Magazine Le Mensuel

Nº 2851 du vendredi 29 juin 2012

Presse étrangère

Un changement de ton

L’enlisement de la crise en Syrie a conduit les analystes à reconsidérer leur lecture des évènements. Le manichéisme disparaît progressivement et la situation au Liban est observée avec prudence et inquiétude.

 

Atlantico
Le site internet Atlantico constate que «la propagation de la crise syrienne au Liban constitue une aubaine aussi bien pour le régime que pour l’opposition syrienne».
Si le régime demeure incapable d’éradiquer totalement la contestation, l’opposition de son côté n’est pas arrivée à influer sur le changement de perception du conflit syrien, passée d’une équation oppresseur/opprimés à un schéma de guerre civile.
Pour l’opposition syrienne, un affaiblissement du pouvoir central libanais permettrait en effet une plus grande liberté d’action transfrontalière et ouvrirait de facto un vivier non négligeable de combattants potentiels. L’établissement d’une zone de non droit au Nord Liban – à très forte majorité sunnite – se révèlerait en effet stratégiquement et tactiquement favorable à l’opposition syrienne. Le Nord Liban constituerait une zone de repli et d’entraînement pour les combattants syriens ou même libanais et le littoral une source d’approvisionnement en armements.
Du côté du pouvoir syrien, épargner la scène libanaise était une décision stratégique et diplomatique étant donné les bons augures du gouvernement Mikati et sa coopération au sein des instances internationales. Mais le Liban n’est plus au Conseil de sécurité et la politique de «neutralité», quoique relative, du gouvernement libanais ne correspond plus aux attentes de Damas.
Par conséquent, le paradoxe d’un gouvernement dominé par la coalition du 8 mars – régi en sous main par le Hezbollah – garantissant le minimum d’ingérence du régime baathiste a fait son temps.Désormais Damas a besoin d’une implication directe des forces de sécurité libanaises dans la répression des opposants syriens réfugiés au Liban et de leurs soutiens libanais.

L’Express
Vincent Hugeux est grand reporter au service international de l’hebdomadaire L’Express. Il revient de Tripoli.
Dans cette cité côtière aux 190000 âmes, les moins alarmistes misent sur un cycle sans fin d'affrontements sporadiques; quant aux autres, ils jugent l'embrasement inéluctable. Avec le fatalisme de ceux qui consentent à n'être que les spectateurs navrés de leur destin. «Notre sort, soupire un jeune cheikh islamiste, est indexé sur les aléas de la lutte à mort entre le régime de Damas et la rébellion».

Pour ceux qui ont été écrasés trois décennies durant sous la botte des Assad, l'heure de la vengeance a sonné. Trop de haine et de rancœur accumulées. D'autant qu'on a aussi entassé de part et d'autre d'effarants stocks d'armes. Caïd d'une soldatesque alaouite vouée corps et armes à Bachar, Rifaat Eid prétend se fournir auprès de trafiquants sunnites. Pour ce trentenaire trapu au crâne rasé, le monde est simple. En Syrie, soutient la voix de son maître, tout va pour le mieux. Le régime combat des bandes de terroristes inféodés à l'Occident. Lequel, Etats-Unis en tête, n'a d'autre dessein que de tailler le Moyen-Orient en principautés confessionnelles confiées à des jihadistes cravatés. Quant aux sunnites libanais, ils rêvent d'instaurer un «salafistan» dans le nord du pays.

En face, se côtoient diverses milices, chacune financée par un baron du clan des Hariri, que dirigeait hier le père et qu'anime désormais, mais à distance, son fils en exil Saad. «Hélas, concède un éditorialiste, l'absence de celui-ci et son recours à la carte communautaire ont offert un espace aux islamistes radicaux. Ainsi va, ou ne va pas, le maillon faible de la Patrie du Cèdre. Ce bois dont on fait, au choix, de solides tables ou de robustes cercueils. 

