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Nº 3081 du vendredi 1er septembre 2017

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Les défis des expatriés. Absence de compétitivité lourdeurs administratives…

La question n’est pas seulement de savoir ce que la diaspora peut faire pour son pays d’origine, mais aussi, et surtout, ce que le Liban peut faire pour elle.

Comment le Liban peut-il espérer conserver la manne économique assurée par les expatriés et les émigrés, alors que sa compétitivité ne cesse de se dégrader? L’attachement émotionnel peut-il suffire à donner envie aux expatriés d’investir dans leur mère-patrie?
Si la diaspora transfère au Liban des milliards de dollars par an, elle n’investit en réalité que très peu directement dans son pays d’origine. La raison à cela est purement économique. Les problèmes sécuritaires, les blocages politiques et la situation explosive de la région ne sont pas les vraies raisons qui découragent les investisseurs étrangers de miser sur le Liban.
La plupart des experts interrogés par Magazine considèrent le manque de compétitivité du Liban comme la principale cause expliquant le peu d’intérêt des expatriés pour les investissements directs au Liban.
Dans le dernier rapport du Forum économique mondial (FEM), Global Competitiveness Index, publié chaque année, le Liban s’est classé 101e sur 138 pays en termes de compétitivité.
La capacité du Liban à bien se positionner par rapport aux pays concurrents est toujours minée par l’obsolescence de ses infrastructures, un mauvais et très coûteux environnement des affaires et la corruption de la classe politique.

Motivations rationnelles
Dans ce contexte, même s’ils sont libanais de cœur, les expatriés ont besoin d’autres motivations pour miser sur le pays du Cèdre. «Les émigrés libanais ont le monde à portée de main: tous les marchés financiers, tous les marchés immobiliers… Il faut leur donner des raisons rationnelles pour investir au Liban et ne pas compter seulement sur un attachement sentimental», martèle Nassib Ghobril, économiste en chef au Département de recherche de Byblos Bank.
Les Libanais sont finalement des hommes d’affaires qui réfléchissent et réalisent des calculs coûts/risques/bénéfices, comme n’importe quel être économiste rationnel avant d’investir, et le Liban demeure à la traîne en termes de compétitivité.
Le résultat est frappant: les investissements étrangers dits «Greenfield» au Liban, c’est-à-dire ceux qui financent les nouveaux projets créateurs d’emplois, se sont élevés à peine à 110 millions de dollars pour dix projets en 2016. «C’est pratiquement insignifiant, ajoute l’économiste, comparé à d’autres pays comme les Emirats arabes unis (EAU), qui ont reçu des financements pour 300 projets à eux seuls!».
Les raisons de ce peu d’intérêt pour le Liban comme terre d’investissement sont les coûts opérationnels extrêmement élevés (prix de télécoms, de l’électricité, les frais des procédures…), qui découragent les entrepreneurs, mais aussi le fardeau que constitue le secteur public sur le privé, la lourdeur des procédures administratives…
Ces mêmes arguments sont soulevés par Roger Melki, consultant en économie, pour qui «le Liban est très cher et croule toujours sur les mêmes problèmes structurels! Aujourd’hui, on peut enregistrer une entreprise en 24 heures au téléphone et pour une bouchée de pain à Tallinn, alors qu’au Liban, les entrepreneurs se heurtent encore et toujours à une lourdeur et une cherté des formalités».

Baisse des IDE dans le PIB
En ce qui concerne les investissements directs étrangers (IDE) au Liban, ils sont passés de 14% du PIB, en 2008, à 5% du PIB en 2016. «Le pays n’a aucune stratégie pour attirer les investissements directs étrangers. Là encore, les expatriés ont le monde à portée de main et peuvent choisir d’acquérir un bien immobilier où bon leur semble», martèle M. Ghobril.
«Il faut être rationnel, le Liban a peu de chance de séduire les investisseurs directement, confirme, de son côté, Fouad Zmokhol, président du RDCL World, Rassemblement des chefs d’entreprises libanais ou d’origine libanaise dans le monde. Les expatriés vivent dans des pays où les marchés sont beaucoup plus grands et plus simples qu’au Liban ou que ceux de la région. En revanche, là où l’opportunité peut exister, c’est d’essayer de convaincre des Libanais de l’étranger d’entrer dans le capital d’une entreprise libanaise. Pour cela, il faut une très bonne gouvernance interne et beaucoup de transparence».
La question est donc de savoir ce que le Liban peut offrir aux expatriés. «Je pense que la diaspora est toujours une formidable opportunité économique pour notre pays et, sûrement, notre plus forte richesse, mais c’est au Liban de savoir la garder, souligne Roger Melki. Pour moi, le problème n’est pas la diaspora. Même si elle connaît des difficultés dans certaines régions, comme le Golfe, elle se tournera toujours vers le Liban à condition que cela en vaille la chandelle».
 

Soraya Hamdan
 

Lebanon Connect
L’une des réalisations majeures du ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, c’est le projet Lebanese Diaspora Energy, qui a tenu sa conférence annuelle à Beyrouth, en mai dernier, avec la participation de dizaines d’émigrés et d’expatriés libanais, venus des quatre coins du monde.
L’une des initiatives du ministère est Lebanon Connect, qui vise à relier les Libanais vivant à l’étranger «pour promouvoir et favoriser les opportunités économiques et commerciales entre les communautés libanaises du monde entier», selon les explications disponibles sur le site du ministère des A-E.  
Ce projet est une plateforme innovante en ligne et mobile, utilisant la technologie numérique pour créer «un lobby international libanais actif et efficace, tout en offrant aux professionnels libanais la possibilité de promouvoir et d’endosser leurs entreprises, leurs événements et leurs produits».
Lebanon Connect aspire à devenir une plateforme à travers laquelle les Libanais du monde peuvent interagir, se rencontrer, s’informer, rester à jour, acheter des produits libanais et se renseigner sur tout compatriote ou entreprise dans la même zone géographique.

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