Magazine Le Mensuel

Nº 2873 du vendredi 30 novembre 2012

Hommage

Elias Sarkis. Un hommage tardif lui est rendu

 

Un vibrant hommage est rendu à l’ancien président de la République Elias Sarkis par l’Institut portant son nom. Devant un parterre de personnalités politiques, médiatiques et des représentants des villages du Metn, fief du président originaire de Chbenieh, plusieurs intervenants ont pris la parole. Ils ont mis l’accent sur l’intégrité et la fermeté qui ont fait accéder l’homme à la première magistrature de l’Etat au moment où le pays traversait une phase particulièrement éprouvante. Un documentaire Je suis à vous… et un ouvrage retraçant son parcours et les développements politiques et économiques qui l’ont accompagné sont présentés au cours d’un événement placé sous le patronage du président Michel Sleiman.
 

Dans son allocution, le député Boutros Harb – ministre sous le mandat du président Sarkis- a insisté sur le fait que le chef de l’Etat a accepté, non sans une grande souffrance, de gouverner le pays dans cette dure période que traversait le Liban. «Elias Sarkis, dit-il, a lutté de toutes ses forces pour restituer à l’Etat son indépendance. Il a dû, parfois, faire des choix qui n’étaient pas en harmonie avec ses convictions profondes… Cet homme a toujours gardé profil bas. Il évitait les projecteurs et travaillait dans une très grande discrétion et selon ce que lui dictait sa conscience… Permettez-moi, ajoute Harb, de dire que son courage était hors norme. Tenace et têtu, il était aussi sage et responsable. Il affrontait les difficultés et prenait les décisions dangereuses qu’il était contraint de prendre dans cette phase noire de l’histoire du Liban».
Le journaliste Geroges Ghanem, auteur du documentaire Je suis à vous…, a évoqué les origines modestes du président Sarkis et insisté sur le fait qu’il avait accédé à la présidence de la République à un moment où le pays allait à la dérive. «Il est parvenu, souligne-t-il, à mettre son ego de côté, à ne pas s’imposer comme un responsable révolutionnaire mais comme un homme sage qui a essayé d’éviter les écueils et de préserver ce qui pouvait l’être». Ghanem a établi une comparaison entre la personnalité du président Sarkis et celle du chef de l’Etat Michel Sleiman. Il en est arrivé à la conclusion que, n’appartenant pas à l’une des grandes familles politiques traditionnelles, ils sont tous deux arrivés à la magistrature suprême dans un contexte difficile et délicat.
Karim Sarkis, neveu du président, a retracé le cheminement de l’ancien chef d’Etat «qui, dit-il, a souvent été mal jugé par ceux qui n’ont compris, que trop tard, qu’il avait fait les choix qu’il fallait». «Ce n’est que plus tard, poursuit-il, qu’on les a entendus dire: nous avons été injustes à l’égard d’Elias Sarkis parce que nous ne l’avions pas compris…».
Plusieurs documentaires ont été diffusés ainsi que plusieurs témoignages dont celui du gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé, l’ancien ministre Michel Eddé et le patriarche Mar Nasrallah Sfeir.

Danièle Gergès

Trois questions à Karim Sarkis
neveu de l’ancien chef de l’Etat et président de la Fédération des municipalités du Haut-Metn.
 

Pourquoi avoir décidé aujourd’hui de revenir sur le parcours du président Elias Sarkis?
Dans tous les pays du monde, on rend hommage aux hommes qui se sont succédé à la tête de l’Etat. Au Liban rien ne se fait à ce niveau. Il y a quelque temps, la LBC et Georges Ghanem ont réalisé un documentaire sur Elias Sarkis et nous ont accordé le droit de le promouvoir pour faire connaître cette époque de l’histoire du Liban. En parallèle, nous avons rassemblé dans un ouvrage des photos significatives de la même époque, ce qui en fait un livre-mémoire qui témoigne fidèlement de ce qui s’est passé.

Si vous devez résumer l’héritage politique et moral de votre oncle en quelques mots, que diriez-vous?
Elias Sarkis nous a appris la transparence, l’intégrité, le respect des institutions, de l’Etat, des lois et de la Constitution. Il plaçait également l’indépendance du Liban au-dessus de toute considération. Il prônait également la décentralisation administrative élargie et l’instauration d’un Etat civil. Il a lutté de toutes ses forces pour préserver l’unité du pays et éviter son effritement.

S’il avait été encore en vie, serait-il satisfait du paysage politique actuel?
Loin de là. Tout ce pour quoi il a lutté est en perte de vitesse. Le Liban se dirige vers plus de confessionnalisme, de communautarisme et d’enfermement.

