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Nº 2893 du vendredi 19 avril 2013

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Suite aux conseils de Sleiman et Joumblatt. Salam change d’approche

Après le ballon d’essai de la semaine dernière, Tammam Salam semble écarter la formation express d’un gouvernement apolitique. Place donc à des consultations plus larges, surtout auprès du Hezbollah et de ses alliés, pour un cabinet d’union nationale. Mais l’antagonisme entre les deux camps, qui se manifeste notamment autour de la loi électorale, rendra la tâche du Premier ministre désigné extrêmement difficile.

 

Le vent de protestation a fini par le faire reculer. Mardi, à l’issue de sa rencontre à Baabda avec le président Michel Sleiman, Tammam Salam a été appelé à revoir sa copie. L’idée d’un gouvernement, formé avec la collaboration exclusive de Fouad Siniora, qui a proposé 16 noms au Premier ministre désigné, a fait grincer des dents. Pris en porte-à-faux, ceux cités comme ministrables ont tous indiqué qu’ils préféraient en référer aux leaders politiques de leurs communautés. Mais la colère venait de tous les côtés. Du peu de contacts entretenus jusqu’à présent avec le Premier ministre désigné, le Hezbollah et ses alliés ont conclu que le leader du bloc parlementaire du Futur voulait reprendre la main. Son but? Former un gouvernement qui, s’il n’obtenait pas la confiance du Parlement, gèrerait les affaires courantes, à la place des ministres du gouvernement Mikati. Un coup de force sévèrement critiqué par Nabih Berry qui a transmis à Salam les récriminations de son camp.

 

Salam, le contrat de confiance
Attaché à l’idée d’un gouvernement d’union nationale qui obtiendrait l’aval de toutes les parties, Walid Joumblatt a, lui aussi, exprimé son opposition à la proposition Salam. Le Premier ministre désigné pensait sans doute que l’attribution du portefeuille de l’Energie à l’un de ses proches, le président du Syndicat des importateurs de carburant, Bahige Abou Hamzé, allait suffire à le convaincre. Prenant le pli de la position du leader du Parti socialiste progressiste (PSP), le chef de l’Etat a indiqué qu’il n’entérinerait pas un gouvernement dont les ministres proches du 8 mars n’étaient pas désignés par les partis de la coalition. Retour donc à la case départ. Au sortir de ce long entretien, les sources proches de Tammam Salam expliquent désormais qu’il s’agissait d’un ballon d’essai. Une façon d’arrondir les angles, de tourner la page et de préserver le crédit du Premier ministre désigné.

Le capital confiance que lui a accordé l’unanimité de sa désignation a été écorné. Du côté du 8 mars et du CPL, on se méfie désormais. Publiquement par leurs soins, politiquement par Joumblatt et institutionnellement par Sleiman, le premier coup de semonce semble paré. Aucun gouvernement de fait accompli ne devrait voir le jour. Mais le Hezbollah et ses alliés restent vigilants. Alors que s’ouvre le dossier de la formation d’un gouvernement d’union nationale, le penchant de Salam pour le Courant du futur leur intime une nouvelle crainte, celle d’une majorité accordée au 14 mars. C’est là que Salam est attendu au tournant.

Ses déclarations au sortir de sa rencontre avec le président Sleiman laissent la porte ouverte à toutes les conjectures. «Pas de précipitation, mais pas de retard non plus dans la mise en place du nouveau gouvernement, car le pays en a besoin. J’espère que l’unanimité qui s’est formée au moment de la désignation donnera des résultats».

A des journalistes qu’il a reçus mardi, le Premier ministre désigné a affirmé: «Notre route continue et  ne s’arrêtera pas, car nous attend l’organisation des élections parlementaires». Une façon de dire qu’il ne rendra pas son tablier.         

 

L’impossible équilibre
A l’issue de la réunion de son bloc à Rabié, Michel Aoun a expliqué qu’«un gouvernement apolitique était anticonstitutionnel». En guise de réponse, le Bloc du Futur  met en exergue «l’importance de la formation d’une équipe gouvernementale homogène, composée de non-candidats aux élections législatives». Ceux qui parient sur l’impossibilité de la formation d’un gouvernement peuvent continuer à miser. Aujourd’hui, il semble acquis que si gouvernement il devait y avoir, il devra être politique et être composé par l’ensemble des forces politiques qui comptent. Salam devra répondre à deux questions, quelle répartition et quels portefeuilles.

