Magazine Le Mensuel

Nº 2882 du vendredi 1er février 2013

à la Une

Harim el-Sultan. Histoire, fiction et polémique

Harim el-Sultan, la plus populaire série télévisée turque, ne cesse de créer des remous depuis la diffusion du premier épisode. Si ses fidèles spectateurs sont nombreux dans les pays arabes, en Turquie, elle engendre une polémique et même un débat politique.

Depuis plus d’un an, on entend presque partout au Liban, du moins chez certains, ces deux mots devenus désormais célèbres: Harim el-Sultan. Vous l’aurez tout de suite compris, il s’agit de l’une des plus célèbres séries télévisées turques, toujours diffusée sur nos petits écrans. Son titre original est Muhtesem Yüzyil. Et en français Le Siècle magnifique. Comme le suggère son titre arabe, elle se concentre sur le harem du sultan Soliman le Magnifique, plus connu en Orient sous le nom de Soliman le Législateur.
Considérée comme l’une des plus grosses productions turques de tous les temps, Harim el-Sultan n’a cessé de créer la polémique, depuis la diffusion du premier épisode. C’est qu’elles sont très rares les productions télévisées qui suscitent et continuent de susciter autant admiration et attaque. Le nombre de ses fans dans le monde arabe est tout aussi considérable que le nombre de ses détracteurs en Turquie notamment. Entre réaction et contre-réaction, Harim el-Sultan fait son petit, voire son grand bout de chemin, puisqu’elle compte déjà trois saisons.

Intrigues et passion
«Les personnages et les événements de cette série ont été adaptés de l’Histoire». C’est par ces mots que débute le premier épisode. On est au XVIe siècle. En 1520. Soliman, âgé de 26 ans, campé par l’acteur Halit Ergenç, chevauchait son cheval dans les forêts de Manisa, quand un émissaire le retrouve en chemin, porteur d’un message du Grand Vizir lui annonçant la mort de son père Selim 1er. Il est son fils unique et il est appelé à lui succéder, devenant ainsi le 10e sultan de l’Empire ottoman. C’est le début de l’émission. Le générique est lancé, emmêlant à un rythme rapide des images du sultan, de sa future épouse, des femmes de son harem, d’enfants, de faits d’armes, de canons, de voiliers, de faste et d’ampleur… sur une rythmique musicale très cadencée, entêtante presque, notamment en raison des sonorités emphatiques et grandiloquentes du violon et des vocalises qui l’amplifient. La musique originale de la série est signée Fahir Atakoglu, Aytekin Atas, Soner Akalin. La bande-son originale de l’émission semble avoir un fort impact sur les auditeurs. Entre le générique et les différentes autres mélodies qui émaillent les épisodes, les internautes échangent conseils et astuces sur le meilleur moyen de retrouver tel ou tel morceau musical.
Le générique s’achève. Les auditeurs sont transposés en pleine mer sur un voilier ayant à son bord des esclaves destinées au harem du nouveau sultan. Parmi elles, une certaine Alexandra, rousse, rebelle, fougueuse et digne, d’origine slave, fille présumée d’un pope, capturée par les Tatars de Crimée puis emmenée de force à Constantinople. Celle que l’Occident nomme Roxelane, et qui sera connue au harem sous le nom de Hürrem («la joyeuse») est interprétée par l’actrice Meryem Üzerli, de mère allemande et de père turc. Un choix justifié surtout par la ressemblance entre l’actrice et la vraie reine, ainsi que par sa connaissance de plusieurs langues. Entre intrigues, crimes et pouvoir, au cœur de ce huis clos regroupant 300 courtisanes rivalisant de beauté dans le but de passer une nuit avec le sultan, Hürrem va progressivement conquérir le cœur de son maître, jusqu’à devenir son épouse, sa seule épouse, éliminant ses rivales, et poussant ce dernier à se débarrasser et tuer certains de ses proches et membres de sa famille, dont son ami et Grand Vizir, Ibrahim Pacha, ainsi que son fils aîné Moustafa, né de sa première femme, Mahidevran.

Fiction ou faits historiques?
Depuis plus de deux ans dans les pays du Maghreb et de l’Europe de l’Est où la série a été vendue et doublée, les téléspectateurs se régalent des intrigues du palais de Topkapi, des rivalités des femmes de son harem et de ses conquêtes militaires. Le succès de cette émission est tel qu’il y a une profusion incroyable de sites sur la Toile qui lui sont dédiés ou qui rapportent scrupuleusement toutes les informations la concernant. On parle de l’une des plus importantes et grosses productions turques, appréciée justement pour son savoir-faire et sa richesse cinématographique dignes du meilleur de Hollywood, grâce à une impressionnante reconstitution de l’époque avec ses décors somptueux et ses costumes travaillés.
Mais la série n’a pas que des fans. En Turquie, c’est le branle-bas de combat. Dès que Star TV a donné à voir les bandes-annonces de l’émission en décembre 2010, la polémique est lancée. Elle ne cesse d’enfler depuis. A peine le premier épisode diffusé, le 5 janvier 2011, le Rtük (le Conseil suprême de la radio et de la télévision) a reçu plus de 75000 plaintes demandant l’arrêt de la diffusion. Du jamais vu encore dans l’histoire de cette institution habituée à traiter 10000 plaintes par mois. Dans les rues, des groupes islamistes manifestent leur mécontentement et leur colère, dénonçant les responsables de la chaîne qui «montrent leurs ancêtres comme des gens libidineux dans des harems». Du côté politique, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, s’est violemment élevé contre la série. Dans une pique adressée à ceux qui critiquent sa politique étrangère, comme le rapporte l’AFP, il affirme: «Ils demandent pourquoi nous nous occupons de ce qui se passe en Irak, en Syrie ou à Gaza. Mais nous nous intéressons à tout ce qui est lié à nos ancêtres. Ils ne connaissent nos pères et nos ancêtres que par Le Siècle magnifique, mais ce n’est pas le Soliman que nous connaissons. Il a passé trente ans de sa vie à dos de cheval et non dans des palais comme il est montré à la télé. Je maudis et condamne les réalisateurs de ces séries et les propriétaires de cette chaîne de télévision. Ceux qui jouent avec les valeurs du peuple doivent recevoir une leçon». Pourtant, les producteurs et la scénariste Meral Okay, aujourd’hui décédée, avaient précisé que «cette série est une fiction, pas un film documentaire. Les enfants des sultans ne naissaient pas dans les roses. Ils avaient une vie sexuelle comme tout le monde», ajoutant que la série décrivait «l’une des facettes d’un sultan et la grandeur qu’il incarne», et rappelant que le goût de Soliman pour le vin était historiquement avéré.
Quoi qu’il en soit, le débat est toujours bel et bien lancé. Entre fiction et histoire, réalité et cinéma, politique et religion, l’héritage laïque d’Atatürk et l’extrémisme religieux, le gouvernement et l’opposition, les analyses, les contre-analyses et les commentaires fusent de partout et alimentent toujours la polémique.

