Magazine Le Mensuel

Nº 2891 du vendredi 5 avril 2013

  • Accueil
  • general
  • La Conférence de Beyrouth. Pour une économie plus humaine
general

La Conférence de Beyrouth. Pour une économie plus humaine

Dans le cadre de la Conférence de Beyrouth qui s’est tenue les 25 et 26 mars 2013 sous le haut patronage du président de la République, Michel Sleiman, au Habtoor Hilton Hotel, les dirigeants de l’Uniapac (Union internationale chrétienne des dirigeants d’entreprises) et de Ma’am (Rassemblement islamo-chrétien d’entrepreneurs libanais), en partenariat avec l’association Konrad Audenauer et le groupe IFP, ont décidé de se pencher sur la finalité humaine de l’économie mondiale.

Prônant les valeurs interculturelles et plaçant l’homme au centre du débat économique, les 500 participants, venus des quatre coins du monde, se sont penchés sur la question de la place de l’entreprise dans la société civile, sur l’importance du dialogue interculturel, ainsi que sur les principes de la RSE (Responsabilité sociale des entreprises). C’est avec Pierre Lecocq, président de l’Uniapac et Raymond Sfeir, secrétaire général de Ma’am, que la conférence s’est ouverte.
Riad Salamé, gouverneur de la Banque du Liban (BDL), s’est prononcé sur l’importance du développement de l’infrastructure et de l’économie, sur la nécessité d’aider les jeunes à trouver de nouvelles opportunités de travail et sur le rôle primordial que joue la distribution de la richesse nationale au sein des Etats. Il rappelle que suite à la guerre libanaise, qui a complètement détruit le pays, et qui a été une source majeure d’émigration des Libanais, il a été possible de reconstruire le pays avec peu de fonds, le Liban ayant pu développer progressivement son économie et rendre à la livre libanaise sa vraie valeur.
De son côté, le Pr Rolf Hasse, directeur de l’Institut de l’économie politique à l’Université de Cologne, dégage deux messages essentiels: renforcer l’économie de marché en consolidant ses principes de base et ses acteurs dans l’économie réelle et surmonter la rupture entre l’économie et le secteur financier (en réintégrant ce dernier dans le cadre de l’économie de marché). Ce dont nous avons besoin, selon lui, c’est une analyse semblable à celle de J. Schumpeter en 1942 afin de provoquer des changements politiques. La concurrence doit être également restaurée, les institutions financières ramenées à une liquidité restreinte, les banques devraient assumer la responsabilité des pertes et des fraudes et finalement les banques systémiques se doivent d’être détachées par l’action de la politique de concurrence.

Valeurs chrétiennes
Le Dr André Habisch, professeur à l’Université catholique d’Eichstätt, indique qu’après les destructions massives qu’a causées la Seconde Guerre mondiale, les valeurs de la tradition chrétienne ont été à l’origine de l’émergence du Soziale Marktwirstschaft. C’est dans ce sens que la dignité personnelle, la bonne orientation, la solidarité au sein des structures subsidiaires l’emportent, ce qui fait que l’économie allemande (Rhenish capitalism) est de loin différente du modèle anglo-saxon libéral. Le gouvernement est censé fournir un cadre institutionnel pour les entreprises, mais doit cependant s’abstenir des interventions politiques.
Nabil Fahed, vice-président de la Chambre de commerce, de l’industrie et de l’agriculture de Beyrouth, évoque le rôle législatif de l’Etat en matière d’économie. Il explique qu’il existe trois principales catégories de législation et d’intervention réglementaire qui affectent les entrepreneurs et les marchés: d’abord, ce sont les lois et les règlements qui affectent  l’économie dans son ensemble, la structure des secteurs d’activité, et le rythme de sa croissance et de son développement. Il s’agit ensuite de la législation qui affecte directement l’environnement des affaires et enfin, ce sont les mesures de réglementation qui cherchent à répondre à la demande des groupes d’intérêt.
Ces analyses économiques sont indéniablement liées au rôle des médias.
C’est dans ce sens que Paul Khalifeh, rédacteur en chef de l’Hebdo Magazine, analyse le rôle des médias dans le Printemps arabe. On a souvent dit que les médias avaient été les «détonateurs de ce qui s’est passé dans les pays arabes» au point de qualifier cette révolution globale de «révolution de Facebook». En réalité, les médias ont joué un rôle indispensable, facilitant de ce fait la communication entre les militants des différents pays et entre ces derniers et le reste de la population. Ainsi, en janvier 2011, au Caire, Twitter a enregistré un tweet par seconde, ce qui a contribué en quelque sorte à accélérer la pression sur les systèmes politiques. Considérant le mot «détonateur» comme étant inadéquat à ce niveau, Khalifeh renvoie la cause du Printemps arabe à des problèmes économiques et sociopolitiques. Les médias ont toutefois été un outil qui a permis d’attiser les révoltes. Sans eux, les révolutions se seraient passées dans l’ombre (cf. la révolution kurde en Turquie). «Les médias sont donc nécessaires pour faire connaître la cause et accélérer le cours de l’Histoire. Mais aussi, pour le ralentir», affirme-t-il. Contrôlant ainsi le processus de production et les flux d’informations, les grands supports médiatiques produisent aujourd’hui 80% de la matière médiatique qui circule tous les jours. Le rôle de ces médias est toutefois vacillant. Supposés rapporter les faits tels quels, les médias ont parfois recours aux euphémismes pour atténuer l’ampleur des événements. «On dira, par exemple, dommages collatéraux, lorsqu’un drone américain tue des civils au Yémen. Mais il s’agira d’un massacre, lorsque l’armée syrienne tue des civils. On dira: faire un usage disproportionné de la force, à tel endroit, et répression sauvage à tel autre. Un utilisera le mot frappe au lieu de bombardement, pour en atténuer l’impact etc…». S’inquiétant ainsi quant à la perte du métier de journalisme de son véritable sens, Paul Khalifeh achève son discours sur ces mots: «Pour toutes ces raisons, et pour d’autres encore, je ne fais pas partie de ceux qui s’extasient devant le rôle des médias dans le Printemps arabe. Je suis même inquiet du fait que le métier de journaliste traverse une saison d’automne».

