Magazine Le Mensuel

Nº 2884 du vendredi 15 février 2013

Presse étrangère

Le Hezbollah dans la ligne de mire

La mise en accusation du Hezbollah dans l’attentat en Bulgarie fait sans conteste les gros titres de la presse internationale cette semaine, aux côtés des sujets traditionnels.  

Libération
Comme l’ensemble des grands titres de la presse européenne, le quotidien français Libération s’est intéressé de près à l’enquête des autorités bulgares sur l’attentat de Bourgas qui pointe la responsabilité du Hezbollah. Voici les conclusions du rapport «top secret» des enquêteurs.
Jacque Filipe Martin, Ralph William Rico et Brian Jameson. Deux jeunes Canadiens et un Australien. Des touristes en goguette? Non, pour les autorités bulgares, ces trois hommes sont les responsables de l’attentat anti-israélien du 18 juillet 2012, qui a fait six morts et une trentaine de blessés à l’aéroport de Bourgas, à l’est du pays. Le premier y a laissé sa peau, ses deux complices sont repartis, via un autre pays européen, vers le Liban dont ils sont tous originaires.
«Toutes les pistes mènent à Beyrouth», résume un responsable policier au lendemain de la session extraordinaire du Conseil de sécurité, le 5 février, à l’issue de laquelle Sofia a officiellement mis en cause le Hezbollah dans cet acte sans précédent sur le sol bulgare. «Il y a des informations concernant des financements et une appartenance au Hezbollah de deux personnes», a affirmé le ministre de l’Intérieur Tzvetan Tzvetanov. Grâce aux confidences de certains des membres du Conseil, on peut néanmoins établir les éléments qui ont permis cette mise en cause.
Les transferts d’argent en provenance du Liban tout d’abord. Ils avaient pour destinataire le porteur du passeport australien du trio. Les faux permis de conduire américains retrouvés en Bulgarie étaient tous fabriqués dans le même atelier libanais -un lieu «connu» des services de renseignements occidentaux. Les enquêteurs bulgares disposeraient également d’une photo sur laquelle figureraient des proches parents de l’un des présumés terroristes aux côtés de membres du Hezbollah. Enfin, les policiers ont également établi avec exactitude le timing des déplacements du trio. Leur point de départ était Beyrouth, où, selon le patron de l’antigang de Sofia, Stanimir Florov, les deux survivants se trouvent aujourd’hui.
Les articles sur l’affaire ne mentionnent que très rarement les réserves de l’opposition bulgare, largement relayées par les réseaux alternatifs d’information, qui qualifie l’accusation portée contre le Hezbollah d’infondée et de politiquement partiale. Son leader Sergei Stanishev a même déclaré que le gouvernement se contentait de reprendre les accusations d’Israël, alors que l’enquête n’avait pas encore commencé.

Jerusalem Post
Conséquence des révélations venues de Sofia, la réouverture du débat sur l’inscription du Hezbollah sur la liste européenne des organisations terroristes. La charge du quotidien israélien Jerusalem Post contre l’Europe est fracassante.
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a exhorté l’Union européenne de placer le Hezbollah sur sa liste des organisations terroristes. Des propos qui rejoignent ceux du secrétaire d’Etat américain John Kerry qui a demandé à la communauté internationale, et à l’Europe en particulier, de prendre des mesures immédiates contre le Hezbollah. Le conseiller antiterroriste du président américain Barack Obama, le futur directeur de la CIA John Brennan, a même pressé l’UE de «démonter l’infrastructure, les circuits de financement et les réseaux dormants du Hezbollah».
Mais, de manière un peu attendue, la haute-représentante de l’Union pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, a préféré botter en touche, arguant d’une «réflexion sur les conclusions de l’enquête». L’Europe reste imperméable aux actions du Hezbollah. La participation du Hezbollah aux meurtres de masse qui frappent la Syrie n’a pas entamé la réticence de l’UE à l’inscrire sur sa liste noire. Les Pays-Bas l’ont fait, mais la position de l’Union reste intangible. Les pays les plus récalcitrants, l’Allemagne et la France, connaissent le Hezbollah. Ils ne veulent pas qu’on leur force la main. Il semble que même l’assassinat sur son sol de ressortissants européens ne suffise pas à infléchir sa position.
A Bruxelles, on fait une distinction entre l’aile politique et l’aile militaire du Hezbollah. C’est là que le positionnement est étrange. Alors que l’Union vote des sanctions contre l’Iran et les caciques du régime syrien, elle continue d’autoriser le Hezbollah à lever des fonds.   