Nayla Rached
 


Au-delà des frontières
Les remous causés par cette tranche de l’Histoire de l’Empire ottoman semblent même gagner la France. Le documentaire Soliman le Magnifique, diffusé le 21 août 2012, sur France 2, dans le cadre de l’émission Secret d’histoire, bat des records d’audience. Dans sa présentation, Stéphane Bern évoque: «l’âge d’or de la civilisation ottomane, tant l’homme (Soliman) est attiré par la beauté, l’art, le raffinement dans l’architecture et dans les objets qui l’entourent. Les plus belles mosquées sont construites sous son règne. Et derrière le combattant, dont l’empire est immense et les canons redoutables, il y a un amant passionné dont le cœur n’est pas invincible. Soliman est fou d’amour pour une esclave, la belle Roxelane, dont il fera sa reine. Un choix incroyable qui va entraîner le souverain dans des actes terrifiants, comme l’exécution d’une grande partie de ses proches et de sa famille. Soliman c’est un monarque du Levant, sorti tout droit d’une tragédie de Shakespeare avec les atours et les faiblesses d’un prince de la Renaissance».

 


 


Semaine du 1er au 7 février
 

Shutter Island
Dimanche 3 à 21h45, F2

de Martin Scorsese
Leonardo DiCaprio, Mark Ruffalo et Ben Kingsley

En 1954, le marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule sont envoyés enquêter sur l’île de Shutter Island, dans un hôpital psychiatrique où sont internés de dangereux criminels. L’une des patientes, Rachel Solando, a inexplicablement disparu. Comment la meurtrière a-t-elle pu sortir d’une cellule fermée de l’extérieur? Le seul indice retrouvé dans la pièce est une feuille de papier sur laquelle on peut lire une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente. Œuvre cohérente d’une malade ou cryptogramme? (137’, 2010).

 

Les liaisons dangereuses
Lundi 4 à 21h50, Arte

de Stephen Frears
Glenn Close, John Malkovich et Michelle Pfeiffer

Deux aristocrates brillants et spirituels, la marquise de Merteuil et le séduisant vicomte de Valmont, signent un pacte d’«inviolable amitié» à la fin de leur liaison. C’est au nom de celui-ci que la marquise demande à Valmont de séduire la candide Cécile de Volanges qui doit prochainement épouser son ex-favori, M. de Bastide. Mais Valmont a entrepris de séduire la vertueuse Mme de Tourvel (120’, 1989).

Ronin
Jeudi 7 à 21h45, F3

de John Frankenheimer
Robert De Niro, Jean Reno et Natascha McElhone

Cinq hommes et une femme qui ne se connaissent pas se rencontrent dans un entrepôt de la banlieue parisienne. Ces hommes de l’ombre sont d’anciens soldats de la Guerre froide qui survivent en louant discrètement leurs services à des commanditaires anonymes. La jeune Irlandaise qui les a réunis manque d’expérience. Leur mission est d’affronter une équipe adverse, solidement armée d’une douzaine d’hommes pour lui arracher une précieuse mallette dont ils ignorent le contenu. Une chose est claire: tous devront tuer pour mener à bien leur mission, certains y laisseront leur peau (122’, 1998).

L’amour dure trois ans
Mardi 5 à 21h55, Canal +

de Frédéric Beigbeder
Gaspard Proust, Louise Bourgoin et JoeyStarr

Marc Marronnier, critique littéraire le jour et chroniqueur mondain la nuit, vient de divorcer d’Anne. Il est sûr à présent que l’amour ne dure que trois ans. Il a même écrit un pamphlet pour le démontrer mais sa rencontre avec Alice va renverser toutes ses certitudes (98’, 2012).

 

Le pacte
Samedi 2 à 21h55, Canal +

de Roger Donaldson
Nicolas Cage, Guy Pearce et January Jones

Il y a des pactes qu’on ne peut pas renier. Après que sa femme se soit fait violemment agresser, Will Gerard est contacté par une mystérieuse organisation. Face à une police inefficace et incompétente, un groupe de citoyens s’est réuni pour faire respecter la justice. Ils proposent à Will de venger sa femme en éliminant le coupable en échange d’un petit service qu’il devra leur rendre plus tard. Lorsqu’il comprend que pour effacer sa dette il devra lui aussi tuer un homme, il va réaliser qu’il est pris au piège et que les membres de cette organisation sont implantés à tous les niveaux de la société (105’, 2012).

 

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