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Entretien

Interview

 

Ziad Fahed, sociologue

 

«Plus on donne de droits aux minorités, mieux
 

c’est»

 

Ziad Fahed, professeur associé au département des sciences sociales de l’Université Notre-Dame (NDU), a fondé l’ONG, «Dialogue pour la vie et la réconciliation», afin de renforcer les échanges entre les religions. Il estime important de prendre en considération les besoins des minorités, officielles ou non officielles, qui se sentent marginalisées.

 

 

Combien de confessions sont présentes au Liban?

Il est quasiment impossible d’en avoir une idée précise. Tout un chacun est libre de venir au Liban, et d’apporter avec lui sa culture et sa religion. Mais a-t-on vraiment besoin de le savoir? Pendant la Seconde Guerre mondiale, certains ont tout fait pour savoir qui pratiquait quelle foi…L’humanité n’est pas encore guérie de ses blessures faites au nom de la religion. Aux Etats-Unis, la définition de la religion est très souple. Il suffit d’avoir un enseignement quelconque, un responsable qui délivre cet enseignement, quelques adeptes et une adresse. Certaines études affirment qu’il y a ainsi 2000 religions dans le pays! Nous avons bien sûr ici plus de 18 confessions. Il y a des Bahaïs; les dizaines de milliers de travailleurs sri-lankais sont bouddhistes ou hindous; cela ne m’étonnerait pas qu’il y ait des zoroastriens, des sikhs…

 

Comment distingue-t-on une secte d’une religion?

Par la finalité de leurs objectifs et de leurs missions. A ma connaissance, il n’y a pas de définition légale des mouvements sectaires au Liban, mais l’expérience internationale peut nous être très utile. L’Eglise de scientologie par exemple a été désignée comme un mouvement sectaire, dans plusieurs pays d’Europe, notamment en France et en Allemagne, et accusée de «lavages de cerveaux». Les Témoins de Jéhovah ont également des problèmes avec le gouvernement français. Et ces mouvements sont présents au Liban.

 

 

 

 

 

 

Certaines confessions sont-elles marginalisées?

Tout le monde peut pratiquer sa foi, mais certaines religions, même parmi les religions officielles, n’ont pas voix au chapitre. Nous organisons par exemple une université d’été, pour permettre à de jeunes chrétiens et musulmans de découvrir les communautés coptes, kurdes, juives, bahaïes, turkmènes et irakiennes. Ces six communautés n’ont pas de représentants au Parlement; personne ne défend leurs droits. Elles se sentent exclues, sans protection. Les Arméniens et les Kurdes par exemple sont arrivés à la même époque au Liban; certains ont des représentants, d’autres pas. Les Kurdes n’ont que trois maires élus dans tout le pays. Le responsable de l’Eglise chaldéenne affirme que personne ne l’écoute au Parlement, sauf au moment des élections. Il y a pourtant près de 20000 Chaldéens au Liban.

 

Les confessions non officielles pourraient-elles un jour devenir officielles?

Selon moi, plus on donne de droits aux minorités, mieux c’est. Mais certaines communautés ne représentent que quelques dizaines ou centaines de membres… Peuvent-elles avoir droit à un député au Parlement, comme les autres? Il faut trouver le juste milieu, pour ne pas demander l’impossible à l’Etat.

 

Le Liban a en tout cas toujours été un lieu de refuge pour les minorités?

C’est lié avant tout à la géographie du pays. Les montagnes ont toujours été le refuge idéal pour toute personne persécutée. Le Liban reste un modèle, même s’il n’est pas parfait. C’est une mosaïque, belle mais fragile… Propos recueillis par P.Mo

 

 

 

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