 


 

Michel Chiha: Portrait et itinéraire

Le nom de Michel Chiha est étroitement lié à l’histoire contemporaine du Liban libre et indépendant. Il a largement coopéré à la mise en place des lois et des institutions du nouvel Etat libanais. Retour sur l’itinéraire d’un homme qui a marqué la vie politique et culturelle du pays.

Homme politique, philosophe, banquier, écrivain et journaliste, Michel Chiha a connu plusieurs vies. Après des études primaires et secondaires à Beyrouth chez les Jésuites, complétées à l’Université St-Joseph, il effectue de multiples voyages qui l’amènent à Manchester où il s’inscrit à un stage auprès d’une maison de commerce.
Rentré à Beyrouth, il rejoint ses oncles à la banque Pharaon et Chiha fondée à la fin du XIXème siècle par son père.
Comme beaucoup de Libanais de l’époque, il choisit le Caire comme lieu de refuge pour échapper à la dictature ottomane qui régit le pays. Il y suit des cours à la faculté de droit du Caire. Avec des compatriotes, exilés comme lui, il prépare le retour dans un Liban libre et indépendant. L’éclatement de l’empire ottoman se profile déjà à l’horizon politique. En 1918, après trois années passées en Egypte, Michel Chiha revient au Liban et dirige les affaires familiales dont la gestion de la banque. Deux ans plus tard, le 1er septembre 1920, sous le mandat français, le Liban est officiellement déclaré «libre et indépendant». Michel Chiha y avait joué un rôle important en coopérant à la préparation de ce statut. Il entretient d’excellents rapports avec le principal collaborateur du général Henri Gouraux, premier Haut Commissaire français au Liban, Robert de Caix. Leurs conversations tournaient essentiellement autour de la direction des affaires publiques libanaises mais aussi des relations avec la Syrie voisine. Ces échanges ont porté leurs fruits quand il s’est agi de proclamer le Grand-Liban, de fixer ses frontières et d’établir ses premières institutions.

 

L’engagement politique
Elu député de Beyrouth en 1925, il abandonne la vie parlementaire en 1929 mais n’arrête pas son engagement dans le service public et accomplit des missions ponctuelles. Sa législature avait été jalonnée d’événements majeurs: la révolte des druzes, l’insurrection à Damas, la proclamation de la Constitution libanaise dont il fut l’un des principaux membres de la Commission du statut organique chargé de l’élaborer. Durant son mandat, il joua un rôle de premier plan pour développer les bases des systèmes financier et monétaire du pays.
En 1926, il épouse sa cousine Marguerite Pharaon, sœur d’Henri Pharaon. Ses deux filles Madeleine et Marie-Claire continuent à cultiver sa mémoire dans l’esprit des nouvelles générations en publiant plusieurs de ses ouvrages.
Avec un groupe d’amis, il acquiert en 1937, le titre du quotidien Le Jour. Dans ses éditoriaux il exprime tous les aspects de sa pensée politique. Ceux qui touchent au Liban ou à la Palestine à laquelle il s’intéressera jusqu’à sa disparition. Auteur de poèmes, d’essais et de conférences en langue française, il fonde également un journal en langue anglaise l’EasternTime.
Beau-frère du premier président du Liban indépendant, Béchara el-Khoury, il devient très vite l’éminence grise du régime et intervient dans des négociations libano-syriennes avec la France concernant l’accord monétaire. Ses idées ont profondément influé sur la ligne politique et économique du Liban moderne.
Un hommage vient de lui être rendu au Collège Saint-Grégoire d’Achrafié à travers un éclairage sur les diverses facettes de sa personnalité.

 

Ouvrages publiés
•    Politique intérieure, Beyrouth, Editions du Trident, 1964.
•    Palestine, Beyrouth, Editions du Trident, 1969.
•    La maison des champs, suivie de Poèmes inédits, Beyrouth, Imprimerie catholique, 1965.
 – Essais, Beyrouth, Editions du Trident, 1950.
•    Visage et présence du Liban, Beyrouth, Cénacle libanais, 1964.
•    Lebanon: a rapid survey of Lebanon, yesterday and today in sixty-four photographs, Paris, 1948.
•    Liban d’aujourd’hui: 1942, Editions du Trident, 1949.
•    Variations sur la Méditerranée, Beyrouth, Fondation Chiha, 1994.
•    Images du Liban: un aperçu en soixante-quatre photographies du Liban d’autrefois et d’aujourd’hui, Paris, Editions Lumière, 1948.
•    Propos d’économie libanaise, Editions du Trident, 1965.

Source: Internet

 

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