Magazine Le Mensuel

Nº 2926 du vendredi 6 décembre 2013

general

Hester Somsen. Un dynamisme à toute épreuve

«Si vous voulez comprendre le Moyen-Orient, il faut aller au Liban». Ces paroles sont celles d’Hester Somsen qui, depuis août 2013, est ambassadeur de Hollande au Pays du Cèdre. Dynamique et pleine d’énergie, elle n’hésite pas à relever toutes sortes de défis, sans pour autant, dit-elle, «suivre les traces de Maxime Chaya». Portrait.
 

Entre deux voyages et deux réunions, Hester Somsen nous reçoit dans son bureau. Pleine d’enthousiasme pour cette nouvelle mission où elle est ambassadeur pour la première fois, malgré son jeune âge, elle se dit séduite, en quelques mois à peine, par le Liban, sa population et son climat. «Je n’arrête pas d’être sidérée par le soleil qui brille tous les jours».
C’est à Apeldoorn, une ville située à l’est de la Hollande, qu’Hester Somsen a vu le jour. Elle a grandi à Vaassen, un petit village, situé à proximité d’Apeldoorn, où elle a vécu jusqu’à l’âge de 18 ans, avant d’aller étudier à Amsterdam les Sciences politiques et les Relations internationales. Elle n’appartient pas à une famille de diplomates, son père a servi de longues années au ministère des Finances. Sa mère, quant à elle, était bénévole dans un magasin qui vendait des produits importés de différents pays d’Afrique. «J’ai toujours été attirée par les relations entre les pays et à travers ces produits que vendait ma mère, j’étais curieuse de tout ce qui concernait l’Afrique. D’ailleurs, dans mon petit village, beaucoup de personnes appartenaient à des cultures différentes. Elles venaient de Turquie et d’Indonésie. A l’école du village, je côtoyais beaucoup d’immigrés», confie Hester Somsen.
A Amsterdam, elle découvre une vie totalement différente de tout ce qu’elle avait connu jusqu’alors. «Je voulais vivre dans une ville pareille, tellement vivante, culturelle et pleine d’opportunités. Amsterdam était pour moi, qui venait d’un petit village, un peu comme La Mecque», souligne l’ambassadeur. En marge des Sciences politiques et des Relations internationales, «il y avait des matières telles que l’économie, l’histoire et l’administration publique. C’étaient des sujets que j’aimais beaucoup et je voulais faire un maximum de choses».
Elle présente en 1997 une demande au ministère des Affaires étrangères et malgré le nombre élevé de candidats, elle est acceptée. «J’avais 24 ans à l’époque. Les gens devaient avoir aux alentours de 28 ans lorsqu’ils entraient au ministère des Affaires étrangères. En travaillant dans ce domaine, j’ai réalisé l’importance des relations internationales et à quel point il était vital pour les Pays-Bas d’avoir de bons rapports avec les autres pays».
Elle passe trois ans à La Haye où elle gère les dossiers des réfugiés bosniaques après le démembrement de l’ancienne Yougoslavie. A Budapest, elle occupe son premier poste de deuxième secrétaire. «C’était le moment de l’adhésion de la Hongrie à l’Union européenne. J’étais en charge des dossiers concernant la justice, les droits de l’homme, les affaires intérieures qui comprenaient la coopération entre la Hongrie et la Hollande au niveau de la frontière entre les deux pays». A la fin de cette mission, elle entre au ministère des Affaires étrangères pour trois ans et travaille au  bureau du secrétaire général puis au département d’intégration au sein de l’Union européenne, avant d’être nommée en poste en Tanzanie.  

 

