Magazine Le Mensuel

Nº 2883 du vendredi 8 février 2013

Affaire Déclassée

Deux mois après l’indépendance. Un premier scandale administratif

Aussitôt après l’indépendance, la vie politique libanaise s’installe. Le Liban entame une ère nouvelle et le premier scandale survient moins de deux mois après le 22 novembre 1943, date de l’indépendance.
 

Dès les premiers mois qui ont suivi l’indépendance, le Liban est confronté à une situation particulièrement difficile. Il devait faire son apprentissage et prouver qu’il était digne de cette indépendance. Les Libanais apprenaient à vivre une nouvelle situation en dehors de la tutelle du mandat français et après de longues décennies d’une soumission au régime ottoman.
Le 12 janvier 1944, une première affaire provoque une large polémique sur le plan politique. Les fournitures destinées au Parlement coûtent 43000 L.L. prélevées sur le budget de 1944. Elles ont été perçues sous réserve d’une homologation ultérieure de la dépense par le Parlement. La somme est alors sujette à discussion.
La Commission parlementaire des Finances, présidée par Hamid Frangié, relève plusieurs irrégularités, surtout au niveau des prix des fournitures achetées. Elle a fait savoir que deux machines à écrire ont été payées  3000 L.L., alors que leur valeur réelle ne devait pas dépasser les 800 L.L., avec une marge donc d’environ quatre fois le prix réel. Les factures du papier et de plusieurs autres produits sont majorées d’autant. La somme versée est de trois ou quatre fois plus élevée que les prix réels des fournitures. Elle a alors estimé que l’administration a accepté des majorations anormales sur cette marchandise rendant louche toute l’affaire. Selon les estimations de la Commission des Finances, l’administration aura payé 43000 L.L. pour des fournitures qui n’en valent pas plus de 10000 L.L., soit avec une majoration de 400 %.
L’affaire suscite une large polémique. La première Chambre de l’Indépendance exprime son indignation. Les députés réagissent vivement. Une enquête est réclamée afin de définir les responsabilités. La Commission des Finances en prend le contrôle. Ainsi fut révélée une complicité entre les fonctionnaires et les fournisseurs qui ont permis cette forte majoration des prix.
Les députés demandent à la Commission des Finances de remplir son rôle jusqu’au bout et de découvrir les responsables afin que justice soit faite et que la loi soit appliquée. L’administration ne doit pas partir sur des principes faussés. Pour eux, il fallait agir vite et efficacement car c’est au nom du Parlement que l’affaire a été conclue, et la fraude commise sous son couvert.
Cependant, comme d’habitude, l’affaire ne va pas loin. L’administration fait l’objet de sérieuses critiques. Il fallait un coup de balai, et la presse se saisit du scandale et critique le rôle de l’administration. Dans un éditorial, L’Orient du 6 juin 1944, sous le titre Administration à refaire, déplore l’esprit qui régit l’action administrative et le quotidien qualifie le système «du pire qui se puisse concevoir, un fonctionnarisme dont l’effet le plus sûr était de frapper l’Etat d’impuissance». «Les fonctionnaires, dénonce-t-il, sont nommés, avancés, rétrogradés ou révoqués au hasard des convenances confessionnelles, des interventions politiciennes, des affinités familiales et tribales, des sympathies ou des antipathies partisanes…». L’administration vivait une sale période, mais le moment de répit accordé au Liban est de courte durée. Quelques mois plus tard, la Deuxième Guerre mondiale est déclarée et le Liban s’y trouvant directement impliqué, les affaires de l’administration sont reléguées au second plan.

Arlette Kassas
 

Deuxième Guerre mondiale
Avec le début de la Deuxième Guerre mondiale, le gouvernement libanais déclare, le 27 février 1945, la guerre à l’Allemagne et au Japon. Déclaration adoptée à l’unanimité par le Parlement. Le 24 avril 1945, il célèbre la chute de Berlin, et entre en crise avec Paris, à la suite du débarquement des troupes françaises sans l’accord du gouvernement.
Les informations de cet article sont tirées du Mémorial du Liban: le mandat de Béchara el-Khoury de Joseph Chami.

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