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Nº 2891 du vendredi 5 avril 2013

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Atteinte au Prophète en 1953. Bagarres sanglantes à Beyrouth

Sous le mandat du président Camille Chamoun, l’unité nationale est restée fragile. Chaque incident a des connotations et des répercussions communautaires. En 1954, l’affaire Chacar provoque des bagarres sanglantes dans la capitale et suscite une tension à caractère confessionnel grave.

En 1947, un étudiant en droit, Georges Chacar, publie un ouvrage sous le titre Révolution et douleur passé presque inaperçu à l’époque. Six ans plus tard, en décembre 1953, un lecteur relève des passages de l’ouvrage portant atteinte au Prophète. Il en avise les autorités religieuses qui déposent une plainte devant la justice. Le juge Salim Azar se penche sur l’affaire et décide d’entendre Chacar. Ce dernier affirme que les passages inculpés ont été ajoutés au texte original et qu’il n’en est pas responsable. Cependant, Chacar passe vingt jours derrière les barreaux avant d’être relâché sous caution.
L’enquête se poursuivra pendant de longs mois. Une audience est fixée au 29 juillet 1954 devant le juge unique, Georges Chéhadé. Mais la rue bouge alors. Des manifestants musulmans de Basta, Mousaïtbé et Mazraa protestent contre le retard mis à juger cette affaire. Ils se dirigent vers le Parlement et saccagent les magasins sur leur chemin. Ils veulent rencontrer le chef du Législatif, Adel Osseiran. Ce dernier est absent Place de l’Etoile. Ils poursuivent leur chemin vers le Sérail, où les forces de l’ordre interviennent pour leur interdire d’avancer. Une délégation réussit, cependant, à rencontrer le Premier ministre, Abdallah Yafi, auquel elle fait part de sa protestation contre le retard du jugement et de ses craintes de voir l’affaire étouffée.
Yafi écoute la délégation, l’assure que la justice suit son cours et qu’il fallait attendre son verdict. Apparemment, ce n’est pas ce que la délégation souhaitait entendre. Les manifestants quittent le Sérail mécontents, et se dirigent vers Basta, en semant le trouble sur leur chemin.
La rue bouillonne. Les leaders chrétiens et musulmans interviennent. Pierre Gemayel appelle au calme et demande aux responsables musulmans d’intervenir pour ramener l’ordre dans la rue, afin d’éviter toute confrontation à caractère confessionnel. Il refuse les pressions qui visent à impressionner la magistrature dans cette affaire et menace de recourir à la rue à son tour pour protester contre ces pressions. L’affaire «Moslem Lebanon today» qui avait éclaté quelques mois plus tôt avait les chrétiens pour cibles, et Gemayel avait refusé toute manifestation de rue et fait taire les appels à la grève générale. L’affaire en était restée là. Il rappelle sa position de l’époque et demande aux notables musulmans d’appeler les manifestants musulmans à dégager la rue, et à ne pas s’ingérer dans le travail de la justice.
Ses appels sont restés sans effet. Les ulémas musulmans ont entrepris des démarches pour empêcher l’affaire de prendre d’autres dimensions, mais en vain. Le lendemain, après la prière du vendredi, des milliers de manifestants retournent au centre-ville en saccageant tout sur leur chemin. Ils brûlent les voitures et même les tramways. Des bagarres opposent les forces de l’ordre aux manifestants et font plus de 55 blessés. La police militaire parvient cependant, après quelques heures, à rétablir l’ordre.
Les manifestants avaient scandé des slogans contre Chacar, mais aussi contre Yafi qui accuse ses adversaires politiques d’avoir profité de la situation pour se soulever contre le gouvernement.
Les notables chrétiens ont multiplié les démarches dans un souci de maîtriser la situation. Un manifeste des députés chrétiens désavoue Chacar. Le député Hamid Frangié affirme que les chrétiens n’accepteront jamais les atteintes au Prophète et rappelle que le Liban est le pays de toutes les religions et que celles-ci doivent être de tous les Libanais.  
Le président de la République Camille Chamoun entre en lice. Il réunit les responsables des communautés chrétiennes et musulmanes, et adresse un message à la nation, appelant à l’unité et à la garantie des droits de tous.
Le 4 août, Georges Chacar est condamné à un an de prison.

Arlette Kassas

Les informations citées dans cet article sont tirées du Mémorial du Liban: le mandat Camille Chamoun de Joseph Chami.

Qui est Georges chacar?
Georges Chacar, originaire de Jounié, est étudiant en droit et employé de banque lorsque l’affaire éclate. A 24 ans, il publie son opuscule Révolution et douleur, qui provoqua une forte tension confessionnelle.  

 

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