Economie et médias
Pour sa part, le Dr Rainer Hermann, journaliste au Frankfurter Allgemeine Zeitung, souligne l’importance de l’économie dans le monde des médias. Une compagnie qui ignore ces moyens de communication ne sera pas prise en considération parce que qui parle au journaliste parle au public. En effet, en temps de crise, les compagnies ayant coopéré avec les médias sont souvent sauvées par ces derniers.
Insistant sur le rôle des médias occidentaux, Dominique Seux, rédacteur en chef de Les Echos, insiste sur leur mission première, qui n’est autre que de «donner du sens au bruit», d’informer. Ils accomplissent de cette sorte le travail pédagogique qui consiste à rendre utile l’information, à «mettre la plume dans la plaie». Ils ont aussi pour but de donner du relief, de la valeur historique à certains événements (cf. la réconciliation franco-allemande), de manifester de la compassion (cf. séisme à Haïti), d’être représentatifs des classes moyennes, de participer au développement et de faire avancer un certain nombre de valeurs, jouant ainsi la fonction d’intermédiaire entre les faits et l’opinion. Ainsi, pour attirer l’audience, les médias traditionnels sont obligés de faire plus de bruit, et donc d’accorder plus d’importance à certains événements en ayant recours au scepticisme, sans pour autant tomber dans le cynisme et sans se limiter à se baser sur des idées reçues, mais au contraire à faire une recherche de terrain.
Emilie Sueur, journaliste à l’Orient-Le Jour, se concentre sur les critiques adressées aux journalistes web, comme quoi ces derniers privilégient «le message court et bref aux dépens de l’analyse détaillée». Selon elle, il est indispensable de repenser les ponts entre la rédaction papier et le web et de donner le goût de la lecture et du vouloir s’informer aux jeunes lecteurs.
Pour conclure, Georges Corm, ancien ministre des Finances, met en relief le côté humanitaire indéniable que doit revêtir l’économie à tous les niveaux. «L’économie est une science humaine qui éduque l’homme», affirme-t-il.
C’est dans ce sens qu’en nous référant à Louis-Joseph Lebret, nous pouvons dire que «l’humanisme appelle à un combat de la pensée contre les dogmatismes et les déterminismes; à un combat en nous-mêmes dans la remise en cause de nos pratiques individuelles et collectives; à une implication active dans le devenir de la cité», d’où le caractère vital de l’éthique dans les régulations économiques.

Natasha Metni

 
      

 

Related

Ziad Assouad, député de Jezzine. Le Liban est confronté à tous les dangers

admin@mews

Industriels. OPP et al-Rifaï se modernisent et se délocalisent

admin@mews

Des cas de SGB au Liban? Une rumeur non fondée, assure le ministère de la Santé

admin@mews

Laisser un commentaire