Fouad Siniora aura-t-il la même marge de manœuvre qu’au cours de ces deux dernières semaines? En donnant à croire à l’opinion publique qu’il était devenu, à la faveur de l’initiative de l’Arabie saoudite, un Premier ministre bis, il a dévoilé son jeu. Ce ne sont pas les ministres chiites qu’il a mis en cause, à l’exception peut-être du ministre des Affaires étrangères, Adnan Mansour, dont le portefeuille est d’ailleurs l’objet de nombreuses convoitises. Dans sa liste de noms, l’ancien chef du gouvernement y a intégré plusieurs anciens ministres du mouvement Amal. Sans doute a-t-il intégré l’éclaircie dans les relations entre Téhéran et Riyad. Non, la cible aujourd’hui pour le 14 mars, c’est le Courant patriotique libre (CPL). A lui seul, il détient dix portefeuilles dont deux extrêmement convoités, l’Energie et les Télécoms. Pour le 14 mars, plus jamais il ne devra avoir autant de pouvoir. Toujours dans sa liste de noms, pour les chrétiens, Siniora n’a intégré que des technocrates ou des proches de la coalition.

Pour le Hezbollah, dont il faut noter le silence du secrétaire général Hassan Nasrallah, le CPL est incontournable. Du côté des centristes, plus précisément du président Sleiman et de Walid Joumblatt, on estime que le pôle qu’il représente a fait ses preuves au cours du mandat précédent de Najib Mikati. Et, à ce titre, ils tiennent sans doute sinon à obtenir le tiers de blocage, au moins des ministères sensibles qui font aujourd’hui saliver les partis de gouvernement que sont le Futur et le CPL. 

 

Loi électorale, calme plat
Alors qu’une dynamique semble s’être mise en branle cette semaine sur le plan gouvernemental, le débat sur la loi électorale tourne désespérément dans le vide. La semaine dernière, après la suspension des délais afférents à la loi de 1960, le président du Parlement Nabih Berry a demandé au président de la sous-Commission chargée de discuter de la loi électorale, le député Robert Ghanem, de réactiver les contacts avec les membres de la Commission. Les deux hommes pensaient alors que la résurrection de cette Commission, sans obligation parlementaire, était une façon de rouvrir le dialogue.

Mais cette semaine, le représentant des Kataëb, Sami Gemayel, a rompu le charme. «C’est le manque de sérieux de cette Commission qui nous a conduits là où nous sommes aujourd’hui. Nous n’avons fait que perdre du temps et diluer le débat». Un discours qui s’inscrit en contradiction, notamment avec celui des membres de la Commission proches du 14 mars qui expliquent avoir apprécié «l’ouverture d’esprit du Hezbollah».

Alors, où en est-on vraiment? Nulle part ou plutôt toujours au même endroit. Si au 15 mai, les députés échouent à se mettre d’accord sur une nouvelle loi, celle de 1960 deviendrait à nouveau active. Les membres de la Commission sont d’accord sur une chose, pour qu’avancée il y ait, le couperet du Parlement doit peser. En d’autres termes, la prochaine loi électorale devra passer au vote, quelle qu’elle soit. La proposition orthodoxe est toujours dans les tuyaux du Parlement et la loi mixte est étudiée depuis plusieurs semaines par l’ensemble des forces politiques.

C’est au bureau du Parlement de mettre ou non à l’ordre du jour le vote sur telle ou telle proposition. Au pire, l’ensemble des partis politiques ont déjà en tête l’éventualité que la loi de 1960 revienne en vigueur. Tant que rien ne bougera, l’éventualité d’une prorogation du mandat du Parlement reste plus que jamais plausible.

Julien Abi Ramia

 

L’avis des ambassadeurs
En tournée dans la ville de Saïda, l’ambassadeur de France au Liban, Patrice Paoli, a appelé «l’ensemble des responsables libanais à unir leurs rangs autour de Tammam Salam pour qu’un nouveau gouvernement au service du pays soit formé».

De son côté, l’ambassadeur des Etats-Unis, Maura Connelly, à l’issue de sa rencontre avec le Premier ministre sortant, Najib Mikati, a indiqué que son pays «soutenait les efforts extraordinaires déployés par les dirigeants libanais destinés à tenir les engagements constitutionnels du pays que constitue l’organisation d’élections législatives à la date prévue», saluant par ailleurs les efforts de Najib Mikati qui a «maintenu la stabilité du pays et respecté ses engagements internationaux».

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