Charmée par la Tanzanie
C’est avec beaucoup d’enthousiasme qu’Hester Somsen parle de son expérience en Tanzanie. «C’est un pays magnifique mais où il existe beaucoup de pauvreté. Certains y vivent avec moins d’un euro par jour. C’est un peuple très accueillant et chaleureux. J’ai constaté que très souvent les plus démunis sont les plus hospitaliers. C’était une expérience exceptionnelle», souligne l’ambassadeur. L’assistance financière de la Hollande à la Tanzanie s’élevait alors à près de 80 millions de dollars. «La mission de l’ambassade était de voir où étaient les priorités et comment dépenser cette aide. J’étais surtout centrée sur la lutte contre la corruption, pour la liberté de la presse, le support aux journalistes, le fonctionnement du Parlement, la tenue d’élections, l’aide aux réfugiés et les affaires culturelles».
Elle a 22 ans lorsqu’elle fait la connaissance de Bard Van Cruijsen qui deviendra son époux. Dentiste de formation, leurs occupations respectives ne leur permettent pas de rester ensemble tout le temps. «Il est difficile pour mon mari en tant que dentiste d’obtenir les accréditations nécessaires pour pouvoir exercer sa profession dans les différents pays où je suis en fonction. En Hongrie, vu le grand nombre de dentistes qui existent, il n’a pas pu me rejoindre, en revanche, il a exercé pendant quatre mois en Tanzanie». Cela ne pose pas de problèmes majeurs au couple qui n’a pas d’enfants. «Ceci nous donne l’opportunité à chacun de travailler plus et nous sommes tous les deux souples sur notre emploi du temps, de manière à nous retrouver tous les mois», confie Hester Somsen.
Si elle se sent chez elle au Liban, c’est en grande partie grâce aux Libanais eux-mêmes, souligne l’ambassadeur. «Les Libanais sont la raison principale de ma rapide adaptation au pays. Ils sont hospitaliers, accueillants et curieux de tout. Assis sur un banc, il suffit d’établir un contact visuel, pour que l’on vous pose des questions. Les Libanais sont créatifs et innovants». Elle relève également beaucoup de similitudes entre Hollandais et Libanais. «Tous les deux ont le sens de l’humour, aiment rire et plaisanter et ne se prennent pas au sérieux». La diplomate se dit fascinée par les contradictions du pays. «Dans Beyrouth, il existe divers Beyrouth. Tout est proche dans le pays. Vous conduisez une heure et vous vous retrouvez à la montagne. Celle-ci est si belle! J’adore la montagne. Dès que j’y arrive, je sens comme si j’étais en vacances. C’est peut-être parce que je viens d’un pays plat où, dans mon enfance, la montagne signifiait automatiquement les vacances». C’est avec merveille qu’elle a découvert la cuisine libanaise. «On m’avait dit que ce qui unit le plus les Libanais c’est leur cuisine». Hester Somsen précise avec amusement qu’elle s’est habituée au fait qu’après les mezzés, il y a le barbecue, alors qu’elle est déjà rassasiée par les mezzés.
Dans un pays comme le Liban, où il existe un grand nombre de femmes ambassadeurs, Hester Somsen est bien intégrée. «Une fois par mois, nous organisons un déjeuner pour les femmes ambassadeurs, ce qui suscite l’envie de nos collègues masculins qui se plaignent de la situation», dit-elle en souriant. Pour elle, peu importe que l’on soit homme ou femme pour exercer la fonction de diplomate. «Bien au contraire, souvent les femmes ont une approche différente de celle des hommes et pour une femme, il n’est pas plus difficile d’être diplomate qu’autre chose», estime-t-elle.  
Très active, elle a participé au marathon de Beyrouth avec le groupe des ambassadeurs. «Je me suis entraînée, mais j’étais lente. Je dois m’entraîner plus et je suis déjà inscrite au prochain marathon», annonce-t-elle avec enthousiasme. La diplomate aime les challenges et n’hésite pas à relever les défis. «Je n’ai pas la détermination de Maxime Chaya et je n’irai pas jusqu’à grimper l’Everest ou faire la traversée de l’océan Indien à la rame, mais dans ma petite catégorie, j’essaie de faire de mon mieux», dit-elle amusée. Malgré ses voyages, elle a réussi à garder des liens solides avec sa famille et ses amis en Hollande. «Il est vrai que nous nous voyons moins mais nous profitons plus des moments que nous passons ensemble. Puis avec Skype, Facetime et tous ces moyens de communication, il est facile de garder un contact permanent». Heureuse d’être au Liban, elle affirme que le pays traverse une période cruciale. «Nous essayons d’aider le Liban et en particulier les personnes qui reçoivent les réfugiés syriens». Mais elle n’aime pas qu’on limite le Liban au dossier des réfugiés syriens. «Ce pays, dit-elle, a beaucoup à offrir». Mais il faut aussi pour cela que les Libanais eux-mêmes commencent à s’en apercevoir… 


Joëlle Seif
Photos Milad Ayoub-DR
 

Le commerce, activité principale
La Hollande est un petit pays et le commerce y est la principale activité économique. C’est la raison pour laquelle le système commercial y est très développé.  «L’Union européenne et les Nations unies sont très importantes pour nous. L’Union européenne est notre plus grand importateur et il est important pour les Pays-Bas d’en faire partie. Il existe une liberté d’expression, ainsi qu’une communauté de valeurs et d’intérêts économiques», souligne la diplomate. Quant aux échanges commerciaux entre la Hollande et le Liban, ils s’élèvent à près de 500 millions de dollars par an. «Notre tâche consiste à créer des liens et à faciliter 
le commerce».  

Ce qu’elle en pense
Social Media: «C’est un outil très important pour un diplomate qui donne une nouvelle audience. Je suis sur Twitter et Facebook. Aujourd’hui, le privé et le social se 
confondent de plus en plus et les gens aiment toujours connaître le personnage 
derrière le diplomate. Il faut être plus ouvert sur sa vie privée».
Ses loisirs: «J’aime le yoga. Je fais 
également du sport et je me suis inscrite à un club. J’aime aussi le golf et le ski. J’aurai l’occasion de skier ici, avec les montagnes qui sont si proches. Il m’arrive aussi de faire du hiking. Je suis également une grande lectrice».
Sa devise: «Lorsque vous regardez en arrière, il faut que vous soyez heureux de ce que vous voyez. Il ne faut pas avoir peur de faire des choix, même si vous avez tort. Il faut toujours connaître de nouvelles expériences et découvrir de nouveaux horizons».

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