités, et de les laisser gérer leurs déchets elles-mêmes», martèle Ziad Abi Chaker.
A Beyrouth, les centres de Coral, Amroussié et de la Quarantaine sont largement suffisants pour traiter ces déchets. Le problème est que le gouvernement, qui vient de perdre une bonne partie de la zone Mont-Liban, ne veut pas non plus perdre Beyrouth».
Après l’échec du plan Chéhayeb et de celui de l’exportation des déchets, les municipalités libanaises ont bien compris qu’elles ne pouvaient plus que compter sur elles-mêmes pour gérer la crise.
A Beit Méri, Ziad Abi Chaker est sur le point de construire une usine de tri dans l’urgence pour régler le problème des ordures entassées dans les rues.
L’usine pourra traiter jusqu’à 10 tonnes de déchets par jour pour un tarif de 62 dollars la tonne. «Nous prévoyons bientôt ce même type de projet à Baskinta et dans le Keserouan», ajoute Ziad Abi Chaker.
Les municipalités ont tardé à envisager ce genre de solutions car toutes attendaient la solution centrale de l’exportation. «Aujourd’hui, elles ont perdu tout espoir de voir le gouvernement régler la crise et devraient commencer à se débrouiller seules en s’orientant vers ce type de solutions», poursuit l’expert. Mais pour cela, encore faut-il que le gouvernement débloque les fonds aux municipalités.

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