Le Figaro
La presse internationale s’inquiète toujours autant des réfugiés syriens. Mais cette semaine, Le Figaro fait la lumière sur les peurs des Libanais.
Tout comme la présence de réfugiés palestiniens a entraîné la guerre de 1975-1990, l’afflux de réfugiés syriens menace de déstabiliser le Liban. C’est en substance le message d’une vidéo au ton dramatique qui circule sur Internet enjoignant les Libanais à réagir «avant qu’il ne soit trop tard».
On y voit la carte du Liban se couvrir de taches rouges puis grises symbolisant l’afflux de réfugiés qui menace d’étouffer ce petit territoire de 10452 km2. «Mille deux cents enfants libanais naissent chaque semaine au Liban, alors qu’il y entre dans le même temps 8000 réfugiés syriens; dans certains villages, les réfugiés sont plus nombreux que les habitants libanais; la criminalité a augmenté de 100 %». Les chiffres sont égrenés au son d’une musique inquiétante avec une question en point d’orgue: «L’histoire se répétera-t-elle?».
Le film, qui n’est pas signé, ne s’embarrasse pas de nuances pour jouer sur les peurs libanaises, en particulier celles des chrétiens, les réfugiés syriens, tout comme les Palestiniens avant eux, étant musulmans dans leur écrasante majorité. Il fait d’ailleurs écho aux appels à la fermeture des frontières émanant de responsables de l’un des principaux partis chrétiens du Liban, celui du général Michel Aoun. Un discours qui suscite l’indignation des associations, mais révèle aussi les craintes quant à l’ampleur des répercussions de la guerre en Syrie sur son petit voisin.

Le Nouvel Observateur
Le Nouvel Observateur s’est emparé du débat sur le mariage civil. Pour les Libanais, chaque étape de la vie est encadrée par la religion qu’ils ont reçue de leurs pères. Naissances, mariages, héritages et décès sont affaires d’églises ou de mosquées et cela peut même aller plus loin avec certains postes au gouvernement ou dans l’administration réservés aux membres de telle ou telle des dix-huit confessions religieuses officielles. Un paradoxe alors que la Constitution inscrit au rang de «but national» la suppression du confessionnalisme.
Originaires de la Békaa, Nidal, 29 ans, est chiite, Khouloud, 30 ans, est sunnite. Selon l’usage, ils auraient dû se convertir ou célébrer leur union loin des regards, à l’étranger. Si tous deux affirment être croyants, la religion n’est pas le cœur de leur combat. «J’ai ma relation avec Dieu et je veux que mon mariage reflète ma citoyenneté. Aller se marier à Chypre, c’était hypocrite. Si l’Etat libanais reconnaît les mariages civils contractés à l’étranger, il peut les reconnaître ici». Avec l’aide d’associations militantes et d’un expert en droit, Talal Husseini, Nidal et Khouloud ont concocté la recette du mariage civil légal. La première étape consiste à rayer leur appartenance confessionnelle des registres d’Etat. Puis en s’appuyant sur le préambule de la Constitution et un décret datant du mandat français mais toujours en vigueur, leur union a pu être prononcée par le maire de Aïn el-Remmané, un quartier de Beyrouth, et approuvée par un notaire.
Reste aux ministères de la Justice et de l’Intérieur de valider ou non leur dossier et c’est là que les choses se compliquent. «Quand nous avons signé notre union, le ministre de l’Intérieur nous a dit de garder ça secret jusqu’à ce qu’il signe à son tour et fasse une annonce publique. Mais cela a pris trop de temps et nous avons cherché le soutien de la société civile pour accélérer la procédure».

The National
Dans The National, Michael Karam continue de s’interroger sur le retard du Liban. L’autre soir, je dînais avec un ancien officier britannique qui a effectué des travaux de formation de l’Armée libanaise. Je lui ai demandé comment il évaluait nos soldats.
«Ce sont des gars absolument supers», dit-il avec un enthousiasme typiquement anglais. «Vraiment professionnels. Vous, les Libanais, vous êtes des hommes d’affaires naturels. Ce que nous pouvons vous apprendre sur la vie de soldat, vous pouvez nous l’apprendre au sujet des affaires. Ce sens des affaires n’existe nulle part ailleurs dans le monde. Cela, votre charme et votre amour de la vie, sont ce qui vous fait briller».
Alors, pourquoi ne sommes-nous pas le Singapour du Moyen-Orient, une nation dirigée par de bons vivants qui maîtrisent les affres de la comptabilité? L’ironie, c’est que, pour un pays qui est si habile avec l’argent, nous faisons vraiment si peu pour favoriser la prospérité du bien commun et vraiment tout pour protéger les intérêts politiques et financiers de quelques-uns, et au diable tout le reste.
Si nous nous souciions autant de l’économie, elle ne serait pas en chute libre. Les entreprises font faillite, les cinq premières banques libanaises ont fait très peu de bénéfices l’an dernier et la Bourse de Beyrouth est dans le coma. En janvier, l’indice a chuté de 50%, avec un volume d’échange de 15 millions de dollars, une masse qui, à la Bourse de Londres, s’échange en une minute.

Julien Abi-Ramia

Gulf News
La liberté est en danger!

Dans les colonnes du Gulf News est lancé un cri d’alarme: la liberté d’expression est en danger au Liban. Depuis le début des années 60, les documents sensibles, principalement dans les domaines de la religion et du sexe, sont systématiquement scrutés. Les objets israéliens sont particulièrement surveillés, des articles de presse et des pages d’encyclopédie sont fréquemment noircis. Certains livres et certains films sont même carrément interdits.
Le film Jesus Christ Superstar, tiré de l’opéra rock du même nom, a été interdit en 1971 par le ministère de l’Intérieur, cédant à la pression des autorités religieuses. Tout récemment, la Sûreté générale a tout simplement effacé l’extrait d’un film réalisé par Danielle Arbid, qui fait référence à une clé USB qui contiendrait des informations sur l’assassinat de Rafic Hariri. La censure est une pratique révoltante, surtout pour une société multiculturelle comme la nôtre.

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