 

La Croix
Le quotidien La Croix dresse un constat inédit jusque-là: «Ne pouvant travailler librement en Syrie, la presse étrangère dépend de sources partisanes».
Informer sur la situation en Syrie est un casse-tête. L’accès au pays est difficile pour les journalistes. Le gouvernement n’accorde pas de visa, ou au compte-gouttes. Et dans ce cas, il faut accepter d’être pris en charge par les services de renseignement du régime. Autre solution, passer clandestinement en Syrie, avec souvent l’aide de mouvements de l’opposition. Face à ce désert médiatique, l’OSDH s’est taillé une place démesurée que dénonce Fabrice Balanche, directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (Gremmo), spécialiste de la Syrie. Or, selon lui, l’OSDH est financée par les médias panarabes.
«C’est un instrument de propagande favorable aux Frères musulmans».
Dans ce conflit, aucune source d’information n’est neutre. L’Arabie saoudite et le Qatar, via leurs chaînes de télévisions par satellite, al-Arabiya et al-Jazira, diffusent une information largement partisane. Car ces deux pays ont un intérêt en Syrie: briser l’axe pro-iranien Liban-Syrie-Irak-Iran.
Même travers au Liban voisin. L’ancien Premier ministre Saad Hariri, ennemi juré du régime syrien qu’il accuse d’avoir assassiné son père, Rafic, en 2005, finance le site Internet Now Lebanon, dirigé par des chrétiens maronites, anciens des Forces libanaises de Samir Geagea. Alors qu’al-Manar, la télévision du Hezbollah, parti chiite libanais proche du régime syrien, défend, elle aussi, une vision partisane de la situation.

 

Libération
Cette semaine, Libération titre Bonnes immigrées sans droit ni loi.
Aimée Razanajay s’inquiète. Cette petite Malgache énergique de 57 ans, cheveux courts et jupe longue, va régulièrement à la prison de Barbar Khazen, dans le quartier de Verdun, à l’ouest de Beyrouth, rendre visite aux domestiques étrangères incarcérées. Elles constituent une population remarquablement nombreuse dans les geôles libanaises: plus de 75% des 300 femmes détenues au Liban sont des migrantes.
La proportion des migrantes dans la population des femmes incarcérées au Liban a triplé au cours des dix dernières années. Un bond qui s’explique avant tout par l’augmentation du nombre de domestiques étrangères, et leur placement obligatoire sous la tutelle d’un «garant individuel», leur patron, en l’occurrence. «Ce système de garant lie ces femmes à leur employeur de sorte qu’elles en sont complètement dépendantes dès leur arrivée au Liban, explique Nadim Houry, directeur du bureau Moyen-Orient de Human Rights Watch. Si elles le quittent, même pour une raison légitime, elles perdent leur résidence légale, ce qui peut leur valoir d’être incarcérées». Sur les 200000 travailleuses domestiques dénombrées dans le pays, près de 80000 vivraient ainsi dans l’illégalité.
En 2010, Human Rights Watch a étudié les cas de 84 migrantes emprisonnées: près de la moitié d’entre elles n’ont pas été défendues par un avocat, et la majorité n’ont pas eu accès à un traducteur certifié.

J. A-R.

 

Figaro

Contrebande de diesel?
Une information reprise dans les colonnes du Figaro. Les importations de diesel destiné au secteur privé ont connu une croissance exponentielle ces deux derniers mois, selon les données obtenues par Reuters, ce que des responsables du secteur expliquent par la contrebande vers la Syrie. Les sanctions internationales infligées à Damas pour condamner la répression du soulèvement populaire entamé en mars 2011 ont entraîné une pénurie de carburant.
De 33 000 tonnes en avril 2011, les importations liées à la demande du secteur privé libanais sont passées à 106000 en avril 2012. «Les derniers chiffres montrent une forte hausse des importations de diesel au Liban. Un pays ne double pas ses importations du jour au lendemain», a fait remarquer un salarié de l'industrie pétrolière syrienne.
Le Hezbollah joue selon lui un rôle majeur dans la contrebande à destination de la Syrie, mais d'autres mouvements sont impliqués et ne répondent pas qu'à la demande des autorités, disent les experts. Les chiffres obtenus par Reuters ne concernent pas les achats du ministère libanais de l'Energie, qui fournit notamment les stations services. «Il n'y a pas de contrebande vers la Syrie. J'ignore d'où vous tenez cette information, mais elle est fausse», a affirmé Sarkis Helais, directeur général des installations pétrolières libanaises